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Conférence de Carême - "La Religion et le Bien Commun"

Conférence de carême à Notre-Dame de Pentecôte

Religion et bien commun

Pas de liste exhaustive de l’action de l’Église dans tous les domaines.
Toutes les paroisses du diocèse ont de nombreuses propositions dans les différents secteurs de la solidarité. Au diocèse même, un service y est dédié.

Je reviens de Rome où j’ai rejoint 86 chefs d’établissement d’éducation catholique. Nous avons réfléchi, bien sûr, à la valeur ajoutée de nos écoles, collèges et lycées sans oublier l’enseignement supérieur. Dans le domaine de la santé, là aussi, l’Église est très présente en particulier dans les pays les plus défavorisés où elle crée des hôpitaux et dispensaires au service des plus pauvres.
L’éthique et les débats de société. Ex : la fin de vie. Livre et présence au Sénat. Etc….

Mais je voudrais réfléchir aujourd’hui avec vous sur les fondements mêmes de cette œuvre multiforme de l’Église au service du bien commun.
1/ Tout à fait au commencement de l’Église, celle-ci a proposé une conception chrétienne de la société.

La société romaine dans laquelle elle est née est fondée sur le droit normatif. Normatif veut dire que le droit créé la société. Le christianisme, fondé sur les évangiles, entraîna la destruction des mythes, le refus du destin fixé par les dieux, l’affirmation de l’autonomie de l’homme par rapport à la société. Quand, où le 28 novembre 392, le christianisme a remplacé le paganisme comme religion d’état, cette religion va réunir la « res publica », c’est-à-dire la chose publique, le souci du bien commun et l’institution ecclésiale. Cicéron disait : « pas d’état sans loi, pas de loi sans justice ». Saint Augustin reprend cette phrase en y ajoutant : « donc pas d’état sans Dieu ».
Pourtant dès le départ, l’union de l’Église et de l’état ne signifie pas une fusion mais une distinction.

Cette séparation du temporel et du spirituel sera toujours difficile. Lorsque Théodose 1er voulut siéger dans l’église de Milan, dans le cœur au milieu du clergé, Ambroise, évêque, lui signifia qu’il n’avait pas sa place.

Il y aura plusieurs tentatives de la part des empereurs (Charlemagne, Henri IV empereur d’Allemagne, etc ) ou des papes d’empiéter sur l’autre domaine.
À chacun sa sphère de compétence : à l’état le droit public et le droit privé, à l’Église la foi et l’organisation de la croyance. Une lettre du Pape Gélase à l’empereur Anastase 1er posa une première distinction entre l’autorité consacrée (auctoritas) des pontifes et le pouvoir (potestas) des rois. Selon le Pape saint Grégoire le Grand, l’autorité est la faculté d’augmenter (augeo) le bien commun chez l’autre. Potestas est la force légitime de l’état pour faire obéir les administrés. C’est ainsi que naquit une notion qui nous est chère : la laïcité. Toujours difficile (voir la Chine, aujourd’hui).
L’Église devra aussi s’affronter à la civilisation germanique. Face à ces sociétés groupées en tribus, le christianisme qui repose sur la personne va engager un combat conceptuel.

C’est la distinction entre la sacralité et la sainteté. Le sacré et le saint. La notion même de religion est sensiblement différente. Pour le panthéon germanique aussi bien d’ailleurs que pour le panthéon romain, la religion qui vient du verbe relegere, consiste à relire les phases du rituel pour obtenir la faveur des dieux. Il s’agit donc d’une série de recettes opératoires qui permet d’infléchir les dieux. C’est encore le Pape saint Grégoire le grand qui va définir autrement la nouvelle religion. Pour lui l’étymologie vient de religare, ce qui veut dire relier. Il s’agit donc de relier les hommes entre eux et avec Dieu.

Cette conception tire sa substance du fait que Dieu est unique comme Trinité (tri-unité). C’est une relation d’amour entre les personnes divines qui constitue la communion et l’unité divine. Toute la société est donc fondée sur des relations interpersonnelles qui garantissent l’unité de la société. En outre, dans les traditions germaniques le sacré doit être séparé. Par exemple, chez les saxons, le sacrifice humain n’est pas un meurtre. Par la mort de l’homme, sacrifice est un passage dans la sphère du sacré, l’offrande aux dieux. Ses restes devenaient sacrés et c’est ainsi que l’on mangeait ensemble la chair du sacrifié pour acquérir sa puissance sacrée.
Dans le christianisme, le saint est au milieu des hommes. Il n’y a pas de séparation entre ce qui est sanctifié et l’ensemble de la société. L’Esprit Saint comme la grâce divine est pour tous.

