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Ce que je suis vraiment - Jean-Pierre Denis

TRIBUNE
Ce que #JeSuis vraiment
Jean-Pierre Denis
10 janvier 2015

Dans ce texte, Jean-Pierre Denis s’exprime à titre personnel, en tant qu’écrivain.
#JeSuisHyperCacher et je suis juif. On tue des juifs depuis quelque temps dans ce pays, et un jour d’été on a manifesté avec des slogans antisémites sous mes fenêtres. Et je trouve que nos médias s’y sont un peu vite habitués, peut-être parce qu’on n’ose pas dire d’où vient ce nouvel antisémitisme, peut-être parce que certains pensent que c’est quand même un peu la faute des juifs, qui l’ont bien cherché avec Israël et qui nous fatiguent à la fin avec tout ce discours sur la Shoah.
#JeSuisCharlie et je suis journaliste. On meurt, dans ce métier, pour la liberté d’expression, la liberté de conscience, la liberté tout court. Et même si je trouvais « dégueu » pas mal de dessins de Charlie Hebdo, par exemple ceux qui déguisaient Benoît XVI en nazi, je préfère encore ça, parce que comme Français et comme croyant j’ai besoin de liberté et de rire (tiens, j’ai bien ri en lisant Houellebecq, même aux dépens du christianisme). Et je pense comme Elsa Wolinski, la fille du dessinateur assassiné, que « le sens de la France, c’est la liberté » et que cela ne peut mourir. Et je continue à le penser même si Wolinski disait qu’« un humoriste ne peut pas croire en la religion », ce qui est quand même un peu bêta, avouons-le.
#JeSuisJournaliste et je trouve triste que l’on parle si peu des victimes non journalistes : policiers (y compris municipaux), agent d’accueil, clients de l’HyperCacher qui ont essayé de résister. #JeSuisChrétien et parmi les « amalgames » que je ne supporte plus, il y a deux slogans de plus en plus agaçants.
Le premier, c’est que « l’islamisme n’a rien à voir avec l’islam ».Je suis certain que la majorité des musulmans de France vit ces événements avec horreur et je ne vois autour de moi que des musulmans que ces crimes révoltent. Fils d’une « enfant cachée » de la guerre, je viens d’apprendre que, dans l’HyperCacher, un employé malien musulman appelé Lassana Bathily avait caché des clients juifs dans le frigo et risqué sa vie pour eux. Et je me sens en empathie avec tous nos compatriotes qui rasent les murs ou sont victimes du délit de sale gueule par ce que musulmans ou d’origine musulmane ou parce qu’ils ont un patronyme « d’apparence musulmane ». Je pense que le cardinal Tauran a raison de dire qu’il ne faut pas « parler aux musulmans », autrement dit faire la leçon, mais « parler avec les musulmans », autrement dit se parler en frères. Mais je sais qu’il y a des jeunes qui font en ce moment le « V » de la victoire, qu’il y a des collèges où l’on n’a pas pu observer la minute de silence, qu’il y a des gens qui disent que Charlie Hebdo l’a bien mérité.
Et je pense qu’au-delà des troubles d’identité contemporains, au fond, dans son discours de Ratisbonne, Benoît XVI n’avait pas complètement tort, qu’il y a dans l’islam un grave et ancien problème à résoudre, et que les musulmans et eux seuls peuvent le résoudre en le prenant à bras le corps, pas en le niant. En un mot, une tumeur n’est pas tout le corps, mais je ne vois pas comment on peut soigner un cancer si l’on pense que la tumeur « n’a rien à voir » avec le corps qu’elle ronge et qu’elle menace de détruire. Et je suis certain qu’on n’en sortira pas tant que, dans les pays musulmans, on ne sera pas horrifié à l’idée même de sanctionner l’apostasie et le blasphème par la peine de mort et tant que l’on n’admettra pas, par exemple, qu’un Kabyle puisse devenir protestant évangélique, qu’on puisse célébrer la messe en Arabie Saoudite, qu’Asia Bibi doit vivre libre, qu’on a le droit d’être athée partout où on veut. Le second, c’est cette idée intellectuellement digne de l’école des fans et de feu Jacques Martin, cette idée que « toutes les religions sont violentes » et sa variante si conne selon laquelle elles seraient même « la source de la violence ». Je n’ai jamais entendu dire qu’Hitler, ou que ces Staline, Mao et Pol Pot que nos intellectuels et journalistes ont souvent applaudis étaient croyants, mais plutôt qu’ils ont tué des millions de croyants, souvent en raison même de la foi de leurs victimes juives, chrétiennes, bouddhistes… Et avec le cardinal Lustiger je vois là pointer la part d’ombre des Lumières. Je n’ignore certes pas qu’il y a eu beaucoup de violence dans le christianisme et au nom du christianisme, et même qu’il y a de la violence, de l’obscurantisme et du fanatisme chez nombre des chrétiens et même en moi, et je ne prétends pas que le mal soit extérieur à moi. Mais j’ai assez vécu pour comprendre que c’est l’homme qui est violent, depuis toujours et pour toujours. Et j’ai assez lu l’évangile pour me souvenir que mon Christ est mort sur la croix pour répondre à cette violence en la prenant sur lui (lisez René Girard), qu’il a enseigné que Dieu est amour et qu’il n’a jamais prêché la guerre sainte. J’ai assez médité pour comprendre qu’être chrétien c’est croire que l’on a personnellement besoin d’être sauvé malgré son péché, pas que l’on détient la vérité. Bref, non, je ne pense pas que l’on soit fondé à mettre tout dans le même sac.
Alors, comme dirait l’autre, « pas d’amalgame ».
Comme chrétien, je sais que la réponse à la violence, c’est le Christ Rédempteur.
Comme Français, je pense que la réponse à la violence, c’est la République.
#JeSuisPolicier. Enfin, non, je ne suis pas policier, et vraiment pas du tout, mais j’admire ces personnes qui sont capables de donner leur vie pour nos valeurs, pour des gens, même, qui ridiculisent la police et détestent les flics. Et j’admire que parmi ces gens qui nous protègent il y ait une jeune femme à la peau noire appelée Clarissa et un policier qui s’appelle Ahmed Merabet et tant de flics et de soldats d’origine ou de religion musulmane ou chrétienne engagés côte à côte sur divers théâtres d’opération au nom de notre république. Et je pense, pour finir, qu’au moins autant que
les journalistes assassinés Ahmed Merabet représente le meilleur de la promesse française, ce courage instinctif, cet universalisme qui nous réunit tous, juifs, chrétiens, musulmans, athées, sublimant nos différences et nos divergences dans une forme de communion.

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