Diocèse de Nanterre

newsletter
Notre diocèse
À la Une
Enfants / Jeunes
Prier et Célébrer
S’informer / Se former
Aimer et Servir
Contact Plan d'accès Recrutement Intranet
Accueil > Prier et Célébrer > Vocations > Vie consacrée > Les communautés religieuses du diocèse

Conférence de soeur Nathalie Becquart

Conférence de soeurr Nathalie Becquart donnée à Rome le 31 janvier 2016 dans la Aula Paul VI, lors de la rencontre internationale « Vie consacrée en communion » pour la clôture de l’année de La vie consacrée.

Intervention demandée par les responsables de la Congrégation pour les Instituts de Vie consacrée et les Sociétés de Vie apostolique (Dicastère pour la vie consacrée) sur le thème :
La vie consacrée apostolique dans les cultures contemporaines : lieu de contemplation, de réflexion théologique et de formation à la miséricorde.

L’aventure autrement, un chemin de miséricorde :
Religieux(ses) apostoliques : appelés et envoyés dans un monde en pleine mutation

Chers frères et soeurs, chers amis dans le seigneur
Chers religieux et religieuses apostoliques venus de tous les continents et réunis ici aujourd’hui.
Merci de m’accueillir, merci aux responsables du dicastère pour leur confiance, pour leur audace même d’avoir pris le risque de me demander cette intervention autour de la vie consacrée apostolique dans les cultures contemporaines : lieu de contemplation, de réflexion théologique et de formation à la miséricorde. Je me sens vraiment très petite et impressionnée devant la tâche qui m’incombe de prendre la parole ce matin devant vous. Je ne pourrai le faire si je n’avais pas rencontré depuis l’enfance de très nombreux consacrés qui m’ont touchée, guidée, interpellée, formée, soutenue.... Je suis redevable de tant d’hommes et de femmes de diverses congrégations qui m’ont fait de découvrir quelque chose de la vie du Christ et m’ont ouvert des mondes. Depuis la religieuse qui m’a accueillie pour l’éveil à la foi jusqu’au pape François qui nous a donné ce cadeau d’une année de la vie consacrée, sans oublier toutes mes soeurs Xavières qui m’ont intégrée dans leur corps apostolique et me supportent avec patience au quotidien ! Aussi, je ne puis mettre des mots sur l’expérience de la vie religieuse apostolique sans d’abord rendre grâce pour tous ces religieux(ses) rencontrés de visu ou à travers leurs écrits, qui m’ont marquée par leur fidélité, leur engagement, leur réflexion. Ils font de moi une héritière. Ils m’ont fait percevoir la diversité de la vie religieuse mais plus encore son fondement commun dans le Christ qui nous met d’emblée dans une fraternité universelle, une connivence d’expérience comme nous le vivons dans cette rencontre internationale. La vie consacrée apostolique pour moi ce sont d’abord des visages. Ce sont vos visages habités par tant de situations humaines, façonnés par la prière, la vie communautaire et la mission dans des cultures et des environnements si variés. La vie religieuse apostolique que nous représentons, il me semble que c’est avant tout une aventure humaine, un concentré de vie, une densité d’expériences, un creuset de chemins singuliers façonnés par milles et un charismes. Et finalement une manière de vivre pour tenter d’exprimer et d’incarner au long de l’histoire le mystère d’un Dieu qui vient à la rencontre de l’homme… La vie religieuse apostolique ce sont nos histoires d’hommes et de femmes appelés à tout donner, saisis au plus profond par l’amour de Dieu pour être envoyés dans le plein vent du monde au milieu de nos contemporains, en particulier les plus petits. Brûlés au coeur par le feu d’une Parole, assoiffés de Dieu, nous avons tout quitté et nous cherchons en tâtonnant comment devenir les mains, les yeux, les oreilles, la bouche, le corps du Ressuscité pour que « les hommes aient la vie et la vie en abondance » (Jn 10, 10). Et pourtant il me faut donc déployer maintenant le sujet qui m’est imparti. Je l’ai reçu comme une invitation à réfléchir sur la vocation et les défis de la vie religieuse apostolique pour aujourd’hui. Religieux et religieuses apostoliques, appelés et envoyés dans des sociétés en plein bouleversements culturels et dans une église en processus de conversion missionnaire, nous avons besoin de mettre des mots sur ce que nous vivons pour chercher ensemble comment avancer dans ce contexte contemporain souvent déroutant. Nous vivons un moment passionnant mais difficile, voire éprouvant. L’ampleur des changements technologiques et géopolitiques, l’accélération du temps, la révolution culturelle, anthropologique et sociale à l’oeuvre nous invitent à plonger très profondément dans nos racines pour revenir à la source. Et par là oser continuer à répondre avec audace et créativité aux appels du monde et de l’Église. Cherchant comme vous à lire les signes des temps, nourrie par ma mission au Service national pour l’évangélisation des jeunes et pour les vocations à la Conférence des Évêques de France, façonnée par l’écoute et la rencontre des jeunes mais aussi des aînés (1) , mon intuition est que la vie consacrée apostolique est appelée aujourd’hui à un nouvel aggiornamento peut-être aussi fort que celui qu’elle a vécu après Vatican II. Cet enjeu majeur d’une nécessaire réarticulation (2) de la vie religieuse apostolique avec une forme de culture contemporaine globalisée que je qualifie de culture post-moderne numérique m’apparaît comme un appel à une conversion radicale pour répondre aux nouveaux défis de ce monde pluriel et divisé. Un nouveau renouveau nécessaire pour aller jusqu’au bout de la réception de Vatican II et de l’ecclésiologie de communion qu’il développe. C’est pourquoi il est bon de vivre cette clôture de l’année de la vie consacrée comme un pèlerinage du Jubilé de la Miséricorde. Pour expliciter cette invitation à penser et vivre un changement de paradigme, partagé par de nombreux acteurs ecclésiaux et auteurs spécialistes de la vie religieuse apostolique, je vous propose un parcours en trois parties inspirées des trois axes donnés par le pape François dans sa Lettre aux consacrés :

1. Regarder le passé avec reconnaissance. D’où venons-nous ? Notre vocation, un chemin d’incarnation et de disponibilisation.
2. Vivre le présent avec passion. Où sommes-nous ? Migration et navigation, un chemin de transformation et d’inculturation
3. Embrasser l’avenir avec espérance. Où allons-nous ? Défis pour la mission, un chemin de communion et de réconciliation.

