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Charles-Hubert et Marine Preato / Madagascar - Rapport de mission

Le 1er novembre 2017

Chers famille, amis et parrains,
Voici venu notre premier rapport de mission, cela fait 5 semaines que nous sommes arrivés et chaque jour est riche en découvertes. Pour autant il est difficile de vous retranscrire précisément ce que nous vivons car nous sommes encore en phase de « digestion ». Après les péripéties quant à l’obtention de notre visa nous avons fini par nous envoler pour la grande île avec nos 200 kg de bagages bouclés. Les enfants surtout Hector étaient tout excités à l’idée de prendre « le gros avion ». Nous avons eu la surprise et la joie de voyager avec Étienne et Solène d’autres volontaires Fidesco qui nous ont bien aidé avec les enfants. Hector était ravi de pouvoir regarder des dessins animés.

Après une arrivée tardive, direction l’hôtel pour une courte nuit. Le lendemain un chauffeur de voiture particulière est venu nous chercher à 7h du matin pour parcourir les 400 km nous séparant de Fianarantsoa.
Immersion immédiate dans ce nouveau pays, nous en prenons plein la vue, une vie grouillante défile devant nos yeux. Petits vendeurs, porteurs, étals divers et variés...
Une fois sortis de la capitale nous voilà lancés sur la RN 7, la route principale de Madagascar avec ses trous, ses tournants et sa vitesse de pointe à… 50km/h ! Mais surtout des paysages magnifiques.

Après 10h de route (pour seulement 400 km !) encore une arrivée de nuit. Nous attend devant notre nouvelle maison un comité d’accueil des plus chaleureux : Frère Claude, le directeur du Vozama, Agnès et Théophane, directrice et stagiaire au CFR, Hubert et Séverine, coopérants Fidesco. Une quiche est dans le four, une brioche est prête pour le lendemain matin, le frigo est rempli, les lits sont faits, nous voilà chez nous ! Première nuit dans notre nouvelle maison où nous finissons à 4 dans notre lit ! La mission commence, c’est parti ! Ce départ est le fruit d’une réflexion qui a germé dans nos cœurs ces derniers mois. Dans cette démarche nous avons mis l’espérance de vivre une joie incomparable là-bas malgré la difficulté à quitter nos proches et notre vie bien installée en France.

Ato Madagascar
Nous sommes à Madagascar, pays grand comme la France et le Benelux réunis, un des pays les plus pauvres du monde où plus de la moitié de la population vit avec moins de 2 dollars par jour. Nous habitons dans la ville de Fianarantsoa, située dans les Hautes terres, nom qui signifie « Là où l’on apprend le bien ». Fianarantsoa est un haut lieu d’élevage de bétail et de production agricole : café, tabac, riz et raisin. Ancien quartier général des missionnaires chrétiens, Fianarantsoa est considérée comme le centre intellectuel de Madagascar. Nous sommes chez les Betsiléo, ethnie dont le nom signifie « les nombreux invincibles ». Le climat est dit « tropical d’altitude ». Il comporte un hiver austral (juin, juillet, août), une saison sèche à partir du mois d’octobre. Il fait actuellement chaud (même si nous avons traversé des épisodes frais et surprenant pour la saison selon les locaux), tous attendent ici la pluie car cela reste désespéremment sec et bien embêtant pour les cultures. Notre maison est située dans le quartier de Mahamanina, ce quartier situé au sommet d’une colline est entouré de congrégations religieuses.

Mianatra teny malagasy aho : J’apprends le malgache
Nous découvrons que le français bien que compris par beaucoup de malgaches n’est pas parlé par tous bien que deuxième langue officielle du pays après le malgache (seule 20% de la population parle le français). Un de nos premiers objectifs est donc l’apprentissage de la langue et ce n’est pas chose aisée car impossible de se raccrocher à une base latine. Nous prenons des cours les lundis et mercredis matin avec Madame Joséphine, pétillante malgache de 75 ans avec qui nous avons intérêt à être bien attentifs ! Nous sommes encore loin d’être bilingues mais commençons à maîtriser quelques expressions.

Les malgaches ont une culture très orale et sont très attachés aux proverbes. En voici un que nous avons bien aimé :
Izay tsy mahay sobika mahay fatam-bary
Traduction : Celui qui n’est pas capable de faire un grand panier est capable de faire une petite corbeille.
Sens : Personne ne doit penser qu’il est incapable de prendre part au travail en commun. Tous au travail ! Chacun fait sa part comme il peut.

