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Éditos de la Lettre de l’Évêque

Lettre n°39 - Novembre/Décembre 2016

L’amour de la loi ou la loi de l’amour ?
Theo a deux ans et demi. Assis devant la grande cheminée de la belle maison de campagne il regarde fasciné le feu qui brûle dans l’âtre, scintillant, dansant de subtiles et fugaces figures. Il enveloppe de sa chaleur sèche l’enfant étonné. Soudain par un élan irrépressible, irrésistiblement attiré, le petit Theo veut toucher le feu. Ses parents affolés se précipitent. Ils retirent sèchement la main du petit garçon en criant qu’il est interdit de toucher les flammes. Théo ne comprend pas cette violence de ses parents et cette interdiction lui fait connaître une de ses premières frustrations. Il lui faudra beaucoup de temps pour comprendre que cette prescription qui le limite est un acte d’amour de ses parents qui, ainsi, ont sauvé sa main. Peut-être même plus tard, s’il a la chance de connaître le Christ, comprendra-t-il que le seul feu qui éclaire, qui réchauffe et qui ne détruit pas s’appelle le Saint Esprit comme on le vit autrefois avec Moïse au buisson ardent et le jour de la Pentecôte quand il vint sur la tête des Apôtres. Ainsi en est-il de la pédagogie divine. Tout d’abord Dieu a donné une Loi qui commence par un appel à reconnaître le Dieu qui libère avant d’énoncer quatre préceptes qui présentent un interdit : « tu ne tueras point, tu ne voleras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne convoiteras pas le bien de ton prochain ». C’est par amour que Dieu a donné cette Loi et voilà pourquoi elle demeure éternellement. Il faudra attendre le Christ pour que cette Loi soit accomplie dans l’amour sans être jamais abolie. Le grand commandement de l’amour n’a plus besoin de la Loi, car celui qui aime n’a aucun désir de meurtre, de vol, d’adultère ou de convoitise. Cependant comme nous ne sommes jamais sûrs d’aimer parfaitement comme Dieu, la Loi reste un cadre nécessaire au discernement et à l’évaluation de nos actes. Au fond, c’est ce que nous a rappelé le Pape François dans son exhortation « la joie de l’amour ». Il nous parle de la « pédagogie divine » qui permet à chacun de faire un pas de plus vers le bien en faisant grandir l’intelligence de la loi de Dieu et la foi en l’amour inconditionnel du Seigneur. Certains ont pensé que François avait aboli la loi et que ce qui avait été interdit jadis est maintenant autorisé. Beaucoup ont écrit en ce sens des articles de journaux ou encore des courriers qu’ils m’ont adressés. Je crois que beaucoup de gens résonnent encore comme des enfants qui naviguent entre le permis et le défendu sans chercher véritablement le sens de la loi et le profond amour plus vaste que nos compréhensions qui fut à son origine. Le Pape demande à tous les pasteurs et les responsables dans l’Eglise, un accompagnement bienveillant pour que la loi ne soit pas un diktat impersonnel et froid, mais toujours la traduction de la tendresse infinie de Dieu pour chacun. Ce qui compte en réalité pour chaque baptisé ce n’est pas sa situation régulière ou irrégulière, c’est son attachement au Christ, l’intimité de cette amitié qu’il nous a proposée et qui ne doit cesser de grandir pour nous faire vivre dans la communion de l’amour éternel.

Lettre n°38 - Juillet/Août/Septembre 2016

« Dieu sans l’Église ? »
Les 50 ans du diocèse de Nanterre que nous allons fêter l’année prochaine nous donnent l’occasion de réfléchir à ce qu’est l’Église. En effet, un grand nombre de nos contemporains pense ne pas avoir besoin de l’Église pour aller à Dieu ou pour le connaître. Pour eux, être croyant est une affaire privée et non sociologique. Pourtant, le mot ekklesia (église) est typique du Nouveau Testament. Dans le Premier Testament il y avait bien une assemblée de la communauté (Kahal), à la fois politique et culturelle constituée de ceux qui reçoivent la Loi du Seigneur et pratiquent le culte divin. Avec le christianisme il y a un dépassement de la notion de « nation » car l’Église rassemble « juifs et païens » marqués par leur appartenance au Christ et par le baptême qui signe cette appartenance. Bien que Jésus prononce à deux reprises le mot « église », certains contestent qu’il ait voulu la fonder explicitement. Pourtant, c’est Lui qui a appelé les Douze et les a institués en leur transmettant son œuvre de salut par les sacrements qu’Il leur a clairement confiés. Dès le commencement ceux qui croient en Jésus se sont réunis en assemblée aussitôt après Pâques, pour recevoir l’enseignement des Apôtres, pour la fraction du pain, pour la prière et la vie commune à caractère caritatif. Saint Paul affirme que l’Église est le Corps du Christ. S’il n’y a pas le Christ, il n’y a pas d’Église. Celle-ci rend le Christ visible et présent comme Il le dit lui-même : « lorsque deux ou trois sont réunis en mon Nom, je suis au milieu d’eux » et cette autre parole : « faites ceci en mémoire de moi ». Or, pour un juif, célébrer un mémorial rend présent l’invisible.
L’Église, l’épouse choisie par le Christ, est comme une mère : elle donne la vie par le baptême, elle éduque par le catéchisme, elle nourrit par l’eucharistie, elle pardonne et réintègre par la confession, elle prend soin des malades et des pauvres et nous oblige à changer notre regard. L’objectif de Dieu n’est pas l’Église, mais un monde nouveau libéré du péché et de la mort. L’Église est le lieu de l’initiation à la foi, à l’Écriture, à la prière, à la liturgie, ainsi qu’à la fraternité et à la charité active. Il n’y a pas de christianisme si personne ne se rassemble autour de la Parole de Dieu et de la célébration de l’Eucharistie. Par qui nous sont parvenues les Paroles du Seigneur et les sacrements qui procurent le Salut, sinon par l’Église ?
Concrètement, chaque baptisé est une pierre vivante de l’édifice, comme nous le rappelle saint Pierre, un membre du Corps dont le Christ est la Tête. Chacun est un morceau de l’Église et ce qui tient l’ensemble c’est le Christ lui-même. La seule véritable question que nous devons nous poser est : « qu’est-ce que je donne, moi, comme visage d’Église ? » et non : « l’Église, c’est les autres qui ne correspondent pas à ce que je crois ».
Le concile Vatican II a rappelé que l’Église est le sacrement du Salut, c’est-à-dire signe efficace de ce Salut du monde opéré par le Christ Jésus. La seule chose que Dieu veut dire au monde par son Église, c’est qu’Il aime ce monde jusqu’au bout. C’est pourquoi rien de ce qui existe dans le monde n’est étranger à l’Église. Elle porte le monde et s’intéresse à lui. Elle est « catholique », ce qui veut dire universelle.
Ceux qui aiment Jésus apprennent à aimer son Église dans laquelle Il manifeste réellement sa présence. Peut-on véritablement aimer l’époux sans aimer son épouse ?