1. Regarder le passé avec reconnaissance. D’où venons-nous ?
Notre vocation, un chemin d’incarnation et de disponibilisation.
Chemin pour suivre le Christ de plus près par le service des autres, la vie religieuse apostolique est un chemin d’oblation et de conversion. Regarder notre passé, relire notre vocation apostolique, c’est contempler la vocation même du Christ, son être de Fils de Dieu envoyé dans le monde pour annoncer le Royaume. Et reconnaître ce que nous sommes en Lui au coeur de ce monde. Notre identité, c’est le Christ : « Les religieux et religieuses doivent continuer à prendre le Christ Seigneur pour modèle à toute époque, nourrissant dans la prière une profonde communion de sentiment avec lui, afin que toute leur vie soit animé d’un esprit apostolique et que toutes leurs actions apostolique soit pénétré d’un esprit de contemplation » (3). Toute vocation part de la rencontre avec le Christ, comme le rappelle le Pape François dans son récent message pour la journée mondiale de prière pour les Vocations (4) : « L’action miséricordieuse du seigneur pardonne nos péchés et nous ouvre à la vie nouvelle qui se concrétise dans l’appel à cette suite et à la mission. Toute vocation dans l’Église a son origine dans le regard plein de compassion de Jésus. La conversion et la vocation sont comme les deux faces d’une même médaille et elles se rappellent sans cesse à nous, dans notre vie de disciple missionnaire. » Nous sommes ici, consacrés de vie apostolique, parce que nous avons rencontré personnellement le Christ, nous avons écouté son appel et nous nous sommes laissé configurer à Lui pour être associés à sa mission par la médiation d’un corps apostolique reconnu par l’Église.

a) Un chemin de mission et d’humanisation
Cette vocation ne nous met pas à part, hors du monde et de la commune humanité. Au contraire, elle nous plonge encore plus dans la densité du coeur de l’existence humaine. Elle nous fait vivre avec une grande intensité la vocation même de tout être humain. Car « l’appel à suivre le Christ ou à l’imiter conduit notre vocation humaine jusqu’au bout et en révèle ses ultimes ressorts. » (5) La vie consacrée apostolique est donc une aventure humaine et humanisante, au service de l’humanisation du monde. Par elle nous découvrons toujours davantage combien aimer et servir Dieu, c’est aimer et servir les autres. Car toute vocation chrétienne est au service de la vocation humaine. (6) Mais ce qui marque le plus fortement notre vocation c’est l’appel apostolique qui naît d’une écoute des cris du monde, d’une prise de conscience des besoins, attentes, soifs et souffrances de nos contemporains. Comme Moïse, chacun(e) à notre manière, nous avons entendu « j’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple… » (Ex3,1) et, dans un retournement, pécheurs pardonnés, nous sommes devenus « pêcheurs d’hommes » (Lc5,5). Toute vocation est mission. La vie consacrée apostolique en est le signe visible, l’expression éminente. Le pape François, façonné comme nous par cette dynamique missionnaire peut ainsi écrire dans Evangelii gaudium « Je suis une mission sur cette terre et pour cela je suis dans ce monde, je dois reconnaître que je suis comme marqué au feu par cette mission afin d’éclairer, de bénir, de vivifier, de soulager, de guérir, de libérer ». (7) Fondés et reconfigurés par un appel apostolique, nous recevons notre vocation de la vocation du Fils pour avancer au large, au coeur du monde, dans le même mouvement qui nous conduit dans les eaux profondes de la rencontre avec Dieu. La vie religieuse apostolique est une aventure spirituelle dans la pleine mêlée du monde. Elle nous fait prendre des risques et aller plus loin que notre port d’attache premier. Car « l’onction de l’Esprit Saint nous conduit vers le monde. Toute vie d’apôtre est amenée à franchir des frontières, celle de la peur, celle de l’ambition, celle de son milieu, parfois de sa langue ou de sa terre d’origine. » (8) C’est donc dans ce monde tel qu’il est que nous cherchons en tâtonnant comment suivre le Christ dans une radicalité évangélique qui n’appartient pas seulement aux religieux, mais que nous vivons de manière particulière dans une radicalité d’engagement pour le monde. Évangéliser c’est aussi humaniser et socialiser. Le pape François nous l’a rappelé : « Les religieux/religieuses suivent le Seigneur de manière spéciale sur un mode prophétique, moi j’attends de vous ce témoignage-là, les religieux doivent être des hommes et des femmes capables de réveiller le monde, notre vocation est une passion pour le Christ en même temps qu’une passion pour le monde, une passion que le monde rencontre le Christ. » (9)

b) Un chemin de la Parole à la parole
Ce chemin est fondé dans un rapport à l’Écriture tout autant que dans un rapport à l’autre. « D’un point de vue existentiel, le religieux est celui qui inscrit toute sa vie sous la parole de Dieu, en communion d’expérience avec d’autres. » (10) La vie religieuse, selon la belle expression de Benoit XVI est « une exégèse vivante de la Parole de Dieu » (11). Comme Marie, toute entière écoute et disponibilité, est devenue elle-même parole de la Parole en accueillant le Verbe, nous nous recevons de la Parole. Chacun de nous sans doute peut faire mémoire d’une parole biblique qui l’a particulièrement touché, à travers laquelle Dieu l’a appelé et continue de l’appeler.
Et cette parole - Parole de Dieu entendue à travers l’Écriture et/ou discernée à travers les paroles du monde met en mouvement. Elle nous envoie parler, pour dire Dieu dans les langages du monde. Aussi le rapport à la (P)parole est-il fondamental et structurant pour les religieux et les religieuses. Nos voeux se disent dans une parole publique.(12) Or dans cette société contemporaine - société de la communication, de la conversation où nous baignons dans un flux médiatique et numérique - nous sommes passés de la culture de l’écrit à la culture des écrans, et le rapport à la parole change. Notre manière d’être en relation aussi. Les langages premiers de nos contemporains, en particulier les plus jeunes qui passent plus de temps à se parler via les smartphones et les réseaux sociaux que de visu, sont devenus des langages d’images et de sons, de vidéos et de musique. Cela nous bouscule et nous réinterroge. Comment traduire la Parole dans ces nouveaux langages et inventer de justes chemins entre silence et parole pour annoncer l’Évangile à l’heure de ces nouvelles sociabilités ? Comment expliciter un chemin de vie comme vocation, et rendre compte de la force d’une expérience spirituelle et fraternelle à tous dans le bruit envahissant des informations instantanées ? Car « La vocation concerne en effet le tout de l’existence humaine et tout être humain. Il faut donc pouvoir en dire quelque chose d’audible aujourd’hui par tous, sans utiliser à tout prix le langage bibliques ou ecclésial. » (13)