Alors que dans les sociétés germaniques le roi n’est pas seulement celui qui régit le droit, mais il régit aussi le sacré. C’est un roi prêtre doté d’une force surnaturelle.
Encore une fois le christianisme va introduire une dichotomie entre le pouvoir royal et le pouvoir sacerdotal.

Ceci ne se fera pas sans mal. On connaît aujourd’hui les spoliations successives de l’église par la République, avec la confiscation des biens du clergé transformé en biens nationaux à la Révolution française et ceux confisqués en 1905. Mais il s’agit d’une longue tradition puisque Charles martel au huitième siècle n’avait pas hésité à s’emparer des biens de l’église, que Dagobert et ses successeurs ont pratiqué l’invasio, l’appropriation des terres appartenant à l’Église.

Ceci a permis, sans doute à l’Église d’élaborer un des principes fondamentaux de sa doctrine sociale : la destination universelle des biens. Celle-ci signifie que « Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle contient à l’usage de tous les hommes de tous les peuples ». De sorte que le tous les biens de la création doivent servir à tous selon les besoins de chacun. Le concile Vatican II précise : « selon la règle de la justice, inséparable de la charité » (Gaudium et spes 69).

C’est ainsi que va se construire la notion de bien commun défini comme « l’ensemble des conditions sociales permettant à la personne d’atteindre mieux et plus facilement son plein épanouissement » (Mater ou et Magistra 65).

LOI DE DIEU, LOIS DES HOMMES
L’option préférentielle pour les pauvres

Il convient tout d’abord de donner quelques définitions pour éviter une confusion. Dans les systèmes juridiques nationaux et dans la Bible, le mot de loi ne recouvre par les mêmes réalités. Les lois sont les règles d’organisation de la vie en société. Elles régissent les conduites humaines en déterminant les relations de leurs membres les uns avec les autres. La Loi biblique, appelée en hébreu « Torah », est le texte écrit des cinq premiers livres de la Bible appelé Pentateuque qui contient l’ensemble des obligations reconnues par Israël comme étant révélées par Dieu.

I - POURQUOI LES HOMMES ONT-ILS FAIT LES LOIS ?
1 - Pour protéger les faibles :

Code d’Hammourabi (roi de Babylone 1792-1750 avant Jésus-Christ) :
Dans un des plus anciens codes de lois parvenus jusqu’à nous, le roi Hammourabi précise les raisons de sa rédaction : « C’est moi, Hammourabi, pour faire apparaître la justice dans le pays, pour anéantir le méchant et le mauvais, pour que le fort n’opprime pas le faible,……, pour procurer le bien-être aux gens ».

De même, dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, ONU, 10 décembre 1948, nous trouvons dans le préambule : « Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde ». « Considérant qu’il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression ».
Le motif invoqué est la défense du plus faible, du vulnérable en lui donnant une égalité de droit. Il s’agit de sortir de la loi de la jungle, c’est-à-dire de la loi du plus fort.

La Bible et la protection des faibles

Il est impossible de citer ici toutes les attentions et la protection accordées aux plus faibles dans la Bible. Elles sont toujours liées à la connaissance de Dieu. D’ailleurs c’est à la suite de l’affirmation : « Soyez saints car je suis Saint, moi, le Seigneur, votre Dieu » que le livre du Lévitique au chapitre 19 égrène les sentences suivantes : « tu ne maudiras pas un sourd, ne placeras pas d’obstacle devant un aveugle, tu honoreras la face du vieillard, tu aimeras comme toi-même l’étranger qui réside avec toi ». Elles se ponctuent toutes par leur raison profonde : « Je suis le Seigneur, votre Dieu ». (Lv 19, 2. 14. 32. 34).

Dans l’Évangile, il suffit de citer les Béatitudes et tout le chapitre 25 de Saint Matthieu qui se termine par « Ce que tu fais au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que tu le fais » pour confirmer la place suréminente faite aux plus faibles d’entre les hommes.

