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Claude et Bernadette Seibel - Boulogne-Billancourt

Réponses à quelques questions du Questionnaire II du Synode sur la famille (session 2015)

Avant de privilégier certaines questions parmi les 46 proposées, deux remarques générales nous semblent importantes :

la très grande majorité des questions sont centrées autour du thème du mariage chrétien (sa préparation, son accompagnement, la cible qu’il doit constituer pour les situations « irrégulières »…). Or le Synode de la famille concerne toutes les familles, y compris celles qui ne s’inscrivent pas dans la perspective du mariage religieux : il s’agit en fait de l’immense majorité des familles qui se créent actuellement. Ainsi, en 2010 et 2011, les mariages religieux ne concernent que 18% des nouveaux couples « officiels » (mariages civils et P.A.C.S.) ; le nombre de nouveaux couples en « union libre » n’est évidemment pas connu. Dans une optique pastorale, ne faut-il pas accueillir fraternellement dans la Foi ces familles qui sont éloignées d’un projet de mariage religieux….

Les optiques légalistes et juridiques sont très présentes dans les textes du Synode. Est-ce l’essentiel ? La mission de l’Église n’est pas de garantir, encore moins de contrôler, la moralité sexuelle et conjugale des couples qu’elle évangélise. Ce qu’on attend d’un prêtre (et de l’Eglise plus généralement), c’est qu’il vive et qu’il exprime à tous la « Bonne nouvelle » : Dieu nous aime, le Christ nous sauve par sa mort et sa résurrection, l’Esprit nous aide à décrypter notre chemin vers le Seigneur !

Quelques réponses, évidemment partielles, au Questionnaire II pour la session 2015 :
Question 4 : Rejet du modèle familial ?

Le modèle familial, résumé par cette question, découle des deux versets fondateurs du 1er récit de la création (Genèse I v : 27 et 28) ; il est intégralement repris dans les textes récents du Magistère (Casti Connubi (1930) ; Humanae Vitae (1968) ; Familiaris Consortio (1981)…).
Or l’énoncé d’une norme n’a pas que des effets positifs de clarification : il entraine également un rejet de ceux qui sont « hors norme » ou de ceux qui refusent cette norme (c’est d’ailleurs ce que souligne la question). Il est douteux qu’une action pastorale suffise, seule, à régler la difficulté ; il parait illusoire de chercher à la reporter sur « le relativisme culturel dans la société sécularisée » : la seule piste, c’est la Foi dans le Christ qui transcende heureusement les normes, par la découverte des valeurs de chaque personne et de chaque couple, sous le regard de Dieu.

Question 9 : Pédagogie Divine et pédagogie humaine

Il convient de saluer très positivement l’utilisation de cette notion de « pédagogie divine » qui approfondit celle de « gradualité » déjà proposée par le Pape Jean-Paul II. A ce stade, il s’agit d’un concept abstrait qu’il faudra expliquer et transposer dans le vécu de chacun des couples qui se rapprochent de l’Évangile et de l’Église. Celui qui nous semble le plus accessible est celui du « discernement » au regard de l’Évangile : il exige écoute, absence de jugement, accompagnement de l’autre vers sa liberté de conscience et de choix.

Deux remarques autour de cette notion :

malgré le tropisme de l’ensemble du questionnaire (« aller vers le mariage (chrétien) », le respect de la liberté intrinsèque du couple n’exige pas que toute la démarche d’accompagnement soit sous-tendue par « un futur mariage » ;

la formation actuelle des Prêtres est-elle adaptée à un telle perspective d’accompagnement, à « ce processus dynamique qui va peu à peu de l’avant, grâce à l’intégration progressive des dons de Dieu » ? (Familiaris Concertio 9) (cité dans le §13 de Relatio Synodi).

Question 22 : Grandir dans le bien, atteindre la plénitude du mariage chrétien
Question 33 Comment orienter et aider les personnes mariées civilement sur un chemin de croissance et de conversion au sacrement de mariage ?

questions sont en parties redondantes même si elles ne se réfèrent pas aux mêmes passages du texte de synthèse de la première session.
La première attitude de l’Église doit être celle de l’écoute, sans jugement des personnes. Nous devons témoigner, sans être des donneurs de leçons, que la Foi dans le Christ nous a aidés à surmonter des crises dans notre couple. Nous n’avons pas à juger des choix des couples, par exemple dans des domaines aussi intimes que le choix de méthodes contraceptives : toutes traduisent leur liberté de conscience pleinement assumée et c’est chacun des couples qui en sont responsables.
Ceci va nécessiter un renouveau de l’accompagnement spirituel, au besoin par des laïcs : « il faut accompagner avec () patience les étapes possibles de croissance des personnes qui se construisent jour après jour. Un petit pas, au milieu de grandes limites humaines, peut être plus apprécié de Dieu que la vie extérieurement correcte de celui qui passe ses jours sans avoir à affronter d’importantes difficultés ». (Relatio Synodi. 24).

Comment aider ceux qui vivent en concubinage à opter pour le mariage ?

Plusieurs § du document de synthèse relatio Synodi, en particulier le § 27 soulignent les valeurs d’unions stables caractérisées par « une affection profonde » et des responsabilités assumées à l’égard des enfants…Lucidement le texte admet que « très souvent, en revanche, le concubinage s’établit non pas en vue d’un futur mariage, mais sans aucune intention d’établir un rapport institutionnel ».

Pour un pays comme la France, où plus de la moitié des naissances sont enregistrées « hors mariage », l’Église doit là aussi être accueillante et disponible. Cet accompagnement des couples peut revêtir plusieurs aspects :
- rappeler qu’en cas de concubinage ou de PACS, il n’y a pas d’engagement d’assistance mutuelle ni de fidélité ; il y a risque de séparation unilatérale générant un foyer monoparental sans pension alimentaire ; risque d’enfant non reconnu par le père.

contre le vagabondage sexuel, l’Église pourrait rappeler le concile de Trente : « Chercher dans le mariage un remède contre les désirs de la chair, qui se révolte contre l’esprit et la raison, depuis la perte de la justice dans laquelle l’homme avait été créé ».

l’Église ne devrait pas exiger la séparation de corps des jeunes concubins demandant à sceller leur union par le sacrement de mariage. Il faudrait alors revenir sur l’article 2390 du Catéchisme de l’Église Catholique qui interdit la communion à tous les coupables d’un rapport sexuel hors mariage.
Cette rigueur ne touche pas seulement les couples en « union libre » : des mères célibataires isolées, privées d’une union conjugale, ont pu se voir refuser le baptême de leurs enfants par des clercs, ceux- là même que le Pape François a traités « d’hypocrites »…

Question 37 : Comment rendre la procédure de nullité plus accessible, simplifiée et si possible gratuite (cf. § 48 de Relatio Synodi)

Certes ces propositions, réalistes, doivent être mises en œuvre sous la responsabilité des évêques diocésains, mais les problèmes juridiques sont-ils vraiment l’essentiel ? L’Eglise croit-elle possible et vraisemblable d’effacer, par des procédures, des pans de vie entiers, avec le meilleur et avec le pire, avec un amour vécu puis délaissé, avec des enfants désorientés (y compris, par cette procédure d’annulation) ?

Là aussi, le cheminement positif ou négatif du couple est un élément essentiel de son accompagnement : nous pensons que certaines recherches de nullité pourraient être évitées si l’Église reconnaissait l’extinction du lien du mariage lorsque la vie commune devient impossible, préjudiciable aux enfants, parce que l’amour s’est transformé en haine et destruction réciproque. Ne peut-on considérer alors, dans l’esprit de la morale thomiste, que « le mariage est fait pour l’homme et non l’homme pour le mariage » ?

Question 38 : Que peut-on faire pour l’accès aux sacrements des divorcés/remariés ?

Les fidèles catholiques n’arrivent pas à comprendre qu’un prêtre« réduit à l’état laïc » ait accès aux sacrements de la Pénitence et de L’Eucharistie et même à celui du mariage, et pas le laïc remarié ! (Le sacrement de l’Ordre reste indissoluble, mais ce prêtre n’a plus le droit d’exercer son Ministère !)
Nous soutenons la proposition du cardinal Kasper d’accès aux sacrements de Pénitence et Eucharistie sous six conditions :

- que les personnes remariées regrettent sincèrement l’échec de leur premier mariage ;
- qu’elles continuent à observer les obligations découlant du premier mariage ;
- qu’un rétablissement de la première relation soit définitivement exclu ;
- qu’on ne puisse dénoncer sans négligence ou faute les obligations provenant du nouveau mariage civil ;
- qu’on s’efforce honnêtement de vivre le nouveau mariage civil dans un esprit chrétien et d’éduquer les enfants dans la foi ;
- que l’on désire les sacrements comme source de force dans la nouvelle situation vécue.

Ces conditions sont tellement exigeantes que, de notre point de vue, elles doivent s’accompagner d’une bénédiction par l’Église du nouvel engagement du couple. Car pourquoi, dans de tels cas, refuser les sacrements à ceux qui en ont le plus besoin, alors que le Seigneur donne l’exemple de partager ses repas avec les publicains et les pécheurs ? Et n’est ce pas en Lui que se réalise l’unité de l’Église ?