c) Un chemin d’incarnation et de disponibilisation
Sujet convoqué, appelé, envoyé dans ce monde pour parler et agir à la manière du Christ, dans l’élan d’un saint Paul (14), le religieux apostolique vit un profond chemin d’incarnation, un chemin de descente. J’aime cette expression de notre fondatrice Claire Monestes : « Toute vocation est une incarnation ». Les mosaïques de la Chapelle « Redemptoris Mater » à quelques pas d’ici sur la paroi intitulée « la descente du Verbe » mettent en relief de façon saisissante ce mouvement de l’incarnation, la « kénose » du Christ, le mystère de son abaissement volontaire pour nous sauver. Cette oeuvre du Père Rupnik, sj, exprime ainsi quelque chose de notre vocation en traduisant ce mouvement même du Christ qui descend à la rencontre de l’homme. Car elle met en lien et en perspective dans un axe vertical, de haut en bas, les scènes de la nativité, du baptême du Christ et de la descente aux enfers. Et elle dessine dans une ligne horizontale la table des pêcheurs et la table eucharistique en esquissant une réciprocité entre le geste de la femme pécheresse qui verse du parfum sur les pieds de Jésus et celui du lavement des pieds.
Ainsi cette représentation nous dit combien notre vie à la suite du Serviteur est une descente, une descente dans la chair du monde, une incarnation reflet de son Incarnation. Notre existence apostolique est en même temps mystique et « politique », inscription dans l’histoire pour donner corps à l’Esprit qui la conduit.(15) Ce chemin d’incarnation modelé par le Christ, est un chemin de « sortie » qui nous associe à sa rédemption par un processus de disponibilisation, d’« expropriation d’une existence privée pour devenir fonction du salut Universel : se remettre entièrement à Dieu pour être donné par lui au monde à sauver, utilisé et consumé dans l’événement du salut. » (16) car « le seul acte par lequel un homme peut correspondre au Dieu de la révélation consiste à se rendre disponible sans limites. » (17) Cet itinéraire de conversion qui passe par un long temps de formation (18) du postulat à l’engagement définitif nous rend toujours davantage disponible aux appels de l’Esprit en nous permettant de nous approprier progressivement les sentiments du Christ envers son Père. Il est en même temps un itinéraire d’enracinement dans la pluralité des mondes. Car notre monde globalisé et interconnecté est aussi métissé, divisé, pluriculturel et plurireligieux. C’est dans ce monde pluriel comme une mosaïque que nous avons à discerner comment répondre aux appels de ce temps. Aussi la vie religieuse apostolique doit-elle aussi apprendre à assumer, vivre et gérer une pluralité croissante entre les congrégations et à l’intérieur de chaque communauté. Sans doute l’image de la mosaïque peut-elle figurer ce style de vie dans le monde. Car cette oeuvre d’art informe la matière d’esprit. En agençant des matériaux aux formes et couleurs diverses afin d’exprimer quelque chose de la vie même de Dieu.

d) Un chemin de tension et d’interrogation.
Mais vivre ce chemin même de Dieu en ce monde pluriel et mosaïque est un rude chemin de passion et de résurrection. Dans notre monde en crise, nous sommes traversés de tensions, écartelés comme la croix entre le vertical et l’horizontal, entre le monde d’avant et celui de demain. Hans Urs Von Balthasar nous le rappelle « la tension « dans le monde » « sans être du monde » qui vaut pour tous les chrétiens, s’accroît encore pour ceux qui ont répondu à un appel particulier : ils sont totalement libérés, au sens le plus radical du terme, mais pour être engagés et utilisés non moins radicalement par Dieu pour le monde. (…) Leur mode de vie ne fait que concentrer et rendre plus intense la forme christologique de l’existence de tout baptisé ; il montre à titre de témoignage, le sens de la tension immanente à cette existence. » (19) Aujourd’hui, fragilisés dans nos identités, peut-être sommes-nous encore plus habités par des interrogations car nous sommes moins reconnus d’emblée dans notre vocation propre qui peut apparaître à beaucoup de nos contemporains sécularisés comme étrange et décalée, voir même comme venant d’une autre planète ! Ainsi, une enquête récente réalisée pour la Conférence des Religieux et Religieuses de France (20) montre que si 94% des consacrés de moins de 40 ans se considèrent comme engagés dans la vie de la société, le grand public, lui, perçoit les consacrés comme éloignés des réalités à 63%, et pas modernes à 69%. Si il a une image plutôt très positive de la vie religieuse, ce grand public pense majoritairement qu’elle est une manière de fuir le monde, peut-être parce que la vie religieuse apostolique n’est pas assez visible ou plutôt pas assez lisible. Cela doit nous interroger car si les français perçoivent que notre choix de vie est un engagement profond, ils ne comprennent guère l’appel et la nature de notre vocation. Même s’il faut se réjouir que 10% des français et 15% des 18-24 ans disent avoir déjà pensé à la vie religieuse ! Nous voyons bien, nous le vivons, la situation de la vie religieuse dans bien des pays est compliquée, bousculée. Comme le résume très bien Dolores Alexandre « Durant des siècles, la vie religieuse a eu une visibilité sociale, une force d’attraction et une grande capacité à « signifier » l’expérience chrétienne pour l’Église et la société. Elle pouvait être reconnue et identifiée comme lieu de référence porteur de sens. Aujourd’hui, son « visage » n’a plus de contours très nets, et son « profil » n’est pas aussi convaincant et significatif que ce que l’on aurait pu espérer après le Concile. » (21) Mais cette épreuve nous invite à suivre le Christ jusqu’au bout dans son chemin d’offrande. « On pourrait qualifier cette situation de « Kairos de descente », où l’on a besoin de toucher le fond en prenant conscience de notre pauvreté et de nos limites pour, des profondeurs, crier vers le Seigneur » (22). Notre vocation est traversée pascale…

2. Vivre le présent avec passion. Où sommes-nous ?
Migration et navigation, un chemin de transformation et d’inculturation.
Nous sommes donc en pleine traversée pascale, dans un passage entre passion et résurrection, celui du monde vers le Père, celui de notre époque à une pliure de l’histoire, celui d’une nouvelle forme d’Église en émergence… L’aventure de la vie religieuse apostolique est une nouvelle naissance, une pâque qui entraîne au large jusque dans les tempêtes de nos résistances à nous laisser conduire sur le chemin de liberté et de libération. Elle nous plonge dans les vagues de l’affrontement au mal, aux forces obscures du péché. (23) Pour exprimer ce chemin de crise actuel de la vie religieuse apostolique (24), de nos propres trajectoires pétries de doutes et peurs devant l’inconnu, j’aime l’image de Moïse qui conduit son peuple à travers la mer Rouge (Ex14). En devenant religieux, comme les hébreux, nous avons quitté notre terre d’Égypte pour la terre promise d’une vie heureuse et apostolique. Cette aventure autrement - aventure du don, de la confiance, de la solidarité, de la fraternité, de la liberté (25) - est exode pour annoncer l’Évangile pascal (26) dans une forme marquée par « la radicalité et le célibat qui traduit socialement et visiblement l’originalité d’une expérience spirituelle ». (27)

