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Éthique et Procréation médicale assistée

1. Contexte
Rares semblent les lieux d’Église où les couples puissent être écoutés en confiance quand se pose un problème de fécondité parentale ou quand une équipe médicale leur propose d’avoir recours à l’Assistance Médicale à la Procréation. La présente fiche propose un axe non exhaustif pour aborder ce sujet. Elle a été élaborée par un couple concerné, qui a finalement choisi d’adopter un enfant. Il s’agit de pistes de réflexion pour une rencontre pastorale avec des couples en difficulté.

2. Une proposition d’axes
Quelques pistes de réflexions peuvent être alors envisagées pour amorcer un dialogue et permettre aux couples de repenser leur vie à la lumière d’une éthique de la vie et de la fécondité.

La responsabilité de la conscience éclairée
Tout d’abord, une réaffirmation de la dignité de la conscience éclairée. Trois mots très fort : " responsabilité ", " conscience ", "éclairée ". Dire cette " responsabilité " de la conscience, c’est ouvrir des oreilles attentives, c’est permettre le dialogue ouvert. Réaffirmer cette responsabilité, c’est encore changer le point de vue : le couple n’écoute pas seulement, il doit être acteur et ne peut déléguer sa décision à une autorité normative. Dire la conscience " éclairée ", c’est placer le couple comme acteur social, comme entité communicante. C’est l’inviter à chercher son chemin de vie avec d’autres. Dans ce contexte, les normes indiquent le chemin d’humanisation le plus habituel, tel que les hommes et les femmes se sont efforcées de le découvrir et de le concrétiser pour le plus grand nombre. L’éclairage serait alors proposé comme une démarche d’échange avec des personnes de confiance, mais d’horizons divers (médical, prêtre, amis, …). Or dans des démarches médicales lourdes, le couple est parfois tenté par l’isolement ; tout particulièrement lorsque ces démarches sont gardées secrètes vis à vis des familles. Présenter la conscience comme lieu ultime de décision, c’est placer le couple dans sa responsabilité. C’est lui donner une grandeur souvent inconnue, c’est le placer comme adulte. C’est aussi, parfois, lui faire perdre un confort de délégation de conscience.

Le temps, un acteur de la réflexion
Souvent traumatisé, le couple infécond d’enfant devrait entendre un discours qui traite du temps à prendre dans ses décisions. Le temps permet, en effet, de digérer les nouvelles, de les assumer, de faire aussi son deuil du couple idéal avec l’enfant désiré. Ce discours, cependant, se heurte violemment avec la réalité de notre organisation sociale, qui veut que les femmes n’aient leur premier enfant qu’autour de la trentaine. Le temps joue alors directement contre la fécondité médicale objective du couple. Les démarches médicales pouvant durer plusieurs années dans les cas complexes, cela ne porte pas à la réflexion dans la durée. Cependant, et à l’encontre de cette logique pressée, le temps permet d’évoluer, et de mûrir, lentement.

Un poids à porter, à partager, un deuil à faire
Il y a un deuil à faire pour le couple. Que les techniques de PMA arrivent à leur but ou non, il y a un deuil du couple " idéal " (et inexistant en réalité) à faire et à assumer. Pour le couple, il lui faut dire la douleur sous-jacente, il faut exprimer les frustrations, il lui faut, enfin, se trouver en paix avec un état de fait d’infécondité d’enfant à ce jour.

Une vision évolutive
Il est nécessaire de faire sentir que le temps est un facteur de changement. Un couple, une femme, un homme peuvent être prêts à assumer un acte à un moment donné, mais pas auparavant. Forcer la main à une personne pour prendre une décision (par exemple médicale), c’est nier sa liberté responsable, c’est ignorer sa conscience, c’est la mépriser. Chaque entité du couple doit prendre en compte le temps nécessaire à son époux/épouse pour accepter, ou refuser, une orientation.

Tout ce qui est possible est-il moral ?
Posé comme acteur libre et évolutif dans le temps, le couple est plus à même de recevoir cette question, et ainsi d’ouvrir des perspectives vers une morale de référence. Le débat est miné et clos avant même d’avoir commencé s’il est perçu comme le positionnement d’une barrière à ne pas franchir. Ce même débat est ouvert et constructif s’il est placé comme un échange permanent entre un chemin d’humanisation qui est proposé, une vie à réfléchir et à construire, et enfin une conscience à nourrir pour sa prise de décision libre. Stimulations ovariennes, FIV, don de gamètes, d’embryon, mères porteuses, … la liste est longue des possibilités actuelles de la médecine, et l’avenir nous réserve probablement des surprises.

Une décision sereine ?
Ce que je fais me fait-il grandir ? Ce que je fais contribue-t-il au bien de toute l’humanité, à commencer par les plus faibles ? Ces deux questions sont au cœur des décisions à prendre pour le couple. Grandir, c’est grandir en joie, en rayonnement, en fécondité sociale et d’enfant, c’est être témoin du Christ. Ma décision, mon acte me rend-il témoin du Christ ? Le couple, chacun dans le couple peut se poser cette question devant une décision à prendre, et particulièrement avec les PMA. Devant la liste impressionnante des possibles médicaux, chaque personne dans le couple doit se poser sa question privée : cela me fait-il grandir, sachant que ma vocation est de collaborer au bien de l’humanité entière ? Suis-je en accord avec ma conscience, et bien sûr, ai-je éclairé cette conscience, siège de ma décision ? En un mot, la décision envisagée me laisse-t-elle serein ?

Une norme sociale, et une vocation
Difficile à faire percevoir, car au cœur de notre éducation, nous avons tous en tête des normes sociales qui représentent notre idéal de famille. Nous cherchons à réaliser notre vocation, et pour les couples, il s’agit d’une vocation de foyer familial. Mais la difficulté de l’enfant peut être le siège d’une réflexion sur cette vocation. Cherchons-nous à réaliser notre vocation réelle, ou à mettre en œuvre une norme sociale imposée ? Il est temps, peut-être, de séparer ces deux notions, et de proposer au couple de prendre le temps de la réflexion sur la direction à faire prendre à sa vocation familiale. Une responsabilité de s’engager, pour le meilleur et pour le pire. Donc aussi pour les moments douloureux que sont les stérilités ? Une fécondité, certes, mais de quelle fécondité parle-t-on ? Est-on féconds par l’enfant seulement ? Une fidélité, qu’il faut renouveler plus particulièrement au seuil des difficultés. Une indissolubilité, qui prend tout son sens au seuil du deuil de l’enfant " naturel ".

La morale : un instrument de liberté
La morale basée sur le respect profond et la valeur de la vie est un instrument de liberté, c’est un axe fort sur lequel s’appuyer pour prendre ses décisions au sein de sa conscience. Sans points de repères, il n’y a pas de liberté ; et sans point de vue, il n’y a pas d’échanges. Les points de repères proposés, par exemple, par le catéchisme de l’Église catholique ne peuvent être perçus qu’ainsi. Dès lors, ce n’est pas forcément une bonne idée que de proposer au couple de se référer au catéchisme de l’Église catholique. Si cette lecture n’est pas accompagnée, certaines phrases risquent d’apparaître dures, brutales ou incompréhensibles.

Vers une autre fécondité ?
Enfin, c’est dans la paix seulement que le discours sur une autre fécondité peut être entendu. Qu’on fasse appel ou non à la PMA, il y a de toute façon un saut à réaliser vers une autre fécondité. L’autre fécondité est vécue par des couples heureux. Le chemin de bonheur ne saurait être unique, et chaque couple doit trouver le sien, tout simplement, même si cela passe par des deuils.




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