2 - Pour établir la justice :

Our Nammou, roi fondateur de la troisième dynastie d’Our : 2111-2094 avant Jésus-Christ « Je fis disparaître la méchanceté, la malveillance, les plaintes. J’établis la justice dans le pays ». Lipit Ishtar, roi d’Isin, de Summer et d’Akkad : 1934-1924 avant Jésus-Christ. « Lipit Ishtar, le pasteur obéissant nommé par Nounamnir pour établir la justice dans le pays, pour faire disparaître la violence.. ».

Déclaration Universelle des Droits de l’Homme :
Préambule :

« Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité…. ».
L’idée de justice consiste à faire disparaître la violence et à établir la paix. Cette justice des hommes rend à chacun selon ses actes : les bons sont récompensés et les méchants punis. Tous reçoivent une sentence proportionnée à la gravité de leurs actes. C’est pourquoi la balance est le signe d’une justice équilibrée. Sa base est l’équité.

La loi est au service de la justice, sinon elle est caduque. Quant elle vient de la seule volonté du législateur et n’est plus ordonnée au bien, elle perd sa légitimité. Dans son document intitulé « à la recherche d’une éthique universelle », la Commission théologique internationale au numéro 30 déclare que dans ces conditions : « la loi est ainsi dépossédée de son intelligibilité intrinsèque ».(1)

(1) Commision théologique internationale, À la recherche d’une éthique universelle, Cerf, Paris, 2009.

La Bible et la justice

Dans la Bible le Psaume 84 affirme que : « Justice et paix s’embrassent » signifiant que la paix n’est possible qu’établie sur la justice.
Il est d’abord question d’une justice basée sur l’équité : « Vous ne commettrez pas d’injustice, soit dans le jugement, soit en matière de mesure, de poids ou de capacité. Vous aurez des balances justes, des poids justes : je suis le Seigneur, votre Dieu » (Lv 19, 35-36).<p<

Mais, en outre, il existe une notion de justice, particulière à la Bible, qui n’est pas seulement la manifestation de l’équité. Certes, dans le livre de l’Exode il y a bien cette loi : « œil pour œil, dent pour dent » qui signifie que la punition doit correspondre exactement à l’infraction commise.
Ceci pour éviter les débordements d’une violence sans bornes. Cette dernière était manifeste dans le livre de la Genèse quand Lamek, descendant de Caïn, affirmait ce chant de la vengeance : « j’ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. Lamek est vengé soixante-dix-sept fois » (Genèse 4, 23-24).
En réalité, la justice, quand elle est divine, ne se réduit pas seulement à l’équité.
Elle est un ajustement à Dieu. Il faudrait parler de justesse plus que de justice.
Quand Dieu fait un procès à son peuple par la voix des prophètes Isaïe ou Jérémie, il procède d’abord à la manière des hommes : il rappelle les faits délictueux, fait venir les témoins, prononce la sentence. Mais au lieu de l’exécution de la sentence, c’est-à-dire en l’occurrence la mort, c’est le pardon divin qui est donné. C’est d’ailleurs pourquoi le Christ Jésus, faisant le contrepoids de la violence qui existe dans le cœur des hommes illustrée par le patriarche Lamek, demande à ses disciples de pardonner soixante-dix-sept fois pour ressembler à Dieu qui pardonne sans cesse
(Mt 18, 22). Nous voyons bien que la justice divine n’est pas équivalente à la justice humaine.

C’est bien une ressemblance qu’il faut accomplir, un ajustement divin et c’est pourquoi, dans la Bible, le juste n’est pas d’abord celui qui accomplit la justice, mais celui qui est dans la justesse de Dieu, ajusté à Sa volonté.

Violence de l’homme Justice équitable Ajustement Divin
= = =
« Vengeance 77 fois » « Œil pour œil » « Pardonner 77 fois »

>>>>>>> Sens de l’humanisation >>>>>

Conclusion

Voilà comment l’Église par sa réflexion sur la société des hommes et la finalité d’une vocation divine de l’humanité a élaboré une juste articulation des sphères de compétence, politique et religieuse, œuvrant ensemble au bien commun.
La loi de Dieu n’annule pas la loi des hommes mais, justement comprise, ne peut que l’accomplir voire la sublimer.

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