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Conférence à la paroisse Sainte-Croix de Neuilly

Vous m’avez demandé de réfléchir avec vous sur l’exhortation apostolique du Pape François : « la joie de l’évangile ».
Nous remarquerons tout d’abord qui ne s’agit pas d’une lettre encyclique qui en général revêt un caractère doctrinal qui engage l’autorité pontificale, même s’il ne s’agit pas d’infaillibilité, laquelle d’ailleurs ne s’exerce que très rarement. Il s’agit d’une exhortation apostolique. Souvent, cette forme d’écrits fait suite à un synode des évêques convoqués par le Pape sur un thème particulier.
Cette exhortation apostolique n’est pas directement liée un à un synode, même si de nombreuses références viennent de celui tenu sur le thème de « la nouvelle évangélisation et la transmission de la foi » d’octobre 2012.
Je crois qu’il s’agit plutôt d’une feuille de route donnée par le Pape François pour dire comment il veut orienter son pontificat et ce qui sera le moteur de son mandat pastoral.
Très clairement, il oriente celui–ci vers la mission. Tout baptisé n’a pas seulement reçu la Bonne nouvelle pour lui-même mais il est le dépositaire d’un trésor qu’il doit partager. L’évangélisation est donc la mission première de tous les fidèles sans exception, car si le salut est opéré seulement par le Christ, il nous revient de le faire connaître pour diffuser cette joie qui habite le cœur des disciples de Jésus-Christ.
Je cite le Pape François : « l’Eglise en sortie est la communauté des disciples missionnaires qui prennent l’initiative, qui s’impliquent, qui accompagnent, qui fructifient et qui fêtent » N°24.
Il n’y va pas par quatre chemins quand il dit : « je préfère une Eglise accidentée, blessée et sale pour être sortie sur les chemins, plutôt qu’une Eglise malade de son enfermement et qui s’accroche confortablement à ses propres sécurités ».
Le ton est donné, il est celui d’un pasteur qui a le souci de tous les hommes puisque, comme le dit saint Paul à son disciple Tite : « Dieu veut que tout homme soit sauvé ».
Si le Christ nous dit clairement qu’il ne faut pas hésiter à laisser pour un temps 99 brebis qui se portent bien pour aller chercher la seule brebis malade, combien plus aujourd’hui, faut-il aller à la recherche des 99 brebis qui sont au bord de l’enclos et ignorent cette Bonne nouvelle qui nous fait vivre et qui nous remplit de joie.

Mais pour pouvoir aller vers un monde qui ne connaît pas le Christ, encore faut-il bien le connaître pour comprendre quels sont les obstacles à surmonter. C’est cette partie de l’encyclique qui, si j’ose dire, établit un état des lieux, un diagnostic.
C’est aux numéros 53, 54 et 55 qu’il dénonce la culture du déchet au sens où ce sont les laissés-pour-compte, les personnes exclues qui sont ces déchets. Il parle ainsi d’une mondialisation de l’indifférence dans un monde où la culture du bien-être nous a anesthésiés.
En effet, c’est l’anesthésie de la conscience personnelle qui ne nous permet plus de voir l’ampleur du mal. On le voit dans tous les sujets de société qui marquent notre époque (Ex : la Belgique et l’euthanasie).
Le Pape souligne aussi la difficulté d’annoncer l’évangile dans une société où l’argent n’est plus seulement un moyen mais une fin. En effet l’argent qui est un serviteur devient un maître qui nous gouverne malgré l’annonce de Jésus-Christ sur Dieu et l’argent et le maître qu’il faut choisir.
Parmi les défis qui attendent le missionnaire baptisé, le Pape François désigne encore le relativisme où « chacun veut être porteur de sa propre vérité subjective et rend difficile aux citoyens d’avoir l’envie de participer à un projet commun qui aille au-delà des intérêts et des désirs personnels ».

Il est vrai que nous sommes dans une civilisation où l’individualisme est exacerbé porté par une publicité qui ne fait que l’encourager. C’est la culture du « c’est mon choix » ou encore du « parce que je vaux bien ».
La plupart des gens vivent à la surface de leur vie, le réel laisse la place à l’apparence, à ce qui est immédiat, visible, superficiel et provisoire.
La sur-médiatisation ne favorise pas non plus la juste distance critique relativement au flux ininterrompu d’informations que nous pouvons recevoir. Le Pape insiste sur une éducation qui permette de penser plus librement.
En accompagnant à Rome quatre-vingt-six chefs d’établissements catholiques du diocèse de Nanterre, je les ai fait réfléchir à la valeur ajoutée qui peuvent apporter. Il nous faut, en plus de développer le savoir, d’élaborer un savoir-faire, surtout de développer un savoir être, de construire la personnalité des jeunes qui nous sont confiés et les éduquer à la liberté, à la capacité d’utiliser cet extraordinaire instrument qu’est le cerveau humain.