Lettre n°38 - Mai/Juin 2016

« Homme augmenté ou humanité augmentée ? »
Vous savez certainement que les grandes firmes comme Google, Apple et même Monsanto ont investi la Silicon Valley pour mener des recherches très pointues en vue de modifier l’homme de demain, capable de défier le temps et même la mort. S’appuyant sur les nanotechnologies, la biologie, l’informatique et les sciences cognitives (NBIC), ils souhaitent créer un homme artificiel, immortel et affranchi des servitudes de la matière. La médecine se contentait de réparer le psychisme ou les corps blessés, le transhumanisme a pour but de créer un homme aux organes beaucoup plus performants, aux cellules régénérescentes et aux gènes apprivoisés. Cette charmante perspective ne sera possible qu’au prix d’une ségrégation de l’humanité en deux parties : d’un côté les riches et les puissants qui auront accès à une technologie poussée, de l’autre les populations pauvres invariablement soumises à la misère et à la mort. Il ne leur restera qu’à louer ou à vendre leur ventre, leurs tissus ou leurs organes comme on le voit déjà avec la GPA des femmes pauvres de l’Inde qui vendent leur ventre pour faire vivre leur propre progéniture, ou les pères de famille sud-américains qui vendent leur rein aux riches américains du Nord afin de nourrir leurs enfants. Ces techno-prophètes veulent aussi modifier le patrimoine génétique en vue d’établir une lignée de surhommes. Emmanuelle Charpentier, grande scientifique française, qui a mis au point très récemment la technique de transformation du génome nommée CRISPR-Cas9, dénonce au nom de l’éthique cette utilisation de sa découverte pour modifier génétiquement les cellules sexuelles. Car on se rend bien compte que c’est le triomphe de l’eugénisme qui sera plus terrible encore que celui qui a fait florès dans les idéologies du 20e siècle. Voilà ce que dit Francis Crick, le célèbre prix Nobel : « Aucun enfant nouveau-né ne devrait être reconnu humain avant d’avoir passé un certain nombre de tests portant sur sa dotation génétique... S’il ne réussit pas ces tests, il perd son droit à la vie ».
Cet eugénisme a déjà commencé avec les enfants trisomiques éliminés avant la naissance comme des déchets humains et qui n’ont plus leur place dans notre société sans miséricorde. Ces personnes m’ont pourtant ouvert à un profond surcroît d’humanité quand, jadis, je les soignais.
Quand le Fils de Dieu est venu habiter notre condition humaine, il ne l’a pas fait comme un surhomme invulnérable et méprisant. Il en a assumé les limites et la finitude pour la transfigurer d’un amour infini. Car il nous a appris notre véritable vocation : l’homme n’est pas une mécanique chimique qui peut s’améliorer sans limite mais le réceptacle d’un amour sans mesure qui, seul, peut le transfigurer.

