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Session des chefs d’établissements catholiques du 92 - Rome

L’appel

Pour entendre un appel, il faut un émetteur. La Bible nous présente dès le commencement un Dieu qui parle. Sa Parole n’est pas circonscrite comme pour l’homme à une émission de vibrations vocales qui diffusent un son. Sa Parole est la totale expression de son être, ce qui est en lui et qui sort de lui. Pour trouver une analogie dans nos catégories humaines, elle est à la fois sa pensée, son message et son action.

Sa Parole est effectrice. Dieu dit : « Que la lumière soit » et la lumière fut (Gn 1, 3). Et il en fut ainsi du déploiement de toute la Création jusqu’à l’homme. Cette Parole est appelée Logos par Saint Jean. Ce Verbe, selon la traduction classique, est éternellement présent en Dieu : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu » (Jn 1, 1). C’est bien par le Verbe que Dieu exprime son être, son vouloir et son agir : « Tout fut par lui (le Verbe) et sans lui rien ne fut » (Jn 1, 3). Enfin cette Parole est l’expression parfaite et totale de Dieu : « Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils Unique-Engendré, le Verbe, qui est dans le sein du Père, lui l’a fait connaître » (Jn 1, 18). Dieu est inaccessible à l’expérience humaine puisqu’il n’appartient pas à l’univers matériel, à l’espace et au temps. C’est pourquoi le Verbe s’est fait chair et l’expression de Dieu nous devient accessible expérimentalement : « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché c’est le Verbe de vie » (1 Jn 1, 1). C’est aussi ce qu’affirme saint Paul : « Il est l’image du Dieu invisible » (Col 1, 15).

Si l’on s’en tient à l’étymologie latine, éduquer c’est l’action de « guider hors de ». Il s’agit donc de « conduire hors de l’enfance », cet état qui caractérise le non-parlant (infans). Cela signifie : développer, faire produire.
Le rôle d’un éducateur n’est pas seulement de faire grandir mais aussi de construire une parole, non pas seulement un langage articulé, mais une parole au sens du logos grec : une construction cohérente de la pensée, de la parole et de l’agir.

Quand Dieu parle aux hommes, il appelle :

Mais avant que le Verbe se manifeste directement aux hommes par sa présence au monde, Dieu a parlé, soit par l’intermédiaire de messagers (ange ou prophète) qui parlent en son nom, soit il fait directement entendre sa voix par une modalité particulière. Dans ce cas sa parole est un appel.

Dieu dit à Abram : « Abraham, Abraham ! » (Gn 22, 1).
Dieu appela Moïse du milieu du buisson : « Moïse, Moïse ».
Le Seigneur appela : « Samuel, Samuel » (1 S 3, 4).
La Parole de Dieu fut adressée à Elie en ces termes « Va-t’en d’ici dirige-toi vers l’Orient » (1 R 17, 2).
Le prophète Isaïe écrit : « J’entendis la voix du Seigneur qui disait : Qui enverrai-je ? Qui ira pour nous ? » (Is 6, 8).
Jérémie de son côté rapporte : « La Parole de Dieu me fut adressée en ces termes » (Jr 1, 4).
Ezéchiel fit une semblable expérience : « J’entendis la voix de quelqu’un qui me parlait. Il me dit : « Fils d’homme, tiens-toi debout, je vais te parler » (Ez 2, 1).

Jésus lui-même multiplie les appels :
Les premiers disciples Pierre, André, Jacques et Jean (Mt 4, 18-22).
Les Douze dans l’évangile selon Saint Marc (Mc 3, 13) : « Il gravit la montagne et il appelle à lui ceux qu’il voulait et il en institua Douze ».
Le jeune homme riche (Mt 19, 21).
Également sur le chemin qui le mène à Jérusalem (Luc 9, 57-62).

L’appel est personnel

Chacun est appelé par son nom. La vocation (du latin vocare qui veut dire appeler) est en vue d’une mission. C’est ainsi que Dieu peut donner un nom différent pour signifier plus précisément la mission que révèle cette vocation, cet appel. Les deux exemples les plus connus sont Abram qui deviendra Abraham (Père d’un grand nombre de peuples) et Simon, fils de Yonas qui deviendra Pierre (« pierre » sur laquelle le Christ bâtira son Église).

Il est une remarque intéressante pour notre sujet. Dieu appelle une personne par son nom mais il n’appelle pas quelqu’un en raison de sa fonction, même sacrée. C’est ainsi que dans l’Ancien Testament les rois et les prêtres (du sacerdoce lévitique) ne sont pas appelés. Ils ont été désignés par Dieu au départ, comme David ou Aaron. Puis leurs successeurs remplissent une fonction mais pas une mission nouvelle.

Classiquement, on décrit trois aspects de la transmission des savoirs : le savoir, le savoir-faire, le savoir être.