Il signale aussi la profonde crise culturelle que traverse la famille. Le mariage n’est plus, pour beaucoup, cet engagement profond de toute la personne de chacun des époux. Il dit que « le mariage tend à être vu comme une simple forme de gratification affective, qui peut se constituer de n’importe quelle façon et se modifier selon la sensibilité de chacun ». n°66
C’est aussi au sein de cette famille que dans le peuple chrétien, au cours des dernières décennies, il s’est produit une rupture dans la transmission de la foi chrétienne entre les générations.

Dans cette longue litanie il n’oublie pas les nombreux problèmes de nos sociétés urbanisées : le trafic de drogue, l’exploitation des mineurs, l’abandon des personnes âgées et malades et l’extension de la corruption et de la criminalité.

Evidemment, devant un tel tableau la tentation est de céder au découragement et d’abdiquer notre vocation à annoncer l’évangile au monde.


Mais si le Pape a fait un diagnostic aussi précis, c’est évidemment pour proposer un remède. Il affirme que l’apport de l’Eglise dans ce monde actuel est immense. Il constate que les chrétiens sont dans tous les champs de service et de solidarité. Je le cite : « les chrétiens aident beaucoup de personnes à se soigner ou à mourir en paix dans des hôpitaux précaires, accompagnent les personnes devenues esclaves des différentes dépendances dans les lieux les plus pauvres de la terre, se dépensent dans l’éducation des enfants et des jeunes, prennent soin des personnes âgées abandonnées de tous, cherchent à communiquer des valeurs dans les milieux hostiles, se dévouent autrement de différentes manières qui montrent l’amour immense pour l’humanité que le Dieu fait homme nous inspire » n°76 .
C’est une longue action de grâce.

Les remèdes :

Approfondir notre lien au Christ.
C’est dans la relation personnelle avec lui que nous pourrons découvrir et transmettre une mystique du « vivre ensemble » pour permettre à cette société blessée une véritable expérience de fraternité. Je le cite encore : « l’évangile nous invite toujours à courir le risque de la rencontre avec le visage de l’autre, avec sa présence physique qui interpelle, avec sa souffrance et ses demandes, avec sa joie contagieuse dans un constant corps-à-corps ». Il nous dit de contempler le Christ qui, dans son incarnation, nous invite à « la révolution de la tendresse ».

Construire une Eglise pleine d’audace
Le Pape demande à ce que l’Eglise ne se renferme pas sur elle-même, qu’elle ne devienne pas un camp retranché pour se protéger d’un monde hostile, qu’elle ne se laisse pas aller à la nostalgie d’un âge d’or prétendu et historiquement faux. Je le cite : « dans ce contexte il y a ceux qui préfèrent être des généraux d’armées défaites plutôt que de simples soldats d’un escadron qui continue à combattre ».

Cesser les divisions, les médisances et cet esprit de controverse systématique qui traverse l’Eglise et qui empoisonne les relations fraternelles. Le Pape l’affirme : « nous sommes sur la même barque et nous allons vers le même port ». « Lorsque l’on voit au sein de l’Eglise diverses formes de haines, de division, de calomnie, de diffamation, de vengeance, de jalousie, de désir d’imposer ses propres idées à n’importe quel prix, qui voulons-nous évangéliser avec de tels comportements ? ».
Au-delà de nos sympathies ou de nos antipathies, il faut apprendre à s’aimer, à changer son regard. « Prier pour la personne contre laquelle nous sommes irrités, c’est un beau pas vers l’amour et c’est un acte d’évangélisation. Faisons-le aujourd’hui ! Ne nous laissons pas voler l’idéal de l’amour fraternel ! » (N° 101).