Lettre n°37 - Mars/avril 2016

« Me voici, Seigneur »
Cette année encore, nous avons la grande joie d’accueillir de nombreux catéchumènes adultes baptisés au cours de la Vigile pascale. La lettre qu’ils m’ont adressée montre le beau parcours qu’ils ont fait avec le Christ. La plupart de ceux qui ont entre 20 et 50 ans disent qu’ils n’ont pas été baptisés dans la prime enfance car leurs parents, pourtant chrétiens, voulaient leur laisser le choix de leur religion. Certains en sont heureux et disent que cela leur aura permis de faire ce cheminement lumineux et profond à l’âge adulte. Mais la grande majorité d’entre eux dit qu’ils ont éprouvé un manque car ils ne savaient pas où étancher leur soif de Dieu, de prière ou de vie spirituelle. Cela nous fait réfléchir à la liberté religieuse à laquelle les chrétiens sont très attachés. Elle signifie que chacun doit pouvoir choisir sa religion sans contrainte et en changer si sa conscience le lui dicte. La religion est le chemin qui nous mène à Dieu. Il est donc important de prendre celui qui nous fait entrer le plus sûrement dans la communion divine. Cependant, au nom de cette liberté fondamentale, il ne faudrait pas laisser un terrain en friche car toutes sortes de mauvaises herbes peuvent y pousser et si la liberté n’est pas éclairée elle risque de se livrer au premier esclavage venu. La bonne terre qui porte beaucoup de fruits dont parle Jésus est une terre qui a été préparée, travaillée, ensemencée. C’est ainsi qu’il est bon de développer chez les enfants un esprit de jugement, de discernement qui appartient en propre au cerveau humain et qui donc caractérise notre humanité. Ils pourront ainsi choisir de manière éclairée le chemin qui mène à Dieu.
Mais encore faut-il lui permettre de faire une véritable expérience spirituelle. Un enfant qui a la chance de prier, développe une relation d’amitié et d’intimité avec le Seigneur. Il n’est pas seulement important qu’un enfant entende parler de Dieu par un enseignement particulier, il est encore plus nécessaire qu’il apprenne à parler à Dieu, à entrer dans une communion d’esprit qui l’enrichit et dans laquelle il se révèle à lui-même sous le regard bienveillant du Seigneur. C’est cette expérience fondatrice qui l’ouvre à la transcendance et permet à son humanité de se déployer dans sa plénitude. Car, si on choisit sa religion, on ne choisit pas Dieu. C’est Dieu qui nous choisit en nous appelant chacun personnellement d’une façon unique que seul celui qui est appelé peut saisir, comme le révèle le psalmiste : « c’est toi qui a créé mes reins, qui m’a tissé dans le sein de ma mère. J’étais encore inachevé tu me voyais ; sur ton livre, tous mes jours étaient inscrits ». Dieu nous appelle et notre véritable joie, notre plénitude humaine ne pourra s’accomplir que dans l’accueil de cette vocation. Cette vocation, le Christ nous l’a révélée par ses paroles et par sa vie :
« aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Notre vocation, c’est cet amour qui donne valeur à tous nos actes, un amour qui transcende l’égoïsme humain qui souvent le défigure en possession, concupiscence, en réduisant la personne que l’on croit aimer en un objet utile. Rendons grâce pour tous ces catéchumènes qui découvrent la lumière bienfaisante du Christ et prions afin qu’ils accomplissent cette belle vocation que Thérèse de Lisieux révéla jadis : « dans le cœur de l’Église, ma mère, je serai l’amour ».

Lettre n°36 - Janvier/février 2016

Où est le sauveur ?
Au seuil de cette nouvelle année, nous avons besoin d’espérance. Après les attentats de novembre un grand nombre de personnes sont venues chercher la consolation dans nos églises. Pour beaucoup de nos concitoyens elles sont encore un lieu de paix et d’accueil où l’amour de Dieu pour les hommes est proclamé et où on essaie aussi de le vivre le mieux possible. Nous devons être à la hauteur de cette attente. Il me semble que le message du Christ est aujourd’hui d’une grande actualité et qu’il est vraiment espéré par beaucoup de ceux qui vivent entre une post modernité qui exacerbe une vie autonome tournée égoïstement vers soi et un radicalisme religieux qui nie la valeur de la personne humaine en détruisant aveuglément et indistinctement la vie.
La sécularisation a absolutisé la matière (matérialisme) et l’individu (individualisme) quand l’islamisme a absolutisé un dieu. Le Christ, la Parole Éternelle de Dieu, en prenant chair de notre humanité, a restauré en chacun l’union heureuse de la nature qui nous constitue et de la grâce qui vient de Dieu. Il est une chance toujours renouvelée pour notre temps.
L’individualisme de nos sociétés occidentales et le communautarisme religieux sont des extrêmes qui ébranlent l’équilibre de la société. Dans le premier cas, l’individu remplace la personne et son autonomie revendiquée refuse la relation de dépendance interpersonnelle qui seule construit le lien social et lui donne sa fécondité. L’individu devient à lui-même sa propre loi.
Dans le second cas, la soumission absolue et aveugle réduit la liberté au fait de croire avec les autres croyants. Les règles normatives s’imposent alors aussi bien dans le culte que dans le mode de vie. Excellent connaisseur des deux religions, Mgr Pierre Claverie distinguait l’attitude du musulman : « Adore moi, je suis l’Unique » et celle du chrétien : « Ne crains pas, je t’aime ».
Dans le christianisme, Dieu rejoint l’humanité dans sa vulnérabilité même. En Jésus, Dieu se fait vulnérable et donne ainsi une valeur absolue à toute vie humaine. La présence d’un Dieu aimant l’humanité jusque dans sa fragilité nous fait entrer dans une relation personnelle et intime qui valorise au plus haut point la dignité de chacun. La personne reprend le pas sur l’individu et la relation à Dieu se fait amoureuse.
En cette année bénie de la Miséricorde rappelons-nous que le « Seigneur est un Dieu de tendresse et de grâce, lent à la colère et abondant en miséricorde et fidélité » (Exode 34, 6). Révélons à tous cette tendresse en la vivant entre nous comme le Christ Jésus nous l’a demandé : « soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Luc 6, 6).

