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Itziar et Jérémie Grolleau /Haïti - Rapport de Mission

Le 1er novembre 2017

Après tant de mois de préparation nous y voilà. Le jour du départ est arrivé ! Début octobre, nous partons en famille pour Haïti, mettant en pause notre travail chez EDF et Enedis pour deux ans. Nous ne quittons pas le domaine de l’énergie puisque nous serons professeurs d’électricité et de formation humaine dans une école professionnelle à Port au Prince.

Nous avons déjà tant de chose à dire sur ce premier mois ici mais avant tout nous souhaitons vous remercier : Merci à chacun de nos parrains et donateurs sans qui ces missions ne seraient pas possibles. C’est avec vous que nous partons et nous sommes heureux de pouvoir à travers ces rapports vous donner de nos nouvelles, vous faire part de toutes ces rencontres et ces expériences. Merci à nos familles et amis qui nous ont aidés à organiser notre départ, ont participé à notre déménagement. Grâce à vous nous avons reçu l’aide et le soutien nécessaire pour que les soucis matériels n’en soient pas et nous permettent de partir sereinement. C’est une réussite encore merci !

Kouman vwayaj nou an ye ? Comment s’est passé notre voyage ?
Lundi 2 octobre : Jour du grand départ, un peu de stress et plein de questions matérielles sont encore là ! Comment va se passer notre arrivée, est ce que toutes nos valises vont être acceptées dans l’avion ? Est ce qu’elles arriveront toutes à destination ?
6h30 : Nous partons de Tours pour être à l’heure à Orly. Nous arrivons au comptoir la première valise fait 24kg au lieu de 23 ! Nous devons réorganiser toutes nos valises pour ne pas dépasser le poids. Cela se termine avec nos premières négociations de kg supplémentaires pour l’« unique » valise d’Anaïs qui n’a le droit qu’à un bagage de 10kg !
10h30 : Oufff tous les bagages sont enregistrés. On peut enfin commencer à se détendre.
Orly ce jour là est un chassé-croisé des volontaires Fidesco haïtiens, puisque Matthieu, volontaire en place depuis un an est rentré en France pour assister à l’accouchement de sa femme Typhaine venue le chercher avec Benoît. C’est l’occasion de se faire un petit coucou avant de se revoir plus tard à Port au Prince.
12h30 : Décollage de Paris avec une agréable surprise qui nous attendait au moment de l’embarquement : nous qui nous demandions comment Anaïs aller passer 8h sur nos genoux, nous avons eu le droit à un surclassement pour l’un de nous deux et un landau pour Anaïs !!! Ce qui nous a permis d’avoir un voyage de 8h très confortable. Encore une inquiétude des derniers jours qui s’envole !
18h30 (heure française 00:30) : Atterrissage à Port au Prince
Nous passons la douane assez rapidement avec des mots de bienvenue ce qui nous change d’autres destinations.
Nous avons été accueillis par Simon, volontaire Fidesco et directeur de l’école, Anna, une de ses filles, Steve, un ancien élève et Hervé le proviseur (censeur) de l’école.
Bagages chargés à l’arrière du pick-up avec Steve assis dessus histoire qu’on ne perde pas une de nos 10 valises, nous traversons Port au Prince et arrivons rapidement plus tard chez nous.

On nous parlait des fameux blocus (bouchons) de Port au Prince mais ce ne sera pas pour ce soir : en 15 minutes nous étions dans notre nouveau chez nous.

Premières découvertes
Ki kote nou rete ? Où habitez nous ?
Nous habitons dans le quartier de Canapé Vert – Sainte Marie, quartier relativement calme et verdoyant comparé à d’autres quartiers de Port au Prince. Notre maison est située en haut d’une belle côte qu’il nous faudra gravir chaque jour en rentrant du travail.

Au bord de la route, des marchands en tout genre et déjà quelques précieuses adresses : le vendeur d’eau traitée au milieu de la pente (voyons le galion à moitié plein, il aurait pu être tout en bas), le vendeur de bières ou coca frais tout en haut (pour récupérer d’avoir monté les fameux galions d’eau).
Kouman lakay nou ye ? Comment est notre maison ?