a) Traversée et passages
Dans cette « période de changements exigeants et de nécessités nouvelles », « la crise est l’état dans lequel nous sommes appelés à l’exercice évangélique du discernement » (28). Aussi comme nous le rappelle la Lettre « Scrutate » « La vie consacrée est en train de traverser un gué, mais ne doit pas y rester de manière permanente. Nous sommes invités à opérer le passage. - Église en sortie - est l’une des expressions typiques du pape François comme un kairós qui exige un renoncement, demande de laisser ce que l’on sait devoir entraver un chemin long et guère facile, comme Abraham vers la terre de Canaan (cf. Gn 12,1-6), comme Moïse vers une terre mystérieuse léguée aux patriarches(cf. Es 3,7-8), comme Élie vers Sarepta de Sidone : tous, vers des terres mystérieuses uniquement entrevues dans la foi » (29). C’est dans ce monde marqué par beaucoup de violences et de désespérances que nous sommes appelés à témoigner de la joie pascale, à porter à tous la miséricorde de Dieu. « C’est cela, la beauté de la consécration : c’est la joie, la joie... ». La joie de porter à tous la consolation de Dieu. (…) Dans le monde, il y a souvent un déficit de joie. Nous ne sommes pas appelés à accomplir des gestes épiques ni à proclamer des paroles retentissantes mais à témoigner de la joie qui vient de la certitude de se sentir aimés, de la confiance d’être sauvés. » (30) La formation (31) à la vie religieuse apostolique, à travers ses différentes étapes qui nous conduisent du postulat à l’engagement perpétuel, est expérience d’une profonde transformation intérieure qui nous émonde pour fonder notre vie dans une confiance inconditionnelle et porter davantage de fruits. Pour avancer à travers crises et brouillards, comme les apôtres dans la tempête, comme les hébreux dans la mer rouge, nous sommes convoqués à prendre résolument la barque de l’espérance. « L’espérance ne donne pas de solution, mais elle ouvre des passages. (…) L’espérance ne résout pas les problèmes, mais elle découvre un chemin là où l’on croyait ne pas pouvoir s’aventurer. La Bible est le livre des passages, le livre de l’espérance » (32). Dans le sillage des hébreux sur la mer rouge et du passage pascal de Jésus, nous sommes pèlerins marins dans un monde qui bouge comme les vagues. Ou pour le dire avec d’autres images, celles de Benjamin Gonzalez Buelta qui décrit ainsi les changements de la vie religieuse depuis la période d’avant-concile jusqu’à l’après-concile puis la post-modernité « nous sommes passés des trains, à la voiture maintenant au deltaplane. Notre identité est nomade et pèlerine. » (33)

b) L’expérience de la migration
Plongés dans l’expérience du provisoire, de l’incertitude, nous expérimentons, comme les migrants qui doivent quitter leur pays, l’instabilité des passages, la souffrance de ceux qui doivent passer d’un pays à l’autre, entrer dans une nouvelle culture. Car la vie religieuse apostolique aujourd’hui en recomposition est en processus de migration, elle doit passer d’un monde à l’autre, entrer dans une nouvelle culture. Nous sommes dans cette situation que Sandra Schneiders (34) qualifie de « new normal » dans laquelle nous avons à apprendre à vivre dans un nouveau pays, à parler une nouvelle langue. Cela nous met particulièrement en solidarité avec tous les réfugiés et exilés qui passent d’une rive à l’autre de la Méditerranée dans des embarcations risquées. De par notre vocation, chacun(e) ici, nous avons quitté notre terre première pour entrer dans la terre du Christ à inculturer pour le monde d’aujourd’hui. Ainsi, l’expérience individuelle du religieux comme de toute communauté apostolique est toujours une expérience de mouvement, de refondation qui ne se fait pas sans combat spirituel. Notre traversée pascale personnelle et communautaire est chemin de dépouillement dans la nuit nue. D’autant plus que dans ce nouveau contexte du XXI° siècle, l’évangélisation se trouve radicalement modifiée, et la vie religieuse aussi, surtout dans les sociétés occidentales ou occidentalisées (35).

c) Navigation
Le sol se dérobe sous nos pieds, nous sommes dans un monde mouvant, celui de la société liquide et nous devons apprendre à naviguer sur la mer pour rejoindre et accompagner les « homo numericus » (36) d’un monde marqué par la mobilité, le surf, la fluidité, la multiappartenance, la synergie, le collaboratif, la connectivité, l’horizontalité, la logique de réseaux, le fun, l’expérimentation, le présent… Nous voici donc devant cet immense défi de chercher comment être signe du royaume de Dieu au coeur de ces nouvelles réalités en exerçant un discernement attentif pour apprendre à lire les cartes marines, choisir les bons caps et bien régler nos voiles pour tracer des routes à inventer entre courants et contre-courants. Notre enjeu est de conjuguer fidélité et créativité, tradition et innovation, sagesse et audace.
Pour ainsi percevoir, comme le veilleur avant l’aurore, poète de la vie naissante (37), la lumière du matin de Pâques... Sans doute cette année de la miséricorde démarrée dans l’année même de la vie consacrée pourrait-elle nous aider à accueillir les germes de la Résurrection en nous invitant à la confiance et l’espérance.(38)

3. Embrasser l’avenir avec espérance, où allons-nous ?
Défis pour la mission, Un chemin de communion et de réconciliation.
Dans nos sociétés complexes, occidentalisées et sécularisées où l’individu est au centre, la relation prime, et se réarticulent autrement l’individu et le collectif. Nous sommes face à des processus très forts d’individuation, d’émancipation, fondés sur la conception démocratique d’un individu libre et autonome qui n’est pas d’abord défini par ses groupes d’appartenance. Les jeunes de la culture postmoderne numérique, en particulier, vivent un chemin de grande subjectivation. Ils construisent leur identité par expérimentation et non plus par reproduction. Les rejoindre et les accompagner c’est être plongés dans le laboratoire de la société de demain, une société du CO39 avec comme valeurs fortes la solidarité et le partage. Au coeur de cette situation, il me semble percevoir comme un grand défi pour la mission celui d’aider chacun à construire son identité, à répondre à la question du sens de sa vie.