Lettre n°35 - Novembre/décembre 2015

Une sublime connivence dans l’Amour
Le 8 décembre, à la demande du Pape François, nous allons ouvrir à la cathédrale la Porte de l’Année Sainte dédiée à la Miséricorde. Ce nom, qui vient du latin misericordia, concerne la personne dont le coeur réagit devant la misère d’autrui. Il me semble intéressant de trouver l’origine biblique de ce mot qui traduit en réalité plusieurs racines hébraïques différentes. La première désigne l’expression « être pris aux entrailles ». Dans nos traditions gauloises, les entrailles évoquent le tube digestif intestinal. En réalité, pour les hébreux, il s’agit de l’utérus de la femme d’où jaillit la vie. Quand Dieu est pris aux entrailles, il s’agit de montrer par sa miséricorde l’aspect « maternel » de Dieu qui, couplé à la justice divine, révèle la complétude de Dieu sous des traits aussi bien paternels que maternels. La seconde est l’amour que l’on traduit souvent par charité et qui signifie l’immensité de l’amour de Dieu. Ce n’est pas simplement l’expression d’un sentiment spontané mais un engagement et une fidélité voulus par le Seigneur. Jésus, que l’épître aux Hébreux appelle « grand prêtre miséricordieux », est venu manifester, par sa vie assumée dans l’humanité, la réalité de cette miséricorde divine. Par sa disponibilité envers les pauvres, les malades et les pécheurs, Jésus révèle le coeur du Père dont il montre l’amplitude dans la parabole du fils prodigue, lui-même étant le Bon Samaritain qui prend soin de chacun.
Cette Année Sainte est pour nous l’occasion de vivre cette miséricorde : « soyez miséricordieux comme le Père est miséricordieux » (Luc 6, 36). Il nous faut donc ouvrir notre coeur à la compassion envers tous. Il nous faut aussi profiter de cette année de grâce pour convertir nos coeurs et le tourner vers Dieu afin d’accueillir son pardon qui, seul, permet de vivre au diapason de son amour infini. Pour vous y aider je vous propose ce beau texte d’Isaac de l’Étoile, moine cistercien du XIIe siècle : « il y a des choses qui reviennent à Dieu seul : l’honneur de recevoir la confession et le pouvoir de pardonner. Nous devons lui faire notre confession et attendre de lui le pardon. À Dieu seul il appartient, en effet, de pardonner les péchés ; c’est donc à lui seul qu’il faut les confesser. Mais le tout-puissant, ayant pris une épouse faible et insignifiante, fit de cette servante une reine. Aussi le Christ époux, qui est un avec le Père et un avec l’épouse, a enlevé en celle-ci tout ce qu’il a trouvé chez elle d’étranger, le fixant à la Croix où il a porté ses péchés sur le bois et les a détruits par le bois. Ce qui est naturel et propre à l’épouse, il l’a assumé et revêtu ; ce qui lui est propre et divin, il l’a donné à l’épouse. Tout est commun à l’époux et à l’épouse : l’honneur de recevoir la confession et le pouvoir de pardonner. L’Église ne peut donc rien pardonner sans le Christ ; et le Christ ne veut rien pardonner sans l’Église ».
Cette méditation est pour moi extrêmement consolante, qui bien souvent me sens plus pécheur que ceux qui viennent recevoir de l’Église le pardon du Seigneur. C’est bien le Christ Jésus lui-même qui vient pardonner les péchés dans ce pauvre ministre qu’il a désigné et appelé pour qu’il soit le vecteur de sa miséricorde. Oui, vraiment frères et soeurs, profitez de cette grâce immense, de ce cadeau somptueux que Dieu vous fait : pas seulement une purification de notre personne mais une sublime connivence dans l’Amour.

Lettre n°34 - Septembre/octobre 2015

Tout est lié
J’imagine et j’espère que vous avez profité de vos vacances pour vous mettre « au vert »… Notre Pape François avec son habituelle énergie spirituelle nous a livré une encyclique sur l’écologie qui fera date. Elle resitue le respect de la nature dans le champ originel du respect de Dieu et de l’admiration de son oeuvre de création avec un sens poétique affirmé : « le sol, l’eau, les montagnes, tout est caresse de Dieu ». La force de cette encyclique tient à sa gratuité. Elle ne rapportera aucune voix à d’éventuelles élections, ni aucune augmentation du denier de l’Église ou en l’occurrence, celui de Saint-Pierre. Cela permet un langage vrai et libre, ce dont François ne se prive pas. Une phrase revient sans cesse dans l’encyclique : « tout est lié ». C’est ainsi qu’il affirme avec justesse qu’un unique état d’esprit doit nous guider. Les relations chastes et respectueuses avec l’environnement doivent l’être aussi avec nos frères en humanité. La protection de la nature est inséparable de la fraternité et de la justice. Il nous éclaire sur ce que doit être une écologie intégrale : « Quand on ne reconnaît pas, dans sa réalité même, la valeur d’un pauvre, d’un embryon humain, d’une personne vivant une situation de handicap, on écoutera difficilement les cris de la nature elle-même » (n° 117). Cette cohérence donne de la force à sa vision d’une « écologie intégrale ». Benoît XVI avait déjà insisté sur cet aspect d’une « écologie de l’homme » plus large et plus visionnaire que les perspectives un peu étroites et électoralistes d’un certain regard politique. Notre responsabilité est engagée dans tous les domaines : l’écologie, l’éthique, le champ social. Nous pouvons espérer que la conférence sur le climat qui va se tenir à Paris à l’automne sous le nom de COP 21 saura élargir les débats pour concourir à cette unité. Celle-ci, pour le Pape François et tous les baptisés, ne peut que venir du lien fondateur avec Dieu qui a donné au monde sa vocation ultime : récapituler toute chose en son Fils Jésus-Christ, Amour divin incarné venu habiter la Terre.