La mission de Marine
Je travaille au CFR (Centre de formation rurale) d’Andriamboasary aussi appelé ferme-école fondée en 1950 par le père Bernard Vienne, prêtre de la Compagnie de Jésus. Le CFR accompagne et forme les paysans de la région de Fianarantsoa à mieux valoriser leurs terres et à trouver d’autres sources de revenu agricole.
La ferme fonctionne avec une équipe de 36 salariés.

Trois formateurs malgaches assurent chaque année dix modules de formation de janvier à novembre, (en dehors de la période de repiquage du riz) sur les thèmes suivants : élevage de poules pondeuses, élevage de zébus et de vaches laitières, de porcs, cultures de contre-saison et maraîchage, cultures sèches sur coteaux, riziculture et pisciculture, etc… Ces modules s’adressent à des agriculteurs, sortis du système scolaire classique, qui souhaitent reprendre la ferme familiale, s’installer, ou bien développer une activité agricole. Les stagiaires reçoivent une formation théorique et pratique et sont accompagnés au montage de leur projet agricole (support technique, accès facilité aux semences et fournitures). Afin de dynamiser la filière lait dans la région et proposer un débouché rémunérateur aux collectés (paysans qui nous vendent leur traite du jour), le CFR a créé depuis les années 2000 une fromagerie. Les bénéfices permettent d’autre part de financer les formations des stagiaires, et le fonctionnement de la Ferme. Le CFR propose un micro-crédit aux paysans ayant suivi les formations afin qu’ils achètent une vache laitière. La ferme leur fournit également un appui technique sur le terrain par des visites régulières des techniciens et s’engage à leur acheter le lait à bon prix.

Ce premier mois a été un temps d’observation pour comprendre le fonctionnement de la ferme et apprendre à connaître les employés. Je m’y rends 4 jours par semaine de 6h30 à 17h30 avec la bâchée (camionnette) qui récupère les mpiasa (ouvriers) le matin. La route est bien cabossée et c’est 30 min de transport balloté mais dans la bonne humeur ! J’en profite pour réviser mon vocabulaire malgache dans une bonne ambiance. J’aide Agnès, ingénieur agronome qui dirige la ferme depuis 12 ans, à la gestion de la ferme et à promouvoir les produits laitiers de la ferme afin d’agrandir le portefeuille de clients.

Nous sommes bien loin du monde de l’audiovisuel et c’est la découverte d’un nouvel univers, le challenge est lancé ! Tous les employés m’ont accueilli chaleureusement et même si la communication avec certains reste difficile compte tenu de mon petit niveau de malgache, un sourire rompt toujours l’incompréhension. La ferme propose à la vente des oeufs, du lait cru, de la tomme, du camembert et du fromage à pizza. Exercice pratique récemment, nous avons des fromages à pizza dont la croûte n’était pas très présentable que nous devons écouler, nous avons réfléchi à comment nous pouvions les commercialiser et avons eu l’idée de les vendre en tranches sous vide. Il faut maintenant mettre ce projet en place : étude de marché, test de conservation, test de packaging… cela est très motivant.

Le CFR livre ses clients 2 fois par semaine et afin de se familiariser avec la clientèle quoi de mieux qu’une tournée avec Rapierre. Cela est assez physique ! C’est donc chargée de lait, d’oeufs (qui aussi surprenant soit ils arrivent entiers) et de fromages que la fourgonnette de la ferme s’élance pour ces livraisons. Notre clientèle est essentiellement constituée de restaurants, hôtels, petites épiceries, congrégations religieuses fianarois ainsi que d’autres établissements de Madagascar. Pour ces derniers la problématique est le mode de transport car point de camion réfrigéré mais transport en taxi brousse ! Il n’est pas rare que nos fromages voyagent de nuit sur le toit de taxis brousse dans une glacière ou un carton ! Ce mode de transport restreint les produits que nous pouvons expédier, en effet le lait, fromage blanc, ricotta ne supporteraient pas le voyage.

La mission de Charles-Hubert
Créé il y a plus de 20 ans par le Père Boltz, le Vozama essaye chaque jour de combattre la pauvreté dans les milieux ruraux de la région de Fianarantsoa et Ambositra. La logique d’intervention se base sur l’éducation des enfants. Constatant la difficulté des enfants de brousse à avoir accès à la scolarité, l’ONG installe des postes d’alphabétisation au sein même des villages de brousse. Conscient que le seul apprentissage de la lecture et de l’écriture ne suffit pas au développement, le Vozama travaille sur une méthode intégrée de développement global. Ainsi en plus des postes d’éducation, le Vozama travaille à de la formation parentale, des programmes d’environnement, de santé et d’assainissement d’eau. L’éducation : fort de plus de 700 postes de 14 élèves en moyenne, c’est 10 000 enfants qui ont la possibilité d’acquérir les fondamentaux de l’éducation. Dans les faits, chaque poste est animé par une éducatrice (souvent une maman du village) qui est formée et rémunérée par le Vozama pour son rôle d’institutrice. Un comité villageois est en charge de l’installation de la salle de classe (souvent au rez-de-chaussée d’une maison) et un montant symbolique (au vu des coûts réels mais pas des ressources des villageois) d’écolage est demandé aux parents. La politique du Vozama est de ne pas tomber dans l’assistanat mais de rester dans l’assistance.