a) Dans monde individualiste, faire découvrir la vie comme vocation
La réflexion sur notre vocation de consacrés apostolique dans la première partie de ce parcours nous a fait revenir à la racine de notre identité d’appelé, de sujet convoqué, invité à répondre par une oblation totale qui est remise de soi au Christ et au monde tel qu’il est. Comme religieux, nous avons fait l’expérience de l’appel, de la découverte que la vie est vocation. Elle n’est ni tracée d’avance ni à construire à la force du poignet, mais à recevoir avec reconnaissance et à redonner par un acte libre (40). M’apparaît comme un enjeu majeur aujourd’hui dans nos sociétés centrées sur l’individu de faire découvrir la vie comme vocation. Notre vocation (41) qui dit la liberté d’un choix et d’un sens possible peut aider d’autres à trouver leur vocation, c’est-à-dire leur place dans la société. J’aime cette belle définition de la vocation par un écrivain américain « la place où Dieu vous appelle est l’endroit où mon bonheur le plus profond rencontre les besoins les plus criant du monde » (42). C’est un vrai cadeau de signifier et faire découvrir au moi autocentré qu’on ne peut construire son identité sans l’autre, qu’un vrai chemin de liberté et de singularisation est chemin de relation et de communion. (43) « La vie religieuse est une démarche personnelle et personnalisante, qui interroge la primauté contemporaine de l’individu mais qui est aussi interrogée par elle. Elle est fortement référée à la vie trinitaire et marquée de façon constitutive par cette même dialectique entre individu et communauté. » À l’image d’une mosaïque qui met ensemble des individus différents et créée une harmonie possible par et dans la différence et l’unicité des morceaux qui la compose. Cette mise en relation des unicités, c’est le travail même de l’esprit. Dans ce monde façonné par une logique forte d’individuation et de recherche d’identité, se déploient deux courants forts et opposés, celui de l’ouverture à l’autre, du métissage, de la rencontre interculturelle, du décloisonnement et du brassage. Et celui des crispations identitaires, de l’entre soi, de la séparation et du refus des différences. Ce qui crée des violences et divisions croissantes. Au coeur d’un monde de plus en plus fragmenté où bon nombre de nos contemporains ont des vies éclatées, proposer la vie comme vocation et donc chemin d’unification est un chantier urgent.

b) Dans l’Église plurielle servir la communion
Dans la trajectoire de l’Église depuis le Concile Vatican II qui aboutit aujourd’hui à une dynamique appuyée de transformation missionnaire signifiée par le Pape François, à la suite de la nouvelle évangélisation initiée par Jean-Paul II et développée par Benoit XVI, je discerne une ligne de force qui part de la vocation baptismale d’où découlent toutes les vocations particulières. Elle a permis d’approfondir la compréhension de cet appel comme une vocation de disciple missionnaire, appelé pour appeler d’autres à rencontrer le Christ. « Jean-Paul II rappelle clairement à cet égard que le « thème de la vocation est connaturel et essentiel à la pastorale de l’Église », c’est-à-dire à sa vie et à sa mission. La vocation définit donc, en un certain sens, l’être profond de l’Église, avant même son action. Son nom même, « Ecclesia », indique sa nature vocationnelle, car elle est vraiment une assemblée d’appelés. » (44) Peut-être n’avons-nous pas finis de prendre la mesure du déplacement que cela peut provoquer pour notre vocation de religieux apostolique. Nous n’avons pas ou plus le monopole de la mission. Dès lors, nous avons à servir la vie comme vocation dans cette Église plurielle en contribuant à une synergie et symphonie des vocations dans une dynamique de communion. Pourtant nous peinons en bien des lieux d’Église à sortir d’une vision hiérarchique pour arriver à nommer la spécificité de chaque vocation et parler des différentes vocations – notamment celle de prêtre diocésain et celle de consacré - sans en mettre l’une au-dessus de l’autre, pas même celle du Pape (45). Trop souvent, nous sommes encore dans une approche concurrentielle ou conflictuelle, préoccupés par la seule survie de notre propre vocation. Or la vie religieuse s’inscrit toujours dans l’Église au sens large. Et elle a un rôle particulier pour y travailler à la communion (46), à la communion missionnaire. Le pape François nous l’a redit avec force dans sa lettre aux consacrés en citant Vita Consacrata : « La vie consacrée est appelée à poursuivre une sincère synergie entre toutes vocations dans l’Église, en partant des prêtres et des laïcs, en sorte de « développer la spiritualité de la communion, d’abord à l’intérieur d’elles-mêmes, puis dans la communauté ecclésiale et au-delà de ses limites » (47) (48). Parce que les religieux(ses) apostoliques sont souvent amenés à collaborer dans la mission avec des prêtres, diacres, laïcs, voire aussi des consacrés d’autres communautés, et/ou servir des personnes de tous états de vie, j’entends donc un appel très fort pour la vie religieuse apostolique aujourd’hui à promouvoir toutes les vocations et travailler inlassablement à la communion ecclésiale. Car la vie religieuse de par son expérience de la vie fraternelle, de la vie communautaire qui imprime et façonne les relations et invite à une fraternité universelle, est appelée fortement à servir cette dynamique de communion missionnaire dans l’Église. Ainsi notre sagesse de fonctionnement, notre expérience des chapitres, du discernement communautaire peut-elle servir avec fruit les processus de synodalité que le pape François appelle si fortement. « Le monde dans lequel nous vivons, et que nous sommes appelés à aimer et à servir même dans ses contradictions, exige de l’Église le renforcement des synergies dans tous les domaines de sa mission. Le chemin de la synodalité est justement celui que Dieu attend de l’Église du troisième millénaire. » (49) Nous sommes l’Église ensemble dans la diversité des vocations, dans une Église-communion appelée à conjuguer institution/hiérarchie et charisme, dynamiques diocésaines et dynamiques communautaires, logique de territoire et logique de réseaux, sans rivalité ni opposition. La mission est vaste, il y a de la place pour tous ! Cela n’exclue pas les tensions et oppositions (nombreuses depuis Pierre et Paul !) mais si « la miséricorde est le nom de Dieu », et « l’unité toujours supérieure aux conflits », l’Esprit nous ouvrira des chemins de parole et de pardon. Il me semble donc que l’un des plus grands appels pour la vie religieuse dans l’Église d’aujourd’hui aux sensibilités si diverses, est de contribuer à aller jusqu’au bout de la réception de Vatican II, et de de servir la vocation chrétienne (50) et donc toutes les vocations. Elle doit donc chercher à promouvoir et développer toujours davantage une ecclésiologie de communion qui apprend à rendre grâce et porter chacune des vocations. « La pastorale des vocations est la vocation de la pastorale aujourd’hui. En ce sens on peut dire qu’il faut « vocationaliser » toute la pastorale ou faire en sorte que chaque expression de la pastorale, manifeste d’une façon claire et sans équivoque un projet ou un don de Dieu fait à la personne et stimule chez elle une volonté de réponse et d’implication personnelle. (…) la vocation est l’affaire la plus sérieuse de la pastorale contemporaine. » (51). Et donc aussi de la vie religieuse apostolique (52) ! Pour créer cette culture de vocation, indispensable à l’évangélisation (53) pour aujourd’hui, nous avons donc besoin de développer davantage un esprit de dialogue, de partenariat et de collaboration entre communautés et avec les autres acteurs ecclésiaux afin de cheminer ensemble prêtres, laïcs, consacrés, évêques… chrétiens unis par le Christ pour servir ce monde.