Nous vivons au rez de chaussée d’une maison avec une jolie cour donnant sur la baie de Port au Prince où Anaïs tente de faire ses premiers pas. La maison est bien équipée, nous disposons de l’électricité presque 24h/24, ce qui est un privilège ici, puisqu’un système de batterie prend le relais lorsque EDH (Electricité d’Haïti) n’alimente plus le quartier. Les batteries vieillissant, nous aurons l’occasion de faire notre premier TP de remplacement onduleur/batteries chez nous prochainement. Nous avons même la chance pour des volontaires d’une machine à laver qu’il nous a fallu réparer non sans mal avec une pièce commandée en France arrivée in extremis. Nous comprenons qu’il nous faudra développer des talents de réparateurs en tout genre durant notre mission.

Nous nous habituons bien à la chaleur plutôt supportable en cette période de l’année (23- 30°), ceci-dit la douche froide du soir est cependant indispensable. Pour cela, faut-il qu’il y ait de l’eau… l’absence de pluie durant plusieurs jours avait vidé notre réserve et la pompe s’en est retrouvée désamorcée.

Cette petite expérience nous fait nous rendre compte que si nous pouvons arriver à nous passer d’électricité, l’eau elle est bien indispensable. Il nous faudra ainsi être vigilant à bien allumer la pompe, qui ne fonctionne que lorsqu’il y a EDH, pour faire remonter l’eau dans le réservoir d’eau. Cela évite d’avoir à se laver avec un filet d’eau et faire quelques réserves si les coupures venaient à durer plusieurs jours…

Quant aux nuits, les fenêtres restant ouvertes en permanence nous nous habituons aux bruits ambiants en tout genre : musique jusqu’à minuit, aboiement en chorale de bas en haut du quartier des chiens vers une heure du matin, réveil plus que matinal des coqs à 3h du mat’, coucou d’Anaïs à 6h25 précises !

Bref c’est un nouveau rythme à prendre et il n’est pas rare de nous voir couchés dès 20 heures ces premières semaines.

Port au Prince
Ville de plus de 2 millions d’habitants de laquelle nous avons déjà pu percevoir la diversité des quartiers et la densité de population : des toits en tôles, des maisons non terminés ou non reconstruites depuis le tremblement de terre, entre les bidonvilles de Cité Soleil, Delmas, et le quartier des grands magasins et expatriés de Pétionville.

Ce premier mois nous aura permis de découvrir quelques quartiers de Port au Prince parfois malgré nous, ne maîtrisant pas encore le plan de la ville et les destinations des tap-tap (pick-up reconvertis en taxi bus de 15 personnes). Ceci nous a par exemple valu 2h30 pour faire un trajet de 10km avec 5 tap-tap. Nous avons été plus efficaces au retour 1h et 3 tap-tap !

Notre mission
Nou se pwofesor nan ekol sen Josef atizan
Nous découvrons l’école Saint Joseph l’artisan où nous allons travailler deux ans.
La rentrée n’a lieu que le 6 novembre mais déjà l’école et quelques anciens élèves s’activent pour préparer la graduation de la promo et la rentrée prochaine.

Nous qui pensions profiter du mois d’octobre pour prendre en mains nos cours nous sommes vite appelés à l’action par :

- La graduation de la promotion 2016-2017

Le samedi suivant notre arrivée a eu lieu la remise des diplômes des élèves de la précédente promotion. L’occasion de faire une belle fête « à l’américaine » mais dans des moyens plus raisonnables. Cette journée fut marquée par une eucharistie et une homélie poignante sur l’honnêteté et l’objectif pour les étudiants de faire le bonheur des gens autours d’eux avant de penser à faire de l’argent. Un rappel avec le leitmotiv de l’école : honnête et compétent, deux attitudes pouvant manquer dans le pays. C’était l’occasion pour les élèves aussi de montrer leurs autres talents par la démonstration de danse, de slam et de chant.

- Une nouvelle formation solaire avancée à monter pour répondre à un appel d’offre
Damien, le précèdent professeur d’électricité, ne manquait pas d’idées pour enrichir la formation et l’une d’entre elles était de monter une formation solaire avancée pouvant aborder micro-grid, installations solaires raccordée aux réseaux électrique), mini grid, installations solaires raccordées entre elles (petit clin d’oeil à mes collègues que j’ai laissé là dessus chez Enedis), moyenne tension en solaire, l’éolien…

En parallèle, il avait entamé la réponse à un appel d’offre de US Aid visant justement à monter de nouvelles formations en lien direct avec les besoins novateurs d’entreprises locales.