La formation parentale : Afin de pouvoir aider les parents à financer le poste d’éducation et de pouvoir continuer à envoyer leurs enfants à l’école une fois plus grand, le Vozama les accompagne dans des projets dit AGR (Activités Génératrices de Revenus). Il s’agit de pouvoir les former sur des sujets d’agriculture ou d’élevage afin de développer au mieux leur rendement, et leur capacité à valoriser leur travail. L’environnement : Nous découvrons à Madagascar une étonnante relation avec l’environnement. Le Vozama travaille à sensibiliser les enfants et parents sur la richesse qui les entoure et l’importance de la respecter. Des opérations de reboisement sont ainsi organisées et chaque famille achète des plans d’arbres pour reboiser des hectares de forêt. Santé : Parce qu’un enfant ne peut apprendre qu’en bonne santé, ce volet s’intègre par nature dans le projet global. Chaque enfant apprend donc à se laver les mains et se brosser les dents. Des distributions de vermifuge par exemple sont réalisées, ainsi que la construction et l’éducation à l’utilisation de latrines. Enfin en cas de détresse de certains enfants, le Vozama organise et prend en charge les urgences médicales faisant le lien entre les services de santé et certaines organisations spécialisées.
Eau et assainissement : Parce que l’eau potable est un enjeu majeur, depuis quelques années le Vozama a procédé à des constructions d’adduction d’eau, captant ainsi des sources et un réseau de distribution achemine (après un certain nombre de filtres) l’eau jusqu’à une borne au sein des villages. Là encore les bénéficiaires sont appelés à participer (symboliquement) aux frais et à prendre en main la gestion de manière autonome.

Afin de piloter et administrer l’ensemble de ces activités, une équipe de 60 personnes est en place et siège à Fianarantsoa. C’est là que je travaille et que nous habitons. Le Vozama est dirigé par le Frère Claude. C’est à sa demande que tous les deux ans un coopérant Fidesco est appelé à venir servir. J’ai donc été mandaté par ce dernier pour occuper le poste de responsable financier. La mission qui m’est confiée comporte plusieurs volets : D’une part un besoin réel d’encadrer l’équipe administrative et financière afin de répondre au mieux aux exigences comptables et au besoin de pilotage, ainsi que du reporting auprès des bailleurs qui attendent à juste titre des comptes sur l’emploi des subventions.
D’autre part sur un besoin de formation du personnel. Le besoin en formation est assez vaste et sur beaucoup de sujets : comptabilité, bureautique, organisation. Le tout dans un contexte culturel très différent de mon environnement coutumier.

Enfin je suis mandaté par la direction générale sur différents sujets très divers. Nous appellerions cela en France un « chargé de projets ». Ces cinq premières semaines au bureau ont été très denses en découvertes.
D’un point de vue humain : Je rencontre chaque jour un peu plus mes collègues, leur histoire, leur parcours et ils me font découvrir la culture malgache. Le rapport au travail ne semble pas du tout le même qu’en France, et les relations managériales répondent à des codes que je ne comprends pas encore. Tous m’ont accueilli avec beaucoup d’attention.

Je suis à l’école de l’humilité face aux autres, car le jugement sur la compétence académique ne peut et ne doit pas être le seul critère. En à peine quelques semaines je commence à apprendre à voir plus l’Homme que le collaborateur. (Déjà un premier fruit de la mission même s’il doit encore mûrir)
D’un point de vue professionnel : le choc est total, nous sommes loin des bureaux de TF1. Cela me renvoie complètement aux fondamentaux, c’est extrêmement déstabilisant car je me dois de changer de logique et de raisonnement. Mais l’exercice est stimulant, être en dehors de ma zone de confort me demande beaucoup d’adaptation. Le besoin en conseil est constant. Cela va de la simple utilisation d’Excel à l’écriture comptable en passant par la relecture du process de la caisse (80% des achats en volume sont faits en espèces, la banque ne servant que pour les gros fournisseurs), le suivi des stocks ou l’explication des conclusions des audits de l’expert-comptable. Le tout devant être fait avec la plus grande pédagogie. Heureusement l’ensemble des salariés du bureau parlent français. Je comprends qu’il y a beaucoup de travail à accomplir et ma feuille de route se dessine de plus en plus.

