Chanter au caté


Comment chanter avec les enfants ?

Interview d’Anne Lebrun et Véronique Boulard,
chantres et catéchistes engagées en paroisse

Anne, vous avez intégré l’équipe diocésaine de catéchisme après avoir été responsable du catéchisme à la paroisse Sainte-Bernadette de Chaville, où vous avez expérimenté l’usage du chant pour le catéchisme. Comment le chant peut-il soutenir la catéchèse ?

Anne Lebrun : Le chant aide à être présent avec son corps. Lorsque des enfants entrent en séance de catéchisme, il est nécessaire de créer les conditions pour qu’ils soient bien là, qu’ils fassent corps, qu’ils fassent équipe. Le chant leur permet d’abord de se retrouver eux-mêmes, puis d’être ensemble, de s’accorder les uns aux autres : quand on chante, on s’écoute les uns les autres. Je l’ai expérimenté plusieurs fois : au début, c’est une belle cacophonie ; et puis peu à peu les voix s’accordent et on avance sur un chemin d’unité.

Ces chants que vous faites chanter aux enfants ce sont ceux qu’ils chantent à la messe du dimanche ?

AL : