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Accueil > À la Une > L’Église et le Pape > Synode sur la famille > Retour des consultations en paroisses

Yves Le Corre - Paroisse Saint-Benoît d’Issy-les-Moulineaux

L’esprit de la discussion

En 2012, le pape Benoît XVI avait convoqué un synode consacré à la nouvelle évangélisation. Il s’agissait de poursuivre la recherché déjà commencée par Jean-Paul II : comment évangéliser à frais nouveaux les anciennes terres de Chrétienté. Et pour les catholiques de France, l’urgence de cette nouvelle évangélisation n’avait pas besoin d’être démontrée : chute de la pratique religieuse, baisse des vocations, inculture religieuse généralisée et indifférence massive.
Donc, pour ce synode de 2012 consacré à la nouvelle évangélisation, un questionnaire avait été diffusé aux Évêques et un schéma de travail avait été préparé par la Curie. Pendant le Synode, la parole avait été prise à trois cent cinquante cinq fois par les membres du synode, pour un exposé de cinq minutes chaque fois, non suivi de discussions.
Lorsque les conclusions de ce Synode ont été publiées, le correspondant du journal La Croix à Rome de l’époque a écrit dans un livre « qu’on a pu avoir le sentiment à la lecture des 58 propositions que « la montagne pastorale » avait « accouché d’une souris bureaucratique » ( F. Mounier, « le printemps du Vatican », page 74) et le même auteur réitère un peu plus loin « À l’issue des travaux, les 58 propositions ont donc été fades, sans relief, infécondes ».

Apparemment, la manière dont se déroule le Synode actuel de la famille convoqué par le pape François n’appelle pas les mêmes commentaires, au moins dans sa phase en cours. À l’issue de la première session, un analyste résumait : « Nous avons reçu par la presse un certain nombre d’échos du Synode extraordinaire tout au long de son déroulement. Ces échos journalistiques ont eu le mérite de mettre l’accent sur des sujets qui nous préoccupent mais de n’en traduire le plus souvent que les aspects les plus étonnants. À les lire il était possible (d’une part ) d’imaginer une Église en conflit, une partie contre l’autre ». (Jacques Turck)

Une Église en conflit….La volonté exprimée (par le Pape ) à plusieurs reprises depuis son élection - soulignait le même analyste - est de marquer l’articulation entre le ministère du Pape et la collégialité des évêques. Le Synode a été l’occasion de le souligner en appelant à la liberté d’expression de chacun.
Le pape s’est réjoui dans son message final de ce que ce se soit bien passé ainsi. La conflictualité et la virulence des propos étaient souhaitables et possibles parce que (le Pape) j’étais là. (CR de Jacques Turck ).

La conflictualité et la virulence…

Évidemment, la conflictualité et la virulence des débats entre Évêques a été un choc, par rapport aux motions de synthèse bien lissées où les difficultés sont noyées dans les pieuses intentions. Entre autres, le prélat Lefèvriste Mgr Fellay a écrit que ce synode avait ouvert les portes de l’enfer. Les médias se sont régalés en se focalisant sur les points de désaccords et en négligeant ce qui était commun aux uns et aux autres…
…et peut-être à notre niveau, nous aussi nous avons apprécié que notre propre position personnelle sur tel ou tel sujet soit défendue par tel ou tel Père du Synode dans des termes - enfin ! pensions-nous - vigoureux et sans concession ni circonvolution.
Car entre nous, le peuple des paroisses, nos opinions sont aussi partagées et antagonistes sur certaines questions de la famille, que celles qui se sont affrontées au Synode. Chacun, selon son tempérament, sa culture, se rapproche d’une spiritualité, d’une vision de l’Église ; nous avons déjà entre Chrétiens des sensibilités et des choix très différents.
Par exemple, les paroisses autour de nous n’ont pas la même manière de s’adresser aux personnes touchées par le divorce, certaines leur rappellent leur situation irrégulière, d’autres les accueillent fraternellement.
Par exemple, ce qui touche au rôle de l’école dans l’éducation affective et sexuelle fait largement débat, ou le est sujet soigneusement évité.

En invitant les paroisses du diocèse à débattre du questionnaire préparatoire à la seconde session du Synode, notre Évêque partage avec nous les tensions et les contradictions qui habitent l’Église à tous les niveaux….c’est un signe de confiance, mais c’est un exercice redoutable, qui appelle de notre part courage et lucidité dans la fidélité.

Lucidité, pour faire l’inventaire des sujets et des leviers d’actions effectifs qui sont les nôtres.

Nous ne sommes pas Évêques, et le questionnaire préparatoire de la prochaine session nous interroge sur le COMMENT annoncer la bonne nouvelle de la famille :
46 questions.

42 fois « comment » ( autres formulations : « quelles sont » (5), « quelles initiatives »(4) « que peut-on », (4) quelles stratégies, de quelle façon….
Et le questionnaire évoque les acteurs qui vont mette en œuvre ces innombrables « comment », acteurs qui peuvent être regroupés par niveau :
Niveau zéro :indéterminé, ou « on » (18 fois)
Premier niveau l’action de la hiérarchie (13 fois) : - ce n’est pas nous-
Deuxième niveau les chrétiens (11 fois)
La communauté/chrétienne (5) le niveau paroissial (1) les familles chrétiennes(3) les fidèles (1) les familles croyantes (1)- c’est donc nous qui sommes interpellés
Troisième niveau le monde associatif et politique (5 fois )
Les institutions sociales et politiques (1) les associations familiales (3) les mouvements familiaux (1) cela, c’est notre rôle de relais et de médiateurs avec la société civile et politique.
C’est effectivement le premier constat : le « que faire » et le « comment faire » se travaillent ensemble.

Par exemple, prenons l’éducation affective et sexuelle dans les établissements scolaires, il y a autant de modes d’action que de points d’application. Il y a des choses simples mais qui prennent du temps comme l’effort, de la part des parents, de lire les ouvrages d’initiation que les enseignants des enfants conseillent aux élèves. Prendre du temps pour aller débattre dans les réunions de parents d’élèves sur la réalisation effective de cette éducation affective et sexuelle dans les établissements. Mieux encore, participer aux instances qui élaborent et réalisent les actions.

Lucidité sur l’efficacité des « comment faire ». Commencer par faire du scandale sur la place publique au nom de nos convictions sans avoir cherché le dialogue avec ceux qu’on dénonce c’est bon pour la publicité, mais c’est radical pour multiplier les blocages et les impasses. Alors que beaucoup de sujets de société pourraient être abordés par les acteurs Catholiques de la pastorale dans l’esprit où nous avons appris à aborder l’œcuménisme entre Églises : au-delà des affrontements à priori et des excommunications, examiner les convictions que nous partageons avec les autres et chercher comment nous pouvons faire avancer ce qui nous est commun.

Cela donne quand même à réfléchir, que la publication en France du rapport annuel du secours Catholique sur la pauvreté soit une ressource incontestée des décideurs de tous bords politiques, comme les analyses des orphelins d’Auteuil sur les jeunes en difficulté ou l’expertise éducative du Père Petitclerc : il y a donc des acteurs Catholiques qui sont bien entendus par la société civile.

En schématisant, cela pourrait amener à penser que là où le discours moral n’est plus entendu lorsqu’il est énoncé par la hiérarchie Catholique, il faut qu’il soit relayé par les réseaux associatifs, reconnus pour leur expertise et leur accessibilité. En quelque sorte, favoriser une position de médiation plutôt qu’une politique de confrontation avec la société. Cela présente un certain nombre d’avantages : tant de prises de positions morales agressives viennent essentiellement du besoin d’être reconnu et entendu, et peuvent trouver une issue dans un cadre de reconnaissance mutuelle.

Un très bon exemple est le travail de l’association « Cap mariage » qui propose aux mairies d’organiser la préparation et la célébration des mariages civils. Cette association fonctionne depuis longtemps, et produit des supports de formation, de communication et des expositions attrayants et aboutis. Malgré certains soutiens d’associations de maires, la réticence de mairies reste un obstacle à leur mise en oeuvre.
( à titre d’anecdote, la préparation au mariage civil avait été à un époque proposée à la municipalité d’Issy..sans réponse.)

Cela n’empêche pas qu’il y a des initiatives simples et convaincantes de chrétiens pour dire, par exemple, la beauté du mariage : les expositions photos de couples heureux accueillies par Saint-Benoit en donnent l’exemple. ( l’essai de création d’une maison maternelle par un groupe de paroissiennes de Notre-Dame de Pentecôte est un autre exemple d’initiative recevable par tous) Ce type d’action illustre que chercher, à partir de nos convictions, des convergences et des médiations entre acteurs de tous bords préoccupés du bien des familles reste bien une réponse au « comment faire » qui nous est adressé, même si ce n’est pas la seule. Pas la seule, parce qu’il faut bien des lieux et des instances officiellement dépositaires de la parole de l’Église. Mais il faudra de nombreux efforts avant que cette parole telle qu’elle est énoncée aujourd’hui par la hiérarchie puisse être entendue sans médiation au-delà d’un petit cercle d’initiés.
Car le « que faire » et le « comment faire » se travaillent ensemble. Si la famille et le mariage sont une bonne nouvelle pour la société entière, nous sommes responsables d’une pastorale que notre société telle qu’elle est puisse entendre.

Courage, pour traiter des sujets qui ne sont pas seulement des problématiques générales, mais qui traversent nos communautés.
Tout à l’heure a été abordé le sujet de l’éducation affective et sexuelle des jeunes et de la part que nous y prenons, dans nos familles, dans les lieux d’éducation. Eh bien nous savons tous qu’il faut du courage pour aborder le sujet déjà en famille, qu’il en faut encore plus pour s’exprimer sur le sujet en public, et encore plus pour se mettre d’accord sur un contenu ou un projet dans un lieu scolaire.
Pour s’aimer en vérité, il faut se parler et se respecter en vérité. Chaque sensibilité Chrétienne en matière de doctrine familiale peut être utile à la Bonne Nouvelle de la famille, encore faudrait-il qu’il y ait dialogue et complémentarité des places et des initiatives. Il faut du courage pour assumer et surmonter ses différences, cela peut aussi s’appelle la conversion.

La seule synthèse : fidélité au Christ

Car il y a un enjeu que nous partageons tous de la même façon « c’est à la manière dont vous vous aimerez les uns les autres que le monde reconnaîtra que vous êtes mes disciples » En Jésus, action pastorale et exigence morale, amour et vérité se rencontrent. En lui, le débat exigeant et le respect de l’autre s’accordent : Justice et paix s’embrassent.


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