Lettre n°33 - Juillet/août 2015

Le propre de l’homme
Les éthologues font souvent des recherches qui les amènent à étudier ce qui sépare l’homme des grands singes. Ils décrivent quelques points de similitude et même une ébauche de comportements que nous pensions réservés exclusivement à l’humanité. Leurs études montrent cependant des spécificités qui appartiennent en propre à l’homme. Mais il me semble que ces savants auteurs oublient une différence essentielle qui fait la marque distinctive de l’homo-sapiens : la prière. En effet, l’homme est le seul à concevoir une transcendance qui dépasse la seule observation des éléments matériels qui l’entourent. Cette perception spirituelle qui existait dès le commencement de la préhistoire s’est poursuivie tout au long des siècles jusqu’à aujourd’hui. C’est ainsi que des agnostiques affirmés comme Voltaire ou Einstein percevaient cette transcendance. Le premier témoignait en parlant du monde : « je ne puis concevoir que cette horloge existe et n’aie point d’horloger ». Le second constatant que l’univers était intelligible, comprenait la nécessité d’une intelligence supérieure à l’origine de cette intelligibilité que l’esprit humain pouvait décrypter.
Mais une telle perception ne sert à rien si cela ne change pas quelque chose dans nos vies. C’est pourquoi l’homme a, depuis toujours, cherché à entrer en relation avec cette « transcendance » qu’il est d’usage d’appeler Dieu. Au départ, l’homme ignorant va diviniser les éléments naturels qu’il admire, qu’il craint ou qui l’interrogent : le soleil, la lune, la foudre, le vent, la mer. Aujourd’hui, il serait plutôt fasciné par les découvertes techniques de son intelligence qui arrive à exploiter d’une manière qui l’étonne les éléments de l’infiniment petit ou de l’infiniment grand sur lequel il croit agir comme Dieu lui-même. Un peuple élu par Dieu a reçu la charge de dire au monde la transcendance absolue de Dieu. Le peuple d’Israël est celui qui a combattu l’idolâtrie, c’est-à-dire l’illusion d’un dieu matériel, accessible à l’homme ou fabriqué par lui. Mais la perception d’un Dieu « au-delà de tout » rend difficile la relation avec lui. C’est pourquoi Dieu s’est approché de son peuple, lui a parlé par l’intermédiaire des prophètes et lui a permis de lui adresser la parole en lui apprenant à prier. Cependant, cette transcendance inaccessible de Dieu entraîna la soif de le connaître plus intimement par une parole qui ne passerait plus par l’intermédiaire des prophètes. C’est pourquoi la Parole de Dieu s’est faite chair. Cela a permis que l’homme connaisse le vrai visage de Dieu qui est un visage de paix et d’amour. Ainsi nous pouvons entrer dans l’intimité divine par Jésus-Christ, notre Seigneur, puisque lui-même nous dit : « je ne vous appelle plus serviteur, je vous appelle mes amis ».
Ainsi un chrétien ne peut pas vivre sans prière puisque le nom qu’il porte vient du Christ par qui s’établit une relation filiale avec un Dieu qui, pourtant, le dépasse infiniment. Sans prière, le chrétien se dessèche comme se déshydrate le malade qui ne boit plus. Le temps imparti à la prière ne dépend que de l’importance qu’on lui donne. Dans nos agendas surchargés, chacun doit mesurer ce qui est le plus essentiel et, au-delà des satisfactions immédiates et souvent illusoires, doit discerner ce qui construit en lui la joie et la paix. Non seulement la prière est le propre de l’homme, mais elle façonne l’homme à l’image de Dieu en réalisant sa véritable vocation : vivre et aimer dans l’éternité de Dieu.

Lettre n°32 - Mai/juin 2015

En marche !
Dans son exhortation apostolique « la Joie de l’Évangile », le pape François nous révèle comment il veut orienter son pontificat et ce qui sera le moteur de son mandat pastoral universel. Sans équivoque, il déclare se tourner résolument vers la mission. Pour lui, tout baptisé n’a pas seulement reçu la Bonne Nouvelle pour lui-même mais il est le dépositaire d’un trésor qu’il doit partager. L’évangélisation est donc la mission première de tous les fidèles sans exception. Le Pape n’y va pas par quatre chemins quand il nous demande de sortir de nos tanières confortables : « l’Église en sortie est la communauté des disciples missionnaires qui prennent l’initiative, qui s’impliquent, qui accompagnent, qui fructifient et qui fêtent ». Plus loin il insiste : « je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie sur les chemins, plutôt qu’une Église malade de son enfermement et qui s’accroche confortablement à ses propres sécurités ». Le ton est donné, il est celui d’un pasteur qui a le souci de tous les hommes puisque, comme le dit saint Paul à son disciple Tite : « Dieu veut que tout homme soit sauvé ». Si le Christ nous dit clairement qu’il ne faut pas hésiter à laisser pour un temps 99 brebis qui se portent bien pour aller chercher la seule brebis malade, combien plus aujourd’hui faut-il aller à la recherche des 99 brebis qui sont au bord de l’enclos et ignorent cette Bonne Nouvelle qui nous fait vivre et qui nous remplit de joie. Il est fini le temps de l’enfouissement où il fallait cacher son appartenance chrétienne dans la société y compris dans tous les champs de service et de solidarité où les baptisés sont largement investis. C’est bien au nom du Christ que nous nous faisons serviteurs, à l’exemple de Jésus notre Maître et Seigneur. Le Pape rend grâce pour ces actions multiples et désintéressées : « les chrétiens aident beaucoup de personnes à se soigner ou à mourir en paix dans des hôpitaux précaires, accompagnent les personnes devenues esclaves des différentes dépendances dans
les lieux les plus pauvres de la terre, se dépensent dans l’éducation des enfants et des jeunes, prennent soin des personnes âgées abandonnées de tous, cherchent à communiquer des valeurs dans les milieux hostiles, se dévouent autrement de différentes manières qui montrent l’amour immense pour l’humanité que le Dieu fait homme nous inspire ». Le Pape nous donne les clés de la mission : approfondir notre lien au Christ et le contempler dans son Incarnation car il nous invite à « la révolution de la tendresse ». Il souhaite construire une Église pleine d’audace qui s’appuie de plus en plus sur un laïcat responsable et sur une jeunesse qui doit rencontrer des adultes suffisamment bienveillants, acceptant de leur donner des responsabilités et de les accompagner dans celles–ci. Peut-être certains vont crier au prosélytisme. Mais le prosélytisme consiste à imposer sa religion alors que la mission consiste à proposer la foi à une liberté capable de l’accueillir. Le Christ ressuscité envoie son Esprit Saint sur l’Église. Nous ne sommes plus au temps où les apôtres restaient enfermés au Cénacle même après avoir eu la joie de le revoir au jour de Pâques. Nous sommes dans le temps de la Pentecôte où il convient de sortir pour annoncer le triomphe de l’Amour qui puise sa source dans la communion du Père, du Fils, et du Saint-Esprit et proclamer la victoire de la vie plus forte que la mort. Le Pape rappelle la première annonce : « Jésus Christ t’aime, il a donné sa vie pour te sauver et maintenant il est vivant à tes côtés chaque jour pour t’éclairer, pour te fortifier, pour te libérer ».