Le savoir : il s’appuie sur la mémoire et l’élaboration des connaissances intellectuelles. Les moyens pédagogiques seront l’observation, la lecture, l’écriture, les mathématiques, etc.

Le savoir-faire : concerne les compétences pratiques comme la musique, le sport, la pratique d’une activité ou d’un apprentissage nécessitant l’acquisition de compétences.

Le savoir-être : viendrait de la capacité à produire des comportements adaptés à la société humaine, un ensemble de valeurs considérées comme la référence ultime de l’humanité. Elle peut concerner des domaines très variés comme l’hygiène, l’empathie, contrôle de soi, respect, entraide, la gestion des conflits, la recherche de raisons de vivre, le sens de l’existence.

Bien sûr, les trois aspects sont présents au sein des établissements catholiques. Cependant, la valeur ajoutée particulière tient dans la construction d’un savoir être. La fonction nécessite un savoir-faire. Ce savoir-faire indispensable au bon fonctionnement de la société n’implique pas une relation particulière mais une compétence. En revanche, un savoir être qualifie la personne, c’est-à-dire la capacité d’entraîner dans une relation interpersonnelle. C’est tout particulièrement vrai quand on parle de religion. Religere signifie relire, c’est-à-dire produire des rituels. Grégoire le grand définit la religion comme venant de religare, c’est-à-dire relier. Il s’agit donc de lier le transcendant et l’immanent, le ciel et la terre, Dieu et les hommes. La religion permet de construire une relation personnelle entre Dieu et l’humanité, ce que la bible appel l’alliance. C’est votre charge pastorale spécifique que de permettre à un jeune d’établir cette relation qui va le construire et lui donner une humanité qui correspond à un amour infini de Dieu.

L’envoi

« Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » Cette parole de Jésus s’adresse aux apôtres. Par là même, elle s’adresse à leurs successeurs, les évêques. C’est d’abord eux qui sont envoyés. C’est aussi eux qui envoient. Dans les Actes des Apôtres, Pierre accomplit sa mission de faire comprendre les Ecritures par le don de l’Esprit Saint qu’il a reçu le jour de la pentecôte et à la lumière de la mort et la résurrection du seigneur Jésus-Christ. C’est ainsi qu’il commente le livre de Joël au chapitre 3, le psaume 15 et le psaume 11 (Ac 2, 14-28). Puisque vous êtes responsable de la pastorale dans vos établissements, vous devez rendre raison à évêque de votre interprétation de la parole de dieu qui vous est confiée pour la porter à ces jeunes dont vous avez la charge. Seriez-vous plus diplômés que l’évêque et plus intelligent que lui, ce qui ne fait aucun doute, relativement à la Parole de Dieu et à son interprétation, vous devez accepter dans la foi que l’évêque ait le dernier mot. À partir de ce même livre des actes des apôtres, on voit saint Paul fonder les premières communautés chrétiennes : « dans les villes où ils passaient, ils transmettaient, en recommandant de les observer, les décrets portés par les apôtres et les anciens de Jérusalem. Ainsi les églises s’affermissaient dans la foi et croissaient en nombre de jour en jour » (actes 16, 4-5). Toute communauté d’église, même éducative, est toujours sous la responsabilité de l’évêque qui délègue selon le principe de subsidiarité cette responsabilité aux chefs d’établissements.

La réponse à l’appel de Dieu

Dieu attend une réponse, une adhésion consciente dans la foi, la confiance et l’obéissance. La réponse est parfois immédiate et généreuse. Elle s’exprime par « me voici ». Il en est ainsi pour Abraham (Gn 12, 4), Samuel (1 S 3, 5), Isaïe (Is 6, 8). Quelquefois, elle emprunte des chemins plus complexes qui manifestent les interrogations humaines devant l’immensité et la difficulté de la tâche assignée par Dieu. Par exemple, Moïse, qui après avoir répondu « me voici » à l’appel de son nom, va entrer dans un dialogue dubitatif avec Dieu sur le bien-fondé de sa mission. Il en sera de même avec le prophète Jérémie qui, lui aussi, cherchera à se dérober. Car l’appel personnel est adressé à la conscience la plus profonde de l’individu qui comprend que cela va bouleverser son existence. Dans le Nouveau Testament, c’est le cas de la Vierge Marie qui posera une question à l’ange Gabriel en vue d’une adhésion immédiate et totale à la volonté de Dieu : « Voici la servante du Seigneur » (Lc 1, 38).

Jésus appellera à le suivre en se chargeant de sa croix, en se reniant soi-même (Mt 16, 24s). C’est toute la question de perdre sa vie pour la sauver. Perdre sa vie signifie ici, ne pas la garder pour soi. C’est la clef de l’amour quand il nous ajuste à Dieu : « Pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13).

La réponse donnée à l’appel de Dieu est toujours un engagement par amour de la liberté. Après avoir répondu personnellement par un acte libre, votre première mission sera d’éduquer les jeunes qui vous sont confiés à la liberté.