c) Dans un monde fragmenté et divisé, servir le bien commun, la fraternité, la réconciliation.
Invités par l’Église à être experts en communion, en relations, les consacrés sont appelés plus que jamais à servir la fraternité, le bien commun, la réconciliation dans un monde où semble s’accroître l’indifférence, les violences, les divisions, les intérêts personnels, et « la culture du déchet ». La vie religieuse apostolique est particulièrement présente sur les lignes de fracture, en bien des lieux frontières, au plus près des plus pauvres, des oppressés et des oubliés. Je voudrai souligner ici rapidement trois défis contemporains importants que je perçois pour la mission. Mais ils sont bien loin d’être exhaustifs. En premier lieu, il s’agit du défi de la présence aux réfugiés et migrants. Dans un contexte de crise majeure en Orient, en Europe et dans bien des régions de la planète, alors que le nombre de déplacés ne cesse de s’accroître, nous ne pouvons ne rien faire. Et je voudrai saluer ici le projet migrants de l’IUSG qui vient d’envoyer dix religieuses apostoliques de huit nationalités différentes en Sicile et de créer deux communautés inter-congrégationnelles pour « être pont » entre la population locale et les migrants, ou encore le JRS (Jesuit Refugees service) (54) et tant d’autres initiatives portées par vos congrégations qui ouvrent leurs portes et leurs coeurs. Un autre défi apostolique contemporain m’apparaît comme celui de la mise en oeuvre de l’écologie intégrale développée dans l’encyclique Laudato Si qui nous invite « à mûrir une spiritualité de la solidarité globale qui jaillit du mystère de la Trinité. » (55) et pour cela à changer nos modes de vie pour préserver la nature et lutter contre la pauvreté et les inégalités. Enfin, il me semble que face à la nouvelle donne hommes/femmes dans la société, nous ne pouvons faire l’impasse sur cette question du rapport hommes/femmes dans l’Église. Comment parvenir à accueillir et assumer notre altérité profonde tout en traduisant notre égale dignité par des processus de décisions plus paritaires ? Comment trouver les chemins de reconnaissance mutuelle et d’enrichissement réciproque qui respecte l’un et l’autre ? Comment collaborer dans un vrai partenariat, un esprit de coresponsabilité qui permet de croiser paisiblement les regards pour relever ensemble les défis de la mission ? Tel est sans doute un chantier important auquel le monde d’aujourd’hui nous appelle…

CONCLUSION : vivre la réciprocité
Le Concile Vatican II a profondément changé le visage de la vie religieuse apostolique. Il nous a invités à approfondir notre vocation et vivre un profond renouveau qui n’est pas terminé. Cinquante ans après, l’année de la vie consacrée nous a été donnée comme une beau cadeau et une étape importante pour réaliser ce qui s’est passé et nous tourner en Église vers l’avenir dans une dynamique de changement et une processus de conversion que nous rappelle l’année de la miséricorde… Lieu de contemplation, de réflexion théologique et de formation à la miséricorde, la vie consacrée apostolique est finalement aujourd’hui comme le petit morceau d’une mosaïque encore inachevée bien plus grande, celle du mystère de l’homme, du monde et de l’Église dans sa diversité appelée à l’unité. Un morceau de pierre la fois lumineux et cabossé, placé au coeur d’un vaste réseau de relations, celui d’un monde et d’une Église mosaïques désormais multipolaires, multiculturels. Dans cet univers contemporain de la multiappartenance et de la transversalité, nous découvrons davantage que nous ne pouvons vivre sans les autres (56), nous n’existons qu’en relation, en réciprocité avec les autres groupes. « La mission est Visitation ». Nous sommes même devenus les pauvres que nous voulions nourrir, les blessés que nous voulions guérir, les réfugiés que nous voulions réconforter. Aussi « une grâce du moment présent, c’est d’être progressivement poussés à vivre notre vie comme une divine réciprocité de dons, à ne pas nous considérer comme les bienfaiteurs qui donnent généreusement à ceux qui n’ont rien, ne savent rien ou ne peuvent rien, mais à entrer dans des relations mutuelles pour apprendre en quoi consiste ce que disait saint Augustin : « C’est avec vous que je suis chrétien. » (57) Nous sommes personnellement et communautairement comme ce morceau de mosaïque au milieu des autres. Nous ne pouvons inventer seuls l’avenir de la vie religieuse apostolique. Nous avons besoin de croiser nos regards avec d’autres regards, de discerner le chemin avec d’autres, dans une écoute commune de l’Esprit. Puisse ce simple regard de religieuse française passionnée du Christ, passionnée du monde et de l’Église, inviter au dialogue entre nous et avec d’autres, en particulier avec les plus jeunes générations qui nous déroutent souvent et qui, d’ailleurs, plus que leurs aînés ont besoin de développer des relations à l’extérieur de leur communauté locale et de leur institut.
Car telle est sans doute une clé pour la revitalisation de la vie religieuse apostolique appelée à réinculturer ses charismes dans cette nouvelle culture si elle veut continuer à accueillir les nouvelles vocations du monde nouveau en train d’émerger. Et donc discerner les chemins de rencontre avec de nouvelles générations qui ont un autre rapport à la foi et au monde. « Partout dans l’Église, sur toute la surface du monde, un grand défi est de faire se rencontrer les générations et d’accepter le chemin de foi d’autres personnes qui sont plus âgées ou plus jeunes que nous. Nous devons les aider sur leur chemin même s’il est très différent du mien. Partout, j’ai vu que la vitalité de l’Église repose sur le respect de la démarche de foi de l’autre. » (58)

Je vous remercie de votre attention.
soeur Nathalie Becquart, Xavière
Directrice du SNEJV

(1) « Chaque fois que nous cherchons à lire les signes des temps dans la réalité actuelle, il est opportun d’écouter les jeunes et les personnes âgées. Les deux sont l’espérance des peuples. Les personnes âgées apportent la mémoire et la sagesse de l’expérience, qui invite à ne pas répéter de façon stupide les mêmes erreurs que dans le passé. Les jeunes nous appellent à réveiller et à faire grandir l’espérance, parce qu’ils portent en eux les nouvelles tendances de l’humanité et nous ouvrent à l’avenir, de sorte que nous ne restions pas ancrés dans la nostalgie des structures et des habitudes qui ne sont plus porteuses de vie dans le monde actuel. » Pape FRANÇOIS, La Joie de l’Évangile, n°108

(2) J’emprunte cette expression à James Sweeney “The essential argument pursued here is, firstly, that there is a need today for some fundamental re-articulation of religious life, whether or not that implies a radically new paradigm. James Sweeney CP, Religious life looks to its future, in GEMMA Simonds CJ, A Future Full of Hope ? Liturgical Press 2013 p. 131

(3) JEAN-PAUL II, Ex. Ap. post-synodale Vita consecrata, 25 mars 1996, n°9

(4) Pape FRANÇOIS, Message du pape François « L’église, mère des vocations », journée mondiale de prière pour les vocations, 2016

(5) THEOBALD (Christoph), Vous avez dit vocation ?, Bayard 2010, p. 84

(6) Ibid p. 95 « Et c’est le concile Vatican II et la Constitution pastorale Gaudium et Spes (1965) qui ont donné à la notion de « vocation humaine » son statut central dans le discours chrétien et qui ont défini la vocation chrétienne et le ministère de l’Église par rapport à elle

(7) Pape François, La joie de l’évangile n°273

(8) LENA (Marguerite), sfx, L’appel apostolique, Six visages de la vie consacrée, Carême/N.D. de Paris, Parole et Silence 2015 p. 99

(9) Pape FRANÇOIS Lettre aux consacrés n°1

(10) Commission théologique de la CORREF L’identité de la vie religieuse, proposition théologique, CORREF 2011, p.11

(11) Discours de Benoit XVI aux jeunes religieuses à Madrid en 2011 « la Vie consacrée « naît de l’écoute de la Parole de Dieu et accueille l’Évangile comme règle de vie. Vivre à la suite du Christ, chaste, pauvre et obéissant,
est ainsi une ‘exégèse’ vivante de la Parole de Dieu (…) D’elle tout charisme est né et d’elle, toute règle veut être l’expression, en donnant vie à des itinéraires de vie chrétienne caractérisés par la radicalité évangélique » (Verbum Domini, n. 83).