Lettre n°31 - Mars/avril 2015

Éduquer à la liberté
Après les événements dramatiques que nous avons vécus au mois de janvier, le ministère de l’éducation nationale parle de l’urgence d’accompagner les jeunes dès la plus tendre enfance afin d’élaborer une société du « bien vivre ensemble » en dépit de disparités culturelles ou religieuses. C’est en 1932 que le gouvernement d’Édouard Herriot rebaptise le ministère de l’instruction publique en ministère de l’éducation nationale. Cela manifeste clairement une volonté politique. Il ne s’agit plus seulement de transmettre un savoir à partir d’un enseignement, mais de construire la personnalité des élèves pour façonner des citoyens capables de vivre dans la société et la culture du pays. Alors, aujourd’hui : « Qu’est-ce qui n’a pas marché » ?
Nous constatons la conjonction de plusieurs phénomènes. Tout d’abord la montée d’un individualisme social. Nous sommes passés d’une société de type universel basé sur le slogan « liberté, égalité, fraternité » à une société du singulier du style : « touche pas à mon pote » et « c’est mon choix ». Ensuite, il existe aujourd’hui une « sur-volonté » parentale. Les enfants n’ont plus aucun moment pour se poser, pour réfléchir, voire pour s’ennuyer. Ils n’ont plus le temps de regarder le lieu dans lequel ils sont. Les parents ne montrent plus le monde à leurs enfants mais montrent leurs enfants au monde. Dans ce contexte, l’enseignement catholique a le souci d’établir un projet pédagogique capable d’éduquer le jeune à la liberté. Les parents sont les premiers éducateurs et l’école doit leur permettre d’exercer cette tâche en mettant à leur disposition un ensemble de compétences indispensables. Classiquement, on décrit trois aspects de la transmission des savoirs : le savoir, le savoir-faire, le savoir-être. Le savoir s’appuie sur la mémoire et l’élaboration des connaissances intellectuelles. Les moyens pédagogiques sont l’observation, la lecture, l’écriture, les mathé¬matiques et toutes les autres formes de signe. Enseigner, c’est transmettre des connaissances à l’aide de signes (Insignis : marqué d’un signe). Le savoir-faire concerne l’aspect pratique comme la musique, le sport et les activités nécessitant l’acquisition de compétences. Le savoir-être vient de la capacité à produire des comportements adaptés à la société humaine en référence à un ensemble de valeurs. Elle concerne des domaines très variés comme l’hygiène, l’empathie, le contrôle de soi, le respect, l’entraide, la gestion des conflits, la recherche de raisons de vivre ou du sens de l’existence. Une éducation à la liberté consiste à valoriser la personnalité et le talent de chacun, sachant aussi qu’il fait partie d’une société plus large qui comprend des générations et des personnes aux situations sociales différentes. Éduquer à la différence, c’est aider l’enfant à sortir du monde fusionnel et illusoire qu’il cherche à reconstituer depuis sa naissance. Le cerveau humain est un outil formidable. Tout le travail de l’éducateur est d’apprendre à l’enfant à se servir de cette extraordinaire capacité qui ouvre à la liberté. Comment apprend-on à juger une situation ? À mettre en balance deux affirmations contradictoires ? À prendre de la hauteur par rapport aux nombreuses affirmations péremptoires qui nous conditionnent ? À rechercher la vérité ? Jésus l’affirme : « la vérité vous rendra libre ».
Dieu nous a créé libres et c’est l’honorer que d’éduquer à la liberté.