Coté spi
Les Malgaches sont très croyants, et la religion est omniprésente ici. La population se divise entre : 50% de chrétiens (catholiques et protestants) presque 10% de musulmans, des sectes et la religion traditionnelle qui est également pratiquée par presque la majorité.

Il n’est pas rare de voir inscrit sur les taxis brousse des phrases comme « Jésus notre sauveur », « Jésus t’aime ». La journée à la ferme commence par une prière… Même si nous avons la chance d’être extrêmement bien logés et d’avoir accès à tout ce dont nous avons besoin, nous vivons un saut dans la simplicité et cela nous fait beaucoup de bien ainsi qu’aux enfants. Nous nous remémorons la phrase du Pape François : « Avec Jésus, nous sommes appelés à rechercher (et non à nous en contenter faute de mieux) une simplicité de vie qui nous libère, pour mieux accomplir notre mission en Christ. » Cette démarche s’inscrit complètement dans notre projet, ainsi même si techniquement nous avons la chance d’avoir accès à internet nous ne l’utilisons que très peu. Nous avons décidé de nous passer de nos habitudes « connectées » et malgré tout le coté utile de ces dernières nous sommes ravis de nous affranchir du coté inutile qui est inhérent. Saint Jean-Paul II lorsqu’il était encore archevêque de Cracovie disait en 1962 : « Nous sommes toujours prêts pour prendre ou conquérir, lorsqu’il s’agit de plaisir, de profit, de gain et de succès et même d’ordre moral. Puis se pose la question de donner, et là nous hésitons, car nous ne sommes pas préparés à donner. » Nous rencontrons ici des figures édifiantes, des hommes et des femmes qui consacrent leurs vies au service des plus pauvres. Ils ont peut-être hésité, ils n’étaient peut-être pas préparés mais ils donnent !

Une multitude d’initiatives diverses témoignent du don que l’homme peut faire pour son prochain. Quel message d’espérance !

Et les zazas ?
Concernant les zazas (enfants), ils ont trouvé leur rythme après un petit temps d’adaptation et nous les sentons heureux dans leur nouvelle vie. Madame Hortense s’occupe de Gaspard la journée et nous bichonne avec ses bons petits plats. Elle est en plus pour nous d’un grand soutien logistique pour la maison et nous donne entre autres ses bons filons pour nos achats. Hector (4 ans) a fait sa rentrée en moyenne section à l’école française avec maîtresse Xavièrine et s’est vite fait de nouveaux amis. Malheureusement une épidémie de peste* sévissant, l’école a été fermée et ensuite s’enchaînant les vacances de la Toussaint, Hector aura été 10 jours en classe, dur dur !

Pour pallier à ça, les occupations sont variées : aller voir les lapins, aider les pépiniéristes du Vozama à rempoter, jouer dans la terre… et surtout participer à la pause goûter de 10h des employés du Vozama où Hector se délecte pour son plus grand plaisir de soupe, pâtes, tartine avec de la pâte de mangue et autres mets locaux…

Concernant Gaspard (18 mois), une rubrique complète pourrait être attribuée à ses bêtises : se rouler dans la terre rouge, vider les cendres de la cheminée, manger des bouts de bois, cailloux, effeuiller les plantes …Il s’est enfin décidé à se lancer à marcher, cela nous change la vie et il est ravi de pouvoir suivre son grand frère !

Pour conclure en quelques mots
Notre mission ne fait que commencer et nous restons convaincus que le Christ est là présent à nos côtés.
Nous sommes touchés par le sourire qu’ont les malgaches malgré leur pauvreté.
Nous sommes touchés par les cris joyeux des enfants lorsque nous les croisons.
Nous sommes touchés par la beauté de leurs chants pendant la messe qui nous portent malgré notre incompréhension de la langue.
Nous sommes touchés par leur bienveillance vis à vis de nous pour ceux que nous cotoyons au quotidien qui s’enquièrent de savoir si nous sommes bien à Madagascar, si les enfants vont bien.
Nous avons un rythme de travail bien soutenu mais restons habités par cette joie qui nous anime depuis notre départ.
Merci du fond du coeur à vous tous qui nous soutenez et qui nous permettez de vivre cette belle mission !

Charles-Hubert, Marine, Hector et Gaspard

- Télécharger le rapport de mission de Charles-Hubert et Marine


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