À peine débarqués, nous reprenons le flambeau et la réponse à cet appel d’offre en rencontrant les entreprises du secteur pour leur expliquer notre volonté de construire avec eux cette nouvelle formation qui ne pourra marcher que si nous nous associons avec leur compétence, de la mise à disposition de matériel…

L’école Saint-Joseph-l’Artisan
Fin 2010, la communauté de l’Emmanuel (Association de fidèles catholiques à l’origine de Fidesco), décide d’utiliser les dons reçus pour la reconstruction d’Haïti pour bâtir une école professionnelle.

Celle-ci permettra de former les futurs techniciens dont manque terriblement le pays et ainsi d’encourager une reconstruction durable du pays par les Haïtiens eux-mêmes. L’école Professionnelle Saint-Joseph-l’Artisan (EPSJA) ouvre en janvier 2012 et une trentaine d’élèves débutent leur formation (un an, niveau CAP environ).

Aujourd’hui 4 filières sont proposées : électricité, réfrigération, plomberie et bureautique/dépannage informatique avec une formation éthique, humaine et communication pour tous.

Quelques rencontres, devis et échanges plus tard nous bouclons le dossier et la réponse ne se fait pas attendre : nous avons eu l’accord de l’US Aid et un financement pour ces nouvelles formations qui seront faites dans l’année 2018, a été accordé. Un gros chantier qui nous attend…

- L’examen de rentrée

1h30 de math, 45 min de français … à vos crayons (en supposant qu’ils aient bien été apportés…). 150 élèves se sont préinscrits, il faudra en retenir une vingtaine par filière. Ces examens permettent de voir si les élèves maîtrisent à minima certaines bases. Une dissertation leur permettait de présenter leur motivation et ce qu’ils attendaient de la formation.

Après la correction de ces copies, les résultats ne seront pas exceptionnels mais permettent avant les entretiens de sélectionner ceux qui auront la capacité de suivre. Ce ne fut pas un exercice facile par rapport à la pédagogie enseignée ici ; les cours de soutien en math seront à reconduire pour une majorité…

Beaucoup d’expressions écrites sont très caricaturales et nous font réaliser la différence d’enseignement entre nos pays.

Quelques extraits du plus classique au plus lyrique :
- L’électricité c’est ma passion parce que je l’ai dans la peau :

- J’ai choisi cette option tout espérant d’être utile, servir mon pays, travailler avec des personnes dévouées, subvenir aux besoins des hôtels, des hôpitaux, maisons… J’attends une formation qui monte sur une échelle de 10, une formation sans réserves, une formation qui me ferait dire : je suis doué pour ce métier parce que j’ai bien appris. J’attends une formation explicite, ouverte, basée sur le respect, la solidarité, la confiance.
- Les entretiens

Pourquoi avez vous choisi une formation en électricité ? Parce que je l’aime…. C’est mon rêve depuis mon enfance…

À ces premières réponses souvent identiques, il nous a fallu creuser avec Martino et Hervé les motivations des élèves pour comprendre les raisons qui les poussaient à choisir cette formation, est ce que celle-ci était adaptée pour eux ? Est ce qu’ils avaient déjà quelques connaissances en électricité ?

Beaucoup font le choix d’une formation professionnelle tout en espérant rentrer dans une université d’état le jour où ils en auront les moyens. Beaucoup rêvent encore de devenir médecin, comptable, ingénieur…

D’autres veulent additionner les compétences pensant être ainsi plus crédibles devant les autres comme le fait penser la mentalité haïtienne. Hervé prend le temps de leur expliquer à chacun qu’il leur vaut mieux devenir un très bon technicien qu’un « théoricien » dans chaque corps de métier qui ne pratique pas.

Un point commun, ces jeunes souhaitaient se prendre en main pour trouver un travail, aider Haïti et leur famille.

Beaucoup d’ailleurs sont orphelins ou n’ont plus qu’un seul de leurs parents et sont responsables de leur fratrie.