Lettre n°30 - Janvier/février 2015

Vulnérables, donc humains
Nous pouvons nous réjouir que dans notre diocèse, l’attention aux pauvres soit une priorité qui rejoigne le message de l’évangile. Je voudrais avec vous explorer une notion qui, loin de dévaloriser la personne humaine, donne le sens profond de notre diaconie. Il s’agit de la vulnérabilité, c’est-à-dire la conscience de la fragilité et des limites de notre condition humaine. Il est intéressant de voir comment Xavier Bichat, le célèbre médecin, définissait la vie en 1800 : « la vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort ». Pour lui, la santé est l’ensemble des opérations qui s’opposent à la maladie, dont la mort est la forme suprême. On voit bien qu’à cette époque, la vulnérabilité, la fragilité et la finitude de l’homme sont des faits inéluctables et intégrés. Très intéressante aussi est la définition plus récente de l’Organisation Mondiale de la Santé qui, en 1948 déclare dans son préambule : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmités. La possession du meilleur état de santé qu’il est capable d’atteindre, constitue l’un des droits fondamentaux de tout être humain ».
La définition de l’OMS est positive mais, par sa revendication d’un possible bien-être où toute vulnérabilité serait abolie, elle implique un droit inconditionnel à la santé pour chacun. C’est un droit-créance : « j’ai le droit d’être en parfaite santé ». Et non « j’ai droit aux meilleurs soins possibles dans l’état actuel des connaissances » qui s’appuie sur la compétence des soignants. Cet état d’esprit induit nécessairement l’aspiration à une perfection fonctionnelle et organique où la fragilité n’a pas de place, où elle est considérée comme inutile et insupportable pour soi mais aussi pour autrui : « sa vie ne vaut pas d’être vécue ». La vulnérabilité n’a aucune valeur et doit être combattue. Le transhumanisme est cette illusion de croire que les progrès incontestables de la médecine et des technosciences feront disparaître toutes les pathologies et permettront à terme l’immortalité, en transformant l’homme à partir des nanotechnologies, de l’informatique et de la reprogrammation génétique.
Le risque est que la lutte légitime contre la souffrance, quand elle se croit toute puissante et finit par constater qu’elle ne l’est pas, peut aboutir à la suppression de la personne malade plutôt que de la maladie. Le refus de la vulnérabilité devient alors le lit de la barbarie. En revanche, l’acceptation de la vulnérabilité conduit à l’émergence de la compassion qui ne veut pas dire « souffrir à la place de », mais « souffrir avec » pour accompagner la personne souffrante. La vulnérabilité donne la conscience de l’interdépendance et entraîne la diminution de l’individualisme. C’est aussi par l’accueil de ses faiblesses que l’humanité s’humanise. Le progrès médical, la sécurité sociale, l’équité de la justice, le droit des enfants, la démocratie, se sont instaurés par la volonté d’aider les plus faibles. Voilà pourquoi je pense que la vulnérabilité est un révélateur de l’humanité. Nous venons de fêter Noël où « Dieu s’est fait vulnérable » en habitant les limites de notre humanité pour que se révèle l’Amour. La souffrance et la maladie doivent être combattues ou soulagées comme l’a fait Notre Seigneur durant son séjour sur la Terre, mais Jésus, au sommet de la croix, nous a montré qu’elles étaient aussi le lieu d’un surcroît d’amour. Les blessures (vulnus=blessure) sont une brèche qui permet à l’amour d’entrer dans le cœur de l’homme pour se diffuser ensuite à l’ensemble de l’humanité dont la vocation fondamentale est d’aimer comme Dieu nous aime.

Lettre n°29 - Novembre/décembre 2014

Soyez heureux ! Ayez de l’enthousiasme !
Vous portez un message extraordinaire de vie, de paix, de joie en vivant l’évangile comme le Christ nous l’a donné. On nous affirme que l’Église est ringarde, dépassée, en dehors de son temps et du monde dans lequel nous vivons. Nous ne devrions pas être troublés car le Seigneur nous a prévenus : « Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu’il en a eu d’abord pour moi. Vous n’appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde » (Jn 15, 18 – 19). Beaucoup voudraient que l’Église se convertisse au monde alors qu’en réalité, c’est le monde qui doit se convertir au Christ dont l’Église porte le message de paix et d’amour. Les médias qui sont chargés d’analyser les événements opposent souvent le Pape François qui secouerait une institution endormie à un quarteron de cardinaux conservateurs arc-boutés sur des principes éculés. Cette vision caricaturale est un peu trop simpliste. Moi, je vous dis que le Pape François porte la vérité et que les cardinaux susnommés portent aussi la vérité. On peut chercher aisément les contradictions afin d’opposer pour diviser. On fait alors le jeu du diable (diabolos = diviseur). Il faut discerner comment chacun porte la vérité. Celle-ci n’est jamais enfermée dans l’étroitesse d’un cerveau humain, aussi cultivé soit-il, ni dans la rigidité d’un concept immuable. La vérité est un ajustement permanent au Christ qui est la Parole, la Vérité ultime de Dieu sur le monde. Déjà au début du V° siècle, le moine Vincent de Lérins expliquait ce que plus tard les théologiens appelèrent le « développement homogène de la foi ». Il posait la question de savoir si dans l’Église du Christ il pouvait y avoir un progrès de la religion. Je le cite : « il y a progrès si une réalité s’amplifie en demeurant elle-même. Mais il y a changement si elle se transforme en une autre réalité. Il n’y a une grande différence entre la fleur de l’enfance et la maturité de la vieillesse, et pourtant ceux qui maintenant deviennent des vieillards sont bien les mêmes que les adolescents qu’ils furent autrefois. Il en va de même pour les dogmes de la religion chrétienne : la loi de leur progrès veut qu’ils se consolident au cours des ans, se développent avec le temps et grandissent au long des âges ». L’Église évolue, non en fonction des usages et des modes, mais en raison de la réflexion continue qu’entraîne sa présence au monde qui l’oblige à approfondir sans cesse l’unique dépôt de la foi et à le déployer. Les chrétiens doivent être, selon la parole du Seigneur, le levain dans la pâte. L’Église ne décrète pas les lois, mais elle éclaire les consciences. Aujourd’hui encore plus que jamais, nous devons contribuer à humaniser ce monde en promouvant toujours la dignité de chaque personne, du commencement de son existence jusqu’à sa fin ultime. En conservant le dépôt de la foi qui nous révèle l’immense Amour de Dieu, nous permettons à tous de vivre une relation authentique et fructueuse avec Dieu et de revisiter toutes nos relations humaines à l’aune de cet Amour.
Quelle mission exaltante !