(12) « Les voeux mettent toutes la vie du religieux sous le signe de la parole ; Ils font vivre toutes les dimensions de l’existence humaine en se donnant les moyens de les parler : vivre selon les voeux c’est introduire la parole
humaine en tout ce que l’on vit, médiatiser par elle tout rapport aux biens et à autrui. » Commission théologique de la CORREF L’identité de la vie religieuse, proposition théologique, CORREF 2011. P. 36

(13) THEOBALD (Christoph), Vous avez dit vocation ?, Bayard 2010, p. 61

(14) « Aussi se définit-il (Paul), en tête de ses lettres, comme « l’appelé apôtre », klètos apostolos : l’appel de Dieu
est devenu son identité la plus profonde, une identité toute entière relationnelle. Le voici constitué en « sujet convoqué », à la suite et dans la lignée des prophètes d’Israël. » Marguerite Lena, sfx, L’appel apostolique, in Six visages de la vie consacrée, Carême/N.D. de Paris, Parole et Silence 2015.

(15) « L’Incarnation, c’est l’engagement, la condition engagée de Dieu. Sa seule condition. Et cet engagement fondamental de son existence est « politique », pour autant qu’en venant faire corps avec nous, il vient aussi, naturellement, faire avec nous cité (cf. Ap 21,3). La chair de Dieu est, en puissance, toute une civilisation ; la civilisation totale et la seule qui ne soit pas mortelle. » CASSINGENA-TREVEDY (François) Étincelles II 2003 2005
Ad Solem 2007 p. 315

(16) URS VON BALTHASAR (Hans) « Et il appela à lui ceux qu’il voulait » Editions Johannes Verlag, 2014 p. 18

(17) Ibid p. 23

(18) « La formation devra, par conséquent, imprégner en profondeur la personne elle-même, de sorte que tout son comportement, dans les moments importants et dans les circonstances ordinaires de la vie, conduise à révéler son appartenance totale et joyeuse à Dieu. Du fait que la finalité de la vie consacrée consiste à être configurée au Seigneur Jésus dans son oblation totale de lui-même, c’est à cela surtout que doit tendre la formation. Il s’agit d’un itinéraire qui permet de s’approprier progressivement les sentiments du Christ envers son Père. » JEAN-PAUL II, Ex. Ap. post-synodale Vita consecrata, 25 mars 1996, n°65

(19) Ibid p. 99

(20) Sondage Opinion Way pour la CORREF "L’engagement dans la vie religieuse » www.viereligieuse.fr/Lengagement-
dans-la-vie

(21) DOLORES (Alexandre), Baptisés dans le feu, Lessius 2015 p. 179 descente », où l’on a besoin de toucher le fond en prenant conscience de notre pauvreté et de nos limites pour, des profondeurs, crier vers le Seigneur »

(22) Notre vocation est traversée pascale…
(22) Ibid p. 180

(23) « À leur manière propre, les religieux placent leur vie de baptisé sous la lumière des deux grands événements de la vie du Christ : sa venue au monde et sa Pâques. Qui renvoie aux deux mystères essentiels du christianisme : l’Incarnation du Verbe et le Mystère Pascal.

(23) P. 39 Commission théologique de la CORREF L’identité de la vie religieuse, proposition théologique, CORREF 2011

(24) This is a time of crisis and, as I often insisted, the church is renewed through crisis. The story of salvation is about crises which lead to renaissance. (…) God comes to us in crises because that is how human beings flourish. (…) So this difficult time for religious life will surely also ultimately be a blessing and lead to a renewal, perhaps in ways we cannot anticipate. But this will only happen if we are not obsessed with our own survival. Timothy Radcliffe, op, in GEMMA Simonds CJ, A Future Full of Hope ? Liturgical Press 2013 p. 7

(25) Tract du SNEJV pour présenter la vie consacrée en France www.jeunesvocations.catholique.fr/p...

(26) « Aujourd’hui, comme hier, on a besoin de fondateurs qui ne visent pas à créer des institutions à succès, mais des communautés qui annoncent par leur simple existence, l’Évangile pascal. Des communautés qui se
reconnaissent comme de passage avec le Christ, venant du Père et retournant au Père sans se garder pour elles-mêmes. » Sous la direction de Jean-Pierre LONGEAT L’avenir de la vie religieuse, appelés à l’espérance, Salvator 2015. P. 14

(27) Commission théologique de la CORREF L’identité de la vie religieuse, proposition théologique, CORREF 2011.p. 25

(28) BRAZ (João) CARBALLO (Rodriguez), Scrutate, Deuxième écrit du magistère du Pape François, 8 septembre 2014 n°10
(29) Ibid n°11

(30) BRAZ (João) CARBALLO (Rodriguez), « REJOUISSEZ-VOUS » Lettre circulaire destinée aux consacrés et consacrées, Paroles du magistère du Pape François. Rome, 2 février 2014. n°3

(31) « La formation dans la vie religieuse ne peut se dérouler que selon cette dynamique pascale, qui conduira la personne à entrer en « démarche d’apprentissage », c’est-à-dire à accepter de déplacer ses repères, à
transformer ses « savoirs » (de quelque ordre qu’ils soient), à s’engager dans une initiation ». FINO (Catherine), LAVIGNE (Jean-Claude), SOULETIE (Jean-Louis), La vie religieuse dans le monde d’aujourd’hui une identité en construction, Salvator 2011 p. 26

(32) Geneviève Comeau, « l’espérance où l’ouverture de l’avenir », Sous la direction de Jean-Pierre Longeat L’avenir de la vie religieuse, appelés à l’espérance, Salvator 2015 p. 28

(33) Benjamin GONZALEZ BUELTA, sj, En train, en voiture ou en deltaplane ? Article paru dans Christus n° 216 octobre 2007

(34) “The ‘new normal” is the situation of the exile who arrives in a new country, with no home, no job, no relatives, no money, little knowledge of the language or customs, and somehow has to make a go of it. The event or experience which challenges a person to face a “new normal.” SCHNEIDERS (Sandra), The ongoing challenge of renewal in contemporary religious life, CORI Conference 25th April 2014 www.cori.ie/sandra-schneiders-paper...

