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Le Figaro - Mgr d’Ornellas : « Que le gouvernement affirme son opposition à l’euthanasie »

INTERVIEW - L’archevêque de Rennes s’inquiète de possibles dérives après le vote de la future loi sur la fin de vie.

Alors que l’Assemblée nationale débat jeudi d’une proposition de loi sur l’euthanasie présentée par la députée écologiste Véronique Massonneau, Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et en charge de questions éthiques pour l’épiscopat, revient sur l’enjeu de cette question de société.

LE FIGARO. Beaucoup estiment que la révision de la loi sur la fin de vie est un cheval de Troie en vue de l’euthanasie explicite, comme la proposition de loi examinée jeudi à l’Assemblée l’indique : est-ce là une juste préoccupation ou un mauvais procès ?

Mgr Pierre D’ORNELLAS. - C’est le grand risque ! À l’Assemblée, lors du débat de la semaine dernière, on a entendu la question : « Une étape vers quoi ? » Beaucoup attendent du premier ministre qu’il affirme avec clarté que le gouvernement est opposé à l’euthanasie et au suicide médicalement assisté. Un tel propos, comme celui contre la GPA, apaiserait la société ! Nombreux sont ceux qui savent que l’euthanasie est une « violence médicale ». C’est toujours une mauvaise réponse à des détresses rencontrées. La veille du débat à l’Assemblée sur la fin de vie, la semaine dernière, vous avez publié une déclaration invitantles députés à « ne pas prendre le problème à l’envers ». Mais comment prendre le problème de la fin de vie à l’endroit ? En faisant ce que les rapports réclament unanimement et ce que MM. Claeys et Leonetti demandent : développer la culture palliative. Y former tout le personnel soignant, étendre l’accès aux soins palliatifs, la faire connaître du grand public, financer le temps nécessaire à la relation avec le patient, rééquilibrer les dépenses entre le curatif (parfois inutile) et le palliatif (toujours nécessaire). Voilà l’endroit ! Si la future loi de santé répond à cette demande massive et constante, alors il sera temps de réfléchir à une éventuelle modification de la loi Leonetti. Ne mettons pas la charrue devant les bœufs !

Mais quelle est, au fond, votre préoccupation majeure face à cette modification législative ?
Une méprise sur l’art médical et sa déontologie… Au lieu de former le personnel soignant, de lui donner les moyens de soigner, on voudrait remplacer, pour certaines situations, le jugement du médecin par un droit qui systématise une prescription médicale. Face à un droit, le médecin ne peut que se soumettre. Bien sûr que la loi doit encadrer le jugement médical comme le fruit d’un processus collégial. Mais loin d’être systématique, ce jugement est au cas par cas. Il serait grave que le législateur remplace le médecin ! Si je devais résumer ma position d’un mot, ce serait celui de « fraternité » ! La fraternité est toujours pour la vie… Grâce, notamment à la compétence médicale, aux recommandations de « bonnes pratiques », au refus de l’obstination déraisonnable, à l’art de l’accompagnement qui respecte la volonté de la personne et lui permet de vivre le plus sereinement possible sa fin de vie.

Êtes-vous toujours aussi inquiet après le débat de mercredi dernier ?
Commençons par ce qui me rassure : lors de ce débat parlementaire s’est exprimé un consensus sur la priorité de la culture palliative face à l’injustice criante de l’inégalité d’accès aux soins palliatifs. En revanche, on ne peut à la fois réclamer l’extension de la culture palliative et établir un droit qui lui coupe l’herbe sous le pied pour certains cas. Ce droit risque de stériliser ce qui est au cœur de l’accompagnement : le dialogue de confiance entre le patient et son médecin. Je crains aussi que l’on idéalise les directives anticipées laissées par le malade. Mettre au centre le patient, c’est bien. Mais cela conduit à établir les conditions pour que sa liberté soit vraiment écoutée jusqu’au bout, dans ses expressions ambivalentes et fluctuantes. Évitons donc le risque d’une nouvelle injustice en enfermant le patient dans une formulation ancienne de sa volonté !
« L’homme est libre et responsable, lorsqu’il sait vraiment ce qu’il veut. Vouloir faire mourir son frère en humanité est indigne, depuis toujours. »

Mgr Pierre d’Ornellas, Votre insistance sur la culture des « soins palliatifs » n’est-elle pas une façon de vous débarrasser de la complexité de la problématique de la fin de vie, où, à un moment, on doit finalement trancher sur l’arrêt d’un traitement ? L’Église ne veut pas prendre cette responsabilité ?
Les professionnels de soins palliatifs - parmi eux, des catholiques - s’affrontent chaque jour à cette complexité. J’ai d’ailleurs regretté que ni M. Valls ni Mme Touraine ne leur aient rendu hommage à l’Assemblée. Mais votre question me surprend. Il y a longtemps que l’Église a réfléchi sur l’arrêt de traitements jugés disproportionnés et sur la poursuite de soins : dès le XVIe siècle !

Mais en se focalisant sur la sédation profonde, cette réforme contribue tout de même aux soins palliatifs ?
Oui, mais à condition que le médecin puisse clarifier et formuler l’objectif qu’il poursuit, son « intention » : soulager la souffrance, au risque d’un effet secondaire non voulu qui serait d’abréger la vie. Le principe du « double effet » est important. Il est pluriséculaire ! Ce n’est pas hypocrite. L’homme est libre et responsable, lorsqu’il sait vraiment ce qu’il veut. Vouloir faire mourir son frère en humanité est indigne, depuis toujours. Caïn n’a jamais été un modèle ! Cela demeure vrai avec les progrès de la médecine, d’autant plus que les demandes de mourir cessent habituellement avec les soins palliatifs. Choisir de les développer, c’est opter pour la médecine faite avec humanité, c’est contribuer à la confiance chez tous ! Beaucoup craignent que la proposition de loi Claeys-Leonetti ne s’inscrive pas dans le cadre éthique des soins palliatifs.

Vous avez créé un blog sur la fin de vie : pourquoi l’Église catholique s’investit-elle à ce point ? Est-ce du lobbying, et ne sort-elle pas de son rôle, la place étant aux médecins, aux éthiciens, aux politiques ?
Allons bon ! Les croyants en Dieu, qui est amour, ne seraient donc pas capables de paroles constructives de sagesse et de raison, quand il est question de vie, de mort, d’amour du vulnérable, de fraternité ? Soyons sérieux ! Sainte Jeanne Jugan, en Bretagne au XIXe, n’a pas attendu la loi républicaine pour accompagner des personnes pauvres en fin de vie. Sa foi chrétienne l’a fait agir. Elle a promu le respect de la vie, qui est une valeur républicaine.


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