Lettre n°28 - Septembre/octobre 2014

« Famille, je vous aime »
Cette rentrée qui ébauche une année scolaire nouvelle nous invite particulièrement à réfléchir sur la famille. Bien sûr, le synode qui s’ouvrira à Rome en octobre et qui a été préparé par un questionnaire largement diffusé et auquel beaucoup de chrétiens ont bien voulu répondre, est la première raison qui nous oblige à aborder ce thème. Mais aussi, à Boulogne, la maison saint François de Sales, inaugurée les 10.11 et 12 octobre, va accueillir en son sein la Maison des familles dont les activités s’ouvrent à tout le diocèse. Quelquefois la famille apparaît comme une instance immuable fondée sur un couple à l’origine de la vie et de la filiation. Or, l’histoire nous révèle une évolution complexe de la notion de famille. D’après les historiens, à l’ère paléolithique, les sociétés vivent sous le régime du matriarcat avec un système endogamique (unions à l’intérieur du clan) où la figure paternelle n’existe pas. Par cette filiation matrilinéaire les enfants n’ont qu’un seul parent : la mère. Ces sociétés nomades ou semi itinérantes sont composées de 40 à 60 personnes en guerre perpétuelle. Ce type de structure familiale est généralisée puisqu’elle se retrouve chez les cananéens, les égyptiens, les numides, les berbères, les grecs primitifs (Sparte et Crète), les étrusques et on en retrouve des traces aussi bien en Inde que dans les sociétés amérindiennes et chez les esquimaux. L’apparition progressive du patriarcat au sortir du néolithique va bouleverser la structure familiale car l’enfant aura désormais deux parents : un père et une mère. L’inceste et l’adultère sont alors condamnés pour garantir la légitimité du père. On le voit avec les lois de Gortyne en Grèce, la loi des 12 tables à Rome et, bien sûr, les 10 commandements donnés à Israël. On en retrouve aussi des traces, là encore, dans le Livre des morts d’Osiris et dans les lois mésopotamiennes. Si, à Rome, c’est bien le « consentement qui fait les noces », en réalité il n’y a pas de choix amoureux. La sexualité est essentiellement orientée vers la procréation pour la prospérité de la famille et ce sont les parents qui décident du choix des époux. Ceci a perduré très longtemps et l’Eglise n’a jamais pu imposer son modèle de « mariage chrétien fondé sur l’amour » dans des sociétés pourtant largement évangélisées. En France, ce n’est qu’à partir de 1880 que le mariage d’amour est devenu majoritaire. Le petit d’homme n’a pas de mémoire instinctuelle contrairement à la plupart des animaux. Il doit tout acquérir par apprentissage. Il lui faut donc beaucoup de temps pour acquérir son autonomie. D’où la nécessité d’une structure familiale nécessaire à son développement et à son éducation. Ensuite, il lui faut apprendre à « être fils », c’est à dire de s’accepter soi-même dans une identité qui ne peut se recevoir que d’un autre. Il ne suffit pas de se savoir « fils de » bien que les généalogies soient présentes à toutes les époques. Alors que les réponses au questionnaire montrent les disparités extraordinaires qui existent entre les cultures, occidentale, africaine, indienne ou d’Amérique du sud, on sent bien que cette question de la famille est cruciale pour l’avenir et qu’il convient non seulement de l’aimer mais d’en faire le creuset de l’amour pour bâtir une civilisation nouvelle.

Lettre n°27 - Juillet/août 2014

Comment découvrir un diocèse ?
En allant à la rencontre des gens, bien sûr, de tous ceux qui portent la charge pastorale et de ceux qui, assoiffés, reçoivent la grâce que Dieu donne en abondance. Ces pérégrinations me font découvrir aussi les diverses personnalités des alto-séquanais parfois bien loin de l’Église, mais ouverts à la rencontre comme ce jeune à capuche qui, naguère, m’aborda sur le quai du tramway par cette sympathique injonction : « vous êtes ʺMon pèreʺ. Vous devriez fumer un petit pétard de temps en temps, ça vous rendrait heureux ». À ma réponse lui affirmant que je n’avais pas besoin de pétards pour être heureux, il répliqua : « comment faites-vous pour être heureux ? La vie est si dure… ». Et nous voilà partis ensemble devisant sur les « choses de la vie » et nous saluant amicalement au moment de nous séparer.
Un autre moyen, plus rapide et sûrement plus efficace encore, est de réunir en un même lieu tous ceux qui, fiers d’annoncer le Christ, se retrouvent pour une communion dans la joie, le témoignage et la rencontre. Je suis heureux de bénéficier de cette formidable préparation pour le rassemblement diocésain du 15 juin qui mobilise tant d’énergie et de compétences. Il a été voulu par mon prédécesseur, le cher Mgr Gérard Daucourt, dont beaucoup d’entre vous m’ont dit combien il les avait profondément marqués. J’y souscris de tout cœur. Je sais déjà par de nombreux témoignages que vous viendrez nombreux à cette belle journée à Passy-Buzenval pour manifester votre joie d’appartenir à ce diocèse de Nanterre et votre unité autour de son évêque. Vous aurez encore plus à cœur d’entourer les deux nouveaux prêtres qui vont être ordonnés ce jour-là. Vous pourrez témoigner ainsi à travers eux votre affection et votre reconnaissance pour les prêtres ainsi que votre estime pour le sacerdoce ministériel institué par notre Seigneur. L’épître aux Hébreux nous le rappelle : il n’y a qu’un unique Grand Prêtre, notre Seigneur Jésus-Christ le Fils du Père, vrai Dieu vrai homme. Il est le seul à réunir en sa personne le transcendant et l’immanent, le Ciel et la Terre, Dieu et l’humanité. Il est vrai que par le baptême nous participons à son unique sacerdoce en étant configurés au Christ, prêtre, prophète et roi. De même, comme il le fit jadis, il choisit aujourd’hui des hommes pour qu’ils lui donnent totalement leur vie afin de prodiguer par eux toutes les grâces de communion, de vie éternelle, de guérison, de miséricorde et de salut. J’espère vraiment vous rencontrer pour ce grand moment fraternel, et me réjouir avec vous en rendant grâce du dynamisme missionnaire de notre diocèse.


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Évêché de Nanterre
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