S’appuyer de plus en plus sur un laïcat responsable :
Le pape préconise ce qui se fait déjà dans beaucoup d’endroits, la prise de responsabilité des laïcs dans les décisions qui concernent le fonctionnement de l’Eglise.
Quelle est la part de responsabilité et de décision des équipes d’animation pastorale ? Est-ce une chambre d’enregistrement ou est-ce un véritable lieu de réflexion et de décision ? En outre, en raison de la même dignité des hommes et des femmes dans l’église depuis toujours, le pape demande qu’on élargisse des espaces pour une présence féminine plus affirmée dans l’Eglise en particulier dans les lieux où se prennent des décisions importantes aussi bien que dans les structures sociales.
Exemple : la responsabilité des services diocésains ou la présence dans le conseil épiscopal.
Si le Pape François affirme que si : « le sacerdoce réservé aux hommes, comme signe du Christ époux qui se livre dans l’eucharistie, est une question qui ne se discute pas » il ne faut pas confondre la puissance sacramentelle, qui est de l’ordre de la grâce qui vient du Seigneur Jésus et qui confère une autorité qui n’est qu’au service du peuple, avec le pouvoir entendu comme une domination.
La configuration au Christ Tête, qui signifie que la grâce trouve sa source en lui, ne justifie nullement une supériorité des uns sur les autres. La hiérarchie dans l’Eglise est totalement ordonnée à la sainteté des membres du Christ.

Une pastorale de la jeunesse réaliste
Les neurosciences disent que la neuroplastie, c’est-à-dire la plasticité cérébrale, peut permettre de faire évoluer les comportements. Tout peut influencer le cerveau : l’environnement, les stress, etc.
La zone du cortex préfrontal (la sphère cognitive) devient mature en fin d’adolescence. Les parties « émotionnelles » sont les premières à devenir matures. La réflexion vient en dernier. L’adolescent est d’abord influencé par ses émotions. La fin de l’adolescence est surtout culturelle : comment la société me reconnaît comme « maître de moi-même ».
Les sociétés traditionnelles ont des rites de passage. Cette société reproduit le schéma parental et induit un système de castes.
En Occident, toute personne peut penser trouver une place différente de celle de ses parents.
On se confronte à une nouveauté : la transformation génitale.
Prise de distance avec les adultes : dés-idéalisation des parents. Disqualification : comment les parents acceptent cette mise en question ?
Questionnements de l’adolescent : qui suis-je ? Est-ce que je déçois mes parents ?
La fragilité est révélée par ce passage par l’adolescence. Comment l’intégrer ? Je ne peux pas avoir un corps selon mon choix. Comment accepter ce que je suis : homme ou femme ?

Outils principaux :

1/ Construire une représentation de soi assez bonne : j’ai confiance en moi, j’accepte d’être déçu, d’avoir des échecs sans penser que je suis nul.
Nous sommes les seuls animaux qui ont cette compétence : avoir une représentation de soi qui permet l’élaboration d’une identité : conscience réflexive (néocortex).
Comment gérer l’écart entre l’idéal et la représentation de soi ?
Ce n’est pas parce que je ne suis pas parfait que je suis nul.
Fragilité narcissique : ce qui n’est pas parfait est nul !

Où est le bénéfice ? Améliorer la représentation de soi. Je suis fier d’avoir canalisé mon agressivité car je me suis approché de l’idéal projeté.
L’influence de l’entourage est prépondérante. Mais si cela est vrai, il y a des rencontres réparatrices : des adultes bienveillants.

Dans l’Eglise, y-a-t-il des adultes suffisamment bienveillants ? Laisse-t-on la place aux jeunes en acceptant de leur donner des responsabilités et de les accompagner dans celle-ci ? Leur permettons-nous encore d’avoir part aux décisions ? Acceptons nous qu’ils fassent quelque chose dont nous sommes persuadés que nous ferions beaucoup mieux ?

2/ Il faut aussi ressentir qu’au début de la vie, il y a de l’amour pour que j’existe.
Comment les parents gèrent la différence entre l’enfant idéal et la réalité de l’enfant ? Comment l’enfant est-il aimé pour lui-même ?
La programmation des enfants génère des frustrations qui aboutissent à des revendications juridiques : « j’ai droit à »
Ce qui est techniquement possible est forcément possible. La frustration et l’acceptation des limites deviennent inacceptables.
La seule acceptation de l’autorité est l’autorité protectrice.
Méconnaissance du fonctionnement du psychisme de l’enfant. La mise en place des limites permet à l’enfant de croire que les interdits sont protecteurs.
Comment supporter la frustration ?
Pouvoir investir un imaginaire. Pour cela il faut s’être affronté à la limite.
Les exigences doivent être adaptées à l’enfant : il ne peut pas physiologiquement être propre à 1 an et demi. En revanche, il faut des exigences en rapport avec ses capacités.
Mais la sur stimulation des enfants entraine une difficulté d’un acte d’autorité. Enfant précieux : plus de rapport de force. Il faut montrer que le choix est guidé par une bienveillance.
Pour accepter d’apprendre, il faut accepter de ne pas tout savoir. Je ne travaille pas du tout, donc j’aurai 0. Le pire n’est jamais décevant. Renoncement à l’idéal : « Rien ne sert à rien ».
Image de soi bonne : avidité d’une relation.
Si échec :
1/ Mon image est bonne : je trouverai quelqu’un
2/ Mon image est mauvaise : je suis nul. Refuge dans le ressenti : drogues, sexe, tendance antisociale. L’autre n’a aucune importance, ce qui entraine les conduites transgressives.