Une trentaine d’entretiens plus tard nous avons identifié notre classe de 21 jeunes avec cerise sur le gâteau, trois filles et 14 sur toute la promo de 83. En Haïti aussi la technique se féminise !

Enfin cela peut être surprenant pour des français pour qui cette question est souvent taboue mais la religion est mise sur table. EPSJA se présente comme école catholique avec le souhait d’accueillir tout le monde où qu’il soit dans sa foi et sa religion mais en demandant qu’ils aient à coeur de participer et animer les activités proposées dans ce cadre qui font partie intégrante du programme de l’école.

- Découverte de l’école et du matériel

Nos élèves arrivant dans 1 mois, il est temps également pour nous de prendre possession de notre labo. Nous commençons par un inventaire pour à la fois faire un état des lieux mais aussi découvrir le matériel disponible que nous avons à l’école.

Nous faisons nos premiers (court)-circuits en 110V. Il faut dire que le système américain diffère de notre système européen avec beaucoup de parties métalliques et autant de risques si un fil touche la carcasse de l’interrupteur ou d’un boîtier. De nouvelles techniques à prendre en main pour les enseigner aux élèves.

Préparation des deux jours d’intégration
Simon le directeur de l’école nous a demandé de prendre en charge la préparation des deux jours d’intégration qui auront lieu le 6 et 7 novembre. Nous avons ressorti nos casquettes (chapeaux de pirates de caraïbes) d’anciens animateurs et nous avons préparé des jeux et autres activités pour permettre aux élèves de mieux se connaître et faire promotion. Nous vous en dirons plus dans le prochain rapport de mission.

Un mois et des premières rencontres
Martino
Responsable de l’orientation et du placement des élèves. Ses missions au service de l’école sont notamment de travailler sur le lien de l’école avec les entreprises.
Hervé
Censeur (Proviseur) de l’école. Il fait partie depuis le début de l’aventure de l’école. Et c’est également l’homme à tout faire de l’école… et pour nous : réparation, achat de matériel… et surtout conseil aux élèves.
Padre Jorge
Rencontre hispanique avec Jorge père jésuite et ami de la famille d’Itziar, en mission en Haïti pour 3 ans et expert… en énergie et télécommunication…

Kouman tifi ou ye ? Comment va votre petite fille ?
Anaïs se fait très bien à la chaleur (elle a quand même du sang espagnol dans les veines…). Par contre elle doit s’habituer à avoir une moustiquaire sur son lit à barreau ce qui ne facilite pas les couchers. Un peu trop jeune pour lui faire le coup du lit de princesse…

Ce premier mois a été celui de la découverte de Marie-Laurence, sa nounou. C’est un nouveau rythme à apprendre car malgré nos consignes, les siestes et les repas ne sont plus comme avec maman… par exemple le poulet est proposé à l’heure du goûter au lieu de l’être avec la purée de 10h. Là aussi il faut apprendre à lâcher prise et ne pas vouloir tout maîtriser. Anaïs a l’air heureuse de ces journées quand nous la retrouvons et les premiers pas arrivent.
Dès que nous sortons, c’est la mascotte dans le quartier et elle se retrouve entourée de pleins d’enfants pour jouer avec elle, la faire marcher et elle ne demande que ça.

Conclusion
Ce premier mois fut riche par nos découvertes et en premières rencontres. Ce qui nous aura marqué le plus a été de voir la graduation de l’ancienne promotion avec des jeunes faisant unité, paraissant sûrs d’eux avec une grande joie d’être ensemble. Cela contraste avec les hésitations et le conformisme vu lors des entretiens et nous fait nous rendre compte du beau chemin qui a été parcouru l’année dernière et du travail que nous aurons à faire. Nous avons désormais hâte de rencontrer nos élèves, de les découvrir et de se mettre en route avec eux dans notre mission, certes en leur enseignant l’électricité mais aussi en les aidant dans leur parcours d’adulte à prendre confiance en eux… Nous avons hâte de vous conter tout ça dans notre prochain rapport de mission ! D’ici là merci pour vos messages, nous continuons à nous confier à vos pensées et prières. Nous avons besoin de vous !

BayBay !

- Télécharger le rapport de mission d’Itziar et Jérémie


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