Une éducation à la liberté consiste à valoriser la personnalité et le talent de chacun, sachant aussi qu’il fait partie d’une société plus large qui comprend des générations et des personnes aux situations sociales différentes. Éduquer à la différence, c’est aider l’enfant à sortir du monde fusionnel et illusoire qu’il cherche à reconstituer depuis sa naissance. La différence fait peur naturellement. C’est pourtant elle qui enrichit la personnalité car chacun se construit à partir des relations qu’il est capable de nouer avec autrui.

Une libération par les interdits ?

Un enfant n’est pas musicien à sa naissance. C’est parce qu’il va faire des gammes qu’il va libérer son talent. Si on le comprend bien au niveau artistique ou sportif, il faut aussi l’entendre pour tout ce qui concerne l’humanisation de la vie de ce petit. Le début de l’éducation consiste souvent à subir des normes souvent fastidieuses qu’il faut ensuite intérioriser pour pourvoir les vivre enfin dans la liberté. Car l’être humain n’est jamais achevé. C’est ce qui explique dans les différentes civilisations la mise en place des interdits. Le rejet par principe des interdits nous amène à ne plus percevoir leur aspect structurant et libérant.

Le but de l’interdit est de sécuriser l’enfant ou le jeune. Pour être sécurisés, les jeunes, spécialement ceux qui sont en difficultés, ont un grand besoin de pouvoir se confronter à des adultes qui ne les craignent pas, qui savent s’opposer et qui n’acceptent pas sans réagir la transgression de la loi.

Et les interdits religieux ?

Judith Butler, très connue pour être la fondatrice de la théorie du genre si décriée à juste titre dans les écoles catholiques, affirme que la religion fonctionne comme une matrice essentielle pour l’articulation des valeurs. Qu’elle « n’est pas simplement un ensemble de croyances ou d’opinions dogmatiques, mais une matrice pour la formation du sujet, dont la forme finale n’est pas déterminée à l’avance ». Dans le cadre d’un savoir-faire, la religion peut être source de créativité de la pensée humaine avant d’être un prêt à penser qui dispensera de toute réflexion critique.

Les normes qui régissent la société ou la religion sont au service de la formation de la personne en vue de sa libération car les interdits posés ne sont pas coercitifs mais les gammes formatrices d’un comportement social plus élaboré.<p<

Dieu appelle pour une mission de salut

L’appel personnel de Dieu s’accompagne toujours d’un envoi.

Pour Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t’indiquerai » (Gn 12, 1).
Moïse : « Maintenant va, je t’envoie auprès de Pharaon ».
Au prophète Elie : « Va, reprends ton chemin par le désert jusqu’à Damas » (1 R 19, 15).

Il en sera de même pour les prophètes Amos, Isaïe, Jérémie et Ezéchiel.
Car ils sont appelés pour une œuvre de salut, le salut de Dieu.

De même, chaque fois que Jésus entre dans une maison, c’est pour sauver ce qui était perdu. Quand il entre chez les pécheurs Matthieu ou Zachée, c’est pour qu’ils retrouvent la joie du salut. Il pénètre chez Simon-Pierre pour guérir sa belle-mère, chez Jaïre pour ressusciter sa petite fille et vers la maison du centurion pour guérir son serviteur qui est à toute extrémité.

Cela nous montre la volonté de Dieu sur l’humanité comme l’affirme Saint Paul quand il écrit à Tite (Ti 2, 4) : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés ». Le Christ est venu « donner sa vie en rançon pour une multitude » (Mt 20, 28). Quand il institue l’eucharistie au cours du dernier repas, il dit en prenant la coupe : « Buvez-en tous ; car ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui va être répandu pour une multitude en rémission des péchés » (Mt 26, 27-28).
C’est ce qu’avait annoncé le prophète Isaïe : « mon serviteur justifiera des multitudes » (Is 53, 11).

Le salut est universel. Si tous y sont conviés, chacun est appelé personnellement au salut et doit répondre personnellement. Comme l’affirme Saint Augustin dans son commentaire sur Saint Jean : « Dieu qui t’a créé sans toi, ne te sauvera pas sans toi ». Cette réponse n’est pas seulement une adhésion de l’intelligence, un acquiescement, mais nécessite un changement de vie qui se conforme à cet appel, à cette vocation.

Quelle est-elle ? « Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance : en l’appelant à l’existence par amour, il l’a appelé en même temps à l’amour » Jean-Paul II (Familiaris consortio). Cet amour est diffusif de soi. Celui qui l’a découvert et y a répondu, ne peut pas le garder pour soi. Il ressent la nécessité impérieuse de le faire connaître, de le diffuser : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’évangile » (1 Co 9, 16).

La vocation, l’appel à entrer dans la communion d’amour trinitaire implique la mission. Être missionné, c’est être envoyé comme le Christ a envoyé ses apôtres.

Mars 2015




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