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Au coeur des Goums


En ces mois d’été, nous cherchons tous le meilleur moyen de passer de bonnes vacances. A rebours du consumérisme ambiant, certains jeunes font le choix original d’une semaine d’une simplicité radicale en partant faire un « goum ». Fondés en 1969 par Michel Menu, grande figure du scoutisme, les goums ont rassemblé plus de 15 000 personnes jusqu’à aujourd’hui. Découvrons les goums, et partons à la rencontre de Michel Menu, avec le Père Cédric de La Serre, prêtre de notre diocèse qui a récemment publié dans la collection « Prier 15 jours avec », un livre sur Michel Menu et sa spiritualité.

· Pourquoi avoir écrit un livre sur Michel Menu ?

J’ai connu le nom de Michel Menu, d’abord dans le cadre des raids Goums auxquels j’ai participé, puis, un peu, dans le monde scout : c’est un nom qui revenait souvent, exprimé avec respect et je sentais qu’il portait avec lui un regard sur le monde, sur la vie et sur la jeunesse qui devait être particulièrement pertinent, mais que je n’ai longtemps pas cherché à creuser.

Il y a dix-huit mois, les organisateurs des Goums m’ont demandé une conférence dans le cadre de la formation de leurs responsables, et c’est alors que je me suis réellement plongé dans les écrits, la vie, la pensée et la spiritualité de Michel Menu.

J’y ai découvert un homme d’une actualité étonnante, mais plus très accessible : lui-même est décédé en 2015, et la grande majorité de ses écrits, anciens, ne sont plus diffusés. J’ai donc eu le désir de le faire connaître, de manière très simple, très accessible, au travers d’un tout petit livre, dans une collection très grand public.

· Pouvez-vous nous rappeler quelle est l’origine des goums ainsi que leur(s) principe(s) ?

Michel Menu a eu l’intuition des Goums en 1969, après plusieurs années d’un grand engagement dans le scoutisme et d’une profonde réflexion psychologique, philosophique et pédagogique sur la jeunesse. Toujours, il a côtoyé les jeunes et a été reconnu comme une grande figure d’éducateur.

En 1969, il a fait le constat d’une jeunesse un peu perdue quant à elle-même, sa vie, son bien, et qui ne savait plus sur quoi fonder l’espérance qu’elle était en droit de nourrir. Il vit alors que la société de consommation, matérialiste et hédoniste, mais aussi nihiliste, qui se déployait dans ces années ne répondait pas à leurs attentes. Il a donc eu le projet de leur proposer quelque chose de simple et bref - une semaine - mais marquant et libérant, permettant ensuite de revenir dans la vie mieux armé pour avancer en homme droit et solide. Son idée, ce fut de proposer une semaine de marche dans un désert, dans un esprit de grand dépouillement (en laissant au point de départ argent, papiers, téléphone, ordinateur, montre…, en portant tout son bivouac sur soi, ce qui implique que l’on dorme à la belle étoile, et en se nourrissant de manière frugale, essentiellement d’un kilo de riz pour la semaine, par deux repas dans la journée).

Depuis l’origine, cette marche se fait en groupe, dans un climat de fraternité simple et sans artifice et dans un esprit de grande liberté. Un prêtre - on dit un Padre - accompagne toujours la marche : on commence la journée par une heure de méditation puis par la Messe dans la nature, et ce padre se met au service de la vie spirituelle des marcheurs, quelle que soit celle-ci.





· « Largue tout ! » « Fais toute ta part » ou encore « Offre-toi par Amour », « Emerveille-toi devant la Création »… tels sont quelques titres de chapitre de votre ouvrage. Quelle est la spécificité de la spiritualité des goums ?
La spiritualité des Goums est riche. Elle est fondée sur plusieurs piliers qui s’articulent et se hiérarchisent différemment selon les personnes :
- Une spiritualité de la contemplation : les Goums ont toujours à cœur de marcher et de bivouaquer dans des endroits qui sont magnifiques, avec des paysages grandioses. Cela allié au temps long de la marche au long cours est un bon outil pour découvrir, par la beauté de la Création, la bonté du créateur.
- Une spiritualité de l’effort et du concret : dans la marche au long cours, on est confronté, par l’effort physique, à son corps, son incarnation. Cela aide à redécouvrir que notre vie chrétienne n’est pas une spiritualité éthérée ou hors sol, mais qu’elle est bien concrète et assume tout le réel de notre vie et de notre personne.
- Une spiritualité de la fraternité : si l’on marche à son rythme, un goum est cependant toujours vécu en groupe. Un groupe dans lequel le port d’un habit commun et le silence sur la profession de chacun des marcheurs participent d’une cohésion et d’une ouverture de cœur en vérité.
- Une spiritualité de la frugalité : en laissant au point de départ tout l’accessoire - dont on pense souvent à tort qu’il est indispensable - en mangeant de manière très simple, en bivouaquant à la belle étoile, on découvre une liberté nouvelle, celle des pauvres, et on pense en creux à la rencontre de Jésus avec le jeune homme riche : oui, vraiment, nos biens nous brident trop souvent dans notre avancée vers le Seigneur.

· Les goums sont-ils toujours d’actualité ? Que peuvent-ils nous apporter encore aujourd’hui ?
Les raids Goums sont plus que jamais d’actualité ! Combien d’entre nous souffrent de leur addiction aux écrans ? Combien pleurent la déshumanisation de nos sociétés urbaines et techniques ? Combien ne savent pas - drame contemporain effroyable, ! - quel sens donner à leur vie, quelle direction prendre pour "vivre à pleine puissance" ! A tous ceux-là - et ce ne sont pas que des jeunes, un Goum est une expérience de vie authentique, une expérience de libération et de croissance !

Prier 15 jours avec Michel Menu (n°230)
par Cédric de la Serre et Isabelle Talvande
Edition Nouvelle Cité