Question 40 : Quelles orientations pastorales à adopter envers les personnes ayant une orientation homosexuelle.

Si l’orientation générale de l’Église est rappelée avec netteté, en ce qui concerne l’accès au mariage chrétien (§ 55 de Relatio Synodi), il est regrettable que le Synode ne reconnaisse plus « les éléments constructifs de ces unions de fait ».

Nous ne sommes pas enclins (et l’Église non plus, semble-t-il !) à reconnaître le rôle mystérieux des homosexuels dans l’humanité. Certes, des pas importants ont été franchis : ainsi l’Église admet que « sa genèse psychique reste largement inexpliquée » (catéchisme 1992 §2357 et 2358) ; on ne parle plus de mal ou de maladie, comme le pensent encore de nombreux fidèles ; ce n’est plus une abomination (Lévitique 18 v 22) ; les homosexuels ne sont plus mis à mort comme dans certains Pays wahhabites…

Pourtant la réponse actuelle « chasteté » et « compassion » est totalement décalée par rapport au vécu de ces couples, y compris pour ceux qui cherchent, loyalement et dans le respect de l’autre, « le chemin, la vérité, la vie » dans la personne du Christ…

Question 41 : Promouvoir « l’ouverture à la vie » à la lumière, par exemple d’Humanae Vitae

L’Église peine à remettre en question ses écrits du passé. Pour nous il n’est pas possible d’adhérer à plusieurs aspects d’Humanae Vitae (1968) : l’assimilation de la contraception (non abortive) à l’avortement et à la stérilisation nous semble un contresens grave (§14). Il permet de rejeter, « ad vitam aeternam », tous les apports scientifiques respectueux de la vie et de l’intégrité des couples (pour lequel il est recherché par ailleurs une paternité responsable (§ 10) (Le Synode aurait pu souligner, 30 ans plus tard, l’importance de la parentalité responsable-homme et femme).

Dans un but pastoral, nous souhaiterions que l’Église réaffirme, au-delà de la régulation « naturelle » qui, seule, semble-t-il, a grâce à ses yeux, en dépit des multiples échecs rencontrés :

la responsabilité ultime de la décision en conscience des époux et des couples pour le choix de la méthode contraceptive qu’ils utilisent ;

la mise en place d’un dialogue avec la recherche scientifique, suivi d’évaluations expérimentales contrôlées, pour toutes les pratiques de contraception non abortive ;

la légitimité du choix du « moindre mal », en cas de conflits de devoirs, dont l’application est explicitée dans la Note Pastorale de l’Episcopat français sur Humanae Vitae du 8 novembre 1968.

Question 43 : promouvoir la vocation de paternité/maternité en tant que signe de fécondité généreuse

Si le Synode rompt avec la seule optique juridique et légaliste de la Loi, si il reconnaît le rôle responsable des couples (mariés ou non) dans la maîtrise de leur fécondité, s’il met en place un cheminement pastoral permettant une découverte (ou une redécouverte) du Christ sauveur, le dialogue transformera en profondeur les rapports conflictuels ou indifférents entre l’Église et les familles. Beaucoup se sont éloignées sur la pointe des pieds… Il y a là un enjeu collectif pour l’Église et nous sommes mobilisés pour cette aventure dans laquelle nous a engagés le Pape François.

A-t-on conscience des graves conséquences des changements démographiques ?
Là où Relatio Synodi parle de défi de la dénatalité en s’inquiétant de la forte baisse de la natalité (c’est le cas de nombreux pays européens, à l’exception de la France et de l’Irlande), le questionnaire pointe les changements démographiques.

Certes, il faut lutter contre les politiques nationales de stérilisation et l’usage de l’avortement comme moyen contraceptif. Mais une politique universelle de l’Église pour la croissance de la natalité nous paraît, aujourd’hui, irresponsable.

« Soyez féconds et multipliez, emplissez la terre et soumettez là », c’est le message divin reçu dans la Genèse, à une époque où se forma le peuple d’Israël, il y a 3000 ans. La population humaine s’élevait alors à 150 millions de personnes environ (dont 50 à 60 millions en Chine) ; avec 7,5 milliards de personnes (9 milliards en 2050), l’espèce humaine se détruit et détruit la planète… L’Église ne peut y être indifférente…

La question ne doit elle pas être traitée par les conférences épiscopales : situations de dénatalité en Europe, de surnatalité aux Philippines ? Il faut également promouvoir une gestion mondiale des flux migratoires mais aussi de solidarité entre les peuples si inégaux devant la faim, la pauvreté ou les risques environnementaux.

Claude et Bernadette SEIBEL


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