(35) Revue de Spiritualité Ignatienne, sécularisation et spiritualité Ignatienne, numéro 127 p. 6

(36) Cf Nathalie BECQUART « Naviguer au quotidien » dans Christus n°243, juillet 2014 et « Le numérique, nouveau milieu de vie : L’art de la navigation » dans Christus n°248, octobre 2015

(37) « Donnés par Dieu à l’Église et à la société, pour de nouveaux commencement d’Évangile, les religieux sont appelés à devenir des « poètes ». (…) Les poètes sont appelés à sentir et à exprimer tout ce qui germe et
bourgeonne, tout ce qui est promesse de liberté et d’avenir. Les « poètes » sont des veilleurs et des éveilleurs. Ils guettent l’aurore et donnent à l’espérance de naître et de grandir. » LECRIVAIN (Philippe) Une manière de vivre, Les religieux aujourd’hui, Lessius 2009. P. 89

(38) « Dans une situation qui a conduit beaucoup de nos contemporains au découragement, au désespoir et à la perte de repères, la miséricorde divine devrait être mise en valeur comme un message de confiance et
d’espérance. » KASPER (Walter), La miséricorde , Éditions des béatitudes, 2015. P. 18

(39) Pratiquant le covoiturage, le coworking, la collocation… les plus jeunes générations aspirent à des processus collaboratifs de coopération et souhaitent être coacteurs de lieux et processus de socialisation. Elles réinventent avec internet de nouvelles manières d’être ensemble et de communaliser comme le RIFKIN (Jérémy), dans La Nouvelle Société du coût marginal, LIL 2014

(40)« La vocation consiste précisément à annuler ce qui est de l’ordre du destin et à libérer l’appel et le choix de vie qui consistent à engager librement toute son existence. » THEOBALD (Christoph), Vous avez dit vocation ?,
Bayard 2010, p. 176

(41) « But the beauty of religious life does not lie in any spurious claim to superiority but because it is a stark expression of the extraordinary vocation of every human being, which is to respond to the call to share God’s
life, joy and freedom. “ Timothy Radcliffe, op, in GEMMA Simonds CJ, A Future Full of Hope ? Liturgical Press 2013. p.8

(42) “The place God calls you to is the place where your deep gladness and the world’s deep hunger meet.” Frederick Buechner, Wishful Thinking : A Theological ABC

(43) « À la Pentecôte, l’Esprit marque chacun personnellement mais il descend sur les apôtres réunit ensemble. Lors de la Pentecôte au cénacle. Un esprit qui crée la communion dans la différence. Commission théologique de la CORREF, individus et communautés la vie religieuse au risque de l’individualisme contemporain, 2015. p. 25

(44) In Verbo tuo…, Document final du Congrès européen sur les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée en Europe, Rome, 5-10 mai 1997. N°25

(45) « Église et Synode sont synonymes » [19] – parce que l’Église n’est autre que le « marcher ensemble » du troupeau de Dieu sur les sentiers de l’histoire à la rencontre du Christ Seigneur – nous comprenons aussi qu’en
son sein personne ne peut être « élevé » au-dessus des autres. Au contraire, il est nécessaire dans l’Église que chacun s’« abaisse » pour se mettre au service des frères tout au long du chemin.

(46) « Les personnes consacrées sont appelées à être des ferments de communion missionnaire dans l’Église universelle par le fait même que les multiples charismes des divers Instituts sont donnés par l’Esprit Saint, en vue
du bien du Corps mystique tout entier, à l’édification duquel ils doivent servir (cf.1 Co 12, 4-11). » Jean-Paul II, Exhort. ap. post-syn. Vita consacrata, 25 mars 1996, n.47

(47) Jean-Paul II, Exhort. ap. post-syn. Vita consacrata, 25 mars 1996, n.51
(48) PAPE FRANÇOIS Lettre aux consacrés

(49) Pape FRANÇOIS, Commémoration du 50ème anniversaire de l’institution du Synode des Évêques, 17 oct 2015

(50) « C’est pourquoi, en tant que don à l’Église, elle (la vie consacrée) n’est pas une réalité isolée ni marginale, mais elle lui appartient intimement. Elle est au coeur de l’Église comme un élément décisif de sa mission, en tant qu’elle exprime l’intime nature de la vocation chrétienne et la tension de toute l’Église Épouse vers l’union avec l’unique Époux ; donc elle « appartient… sans conteste à sa vie et à sa sainteté » (ibid, n. 44). Pape FRANÇOIS, lettre aux consacrés.

(51)In Verbo tuo…, Document final du Congrès européen sur les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée en Europe, Rome, 5-10 mai 1997

(52) « Tout institut doit vivre en état permanent de vocation, c’est-à-dire en état d’incertitude et de disponibilité face à son avenir. Pareillement, tout institut, en quête de la cité future, s’y achemine en réalisant dans l’Église un mode de vie fraternelle. Enfin tout institut se doit de faire une profonde expérience du monde dans lequel s’exerce sa mission. » LECRIVAIN (Philippe) Une manière de vivre, Les religieux aujourd’hui, Lessius 2009 p.96

(53) “the culture of vocation ‘is a component of the new evangelisation’. Each person’s specific vocation is an expression of the general vocation of humanity” JAMISON (Fr Christopher, osb) edited by, The Disciples’call,
Bloomsbury 2013. P. 228

(54) Service Jésuite des Réfugiés qui a pour mission d’accompagner, servir et défendre les réfugiés www.jrsfrance.org/

(55) Pape FRANCOIS, Laudato Si, 2015, n°240

(56) « Plus les religieux s’engagent dans la nouvelle société, plus ils découvrent qu’ils ne peuvent pas vivre sans les autres. » LECRIVAIN (Philippe) Une manière de vivre, Les religieux aujourd’hui, Lessius 2009. Page 90

(57) DOLORES (Alexandre), Baptisé dans le feu, Lessius 2015 p. 176

(58) « Souvent il nous est plus facile d’accepter des différences avec des gens qui ne sont pas chrétiens, qu’avec nos coreligionnaires d’une génération différente. Une génération plus âgée a grandi dans une culture fortement catholique. Pour nous, la grande aventure était de rencontrer le monde et de sortir de l’enceinte d’une culture ecclésiastique. Mais bien des jeunes grandissent sans une culture chrétienne, et pour eux l’aventure est souvent la découverte de la foi et de l’Église. » RADCLIFFLE (Timothy, op), Au rassemblement de l’Église d’Algérie, Octobre 2014




Évêché de Nanterre
85 rue de Suresnes - 92022 Nanterre cedex - Tél: 01 41 38 12 30



Mentions légales Plan du site