Dans ce cadre, le message évangélique est extrêmement valorisant pour les jeunes. Ils sont aimés dès le départ sans aucun mérite de leur part et sans qu’ils aient à faire leurs preuves. En outre, le Verbe de Dieu lui-même par son Incarnation a assumé les limites de notre humanité et nous a montré qu’on pouvait les habiter de la toute-puissance d’un Amour qui vient de Dieu.
Remèdes pratiques : n°126s

De personne à personne. Cela ne veut pas dire seulement faire du porte-à-porte mais aussi d’oser parler de Dieu aux personnes qui nous sont proches comme à celles qui nous sont inconnues. C’est une disposition permanente pour porter aux autres l’amour de Jésus.

L’homélie : le Pape fait une longue digression sur les homélies des prêtres afin qu’elle puisse toucher le cœur et les intelligences des fidèles. (SOH)

La piété populaire qu’il faut encourager et non pas mépriser, car elle traduit une ferveur que bien des intellectuels n’ont plus.

La culture
L’art est un langage qui peut toucher des intelligences et les coeurs au-delà des mots. Il faut que l’Eglise sache rejoindre les artistes qui seront prêts à mettre leur talent au service de ce beau message de l’évangile.

La foi, la raison et les sciences doivent se rencontrer car il n’y a pas d’antinomie entre elles. Nous n’en sommes plus au temps du déterminisme scientifique triomphant qui reléguait la foi aux domaines encore inexplorés de la science. La science, elle-même a mis fin à cette prétention. Simon de Laplace est mort et ses théories avec lui.
N° 243 : « La foi ne craint pas la raison »

L’accompagnement personnel.
Important dans un monde où l’éthique rejoint la construction de soi qui a besoin de parole de la sagesse, de prudence et de docilité à l’Esprit Saint.

Annoncer ce qui est propre au christianisme :
La Trinité : Dieu unique et communion d’amour du Père et du Fils et du Saint Esprit
La résurrection : L’Esprit qui nous fait croire en Jésus, mort et ressuscité, qui nous a révélé l’infinie miséricorde du Père.
La présence aimante de Dieu : C’est la première annonce : « Jésus Christ t’aime, il a donné sa vie pour te sauver et maintenant il est vivant à tes côtés chaque jour pour t’éclairer, pour te fortifier, pour te libérer » n° 164

Enfin le Pape termine en montrant la nécessité d’une dimension, non seulement personnelle de l’annonce évangélique, mais aussi sociale.
Il reprend la doctrine sociale de l’Eglise avec l’option préférentielle pour les pauvres qui, dit-il « ont beaucoup à nous enseigner » n°198, la destination universelle des biens fondée sur le bien commun et qui permet à chacun d’atteindre mieux et plus facilement son plein épanouissement, la dignité de chaque personne humaine tellement mise à mal dans toutes les questions d’éthique et de société qui fleurissent dans nos sociétés sécularisées.
Car, dit le Pape François : « c’est gênant de parler d’un Dieu qui exige un engagement pour la justice » n°203
Il insiste : « Et pourquoi ne pas recourir à Dieu afin qu’il inspire leurs plans (des décideurs) ? Je suis convaincu qu’à partir d’une ouverture à la transcendance pourrait naître une nouvelle mentalité politique et économique, qui aiderait à dépasser la dichotomie absolue entre économie et bien commun social » n°205
Prendre soin : comme le Bon samaritain le fait lui-même en confiant le blessé à l’aubergiste, le Christ Jésus qui en est la figure authentique nous confie le pauvre, le vulnérable et nous dit à son tour : « Prends soin de lui, je te rembourserai de tout à mon retour ».

En conclusion, le Pape François nous propose de vivre l’évangile qui se décline par ces deux fondements : l’amitié avec Jésus et l’amour fraternel.
Car, « le véritable missionnaire, qui ne cesse jamais d’être disciple, sait que Jésus marche avec lui, parle avec lui, respire avec lui, travaille avec lui. Il ressent Jésus vivant avec lui au milieu de l’activité missionnaire » n°266
Et : « L’amour pour les gens est une force spirituelle qui permet la rencontre totale avec Dieu, à tel point que celui qui n’aime pas son frère « marche dans les ténèbres » (1 Jean 2, 11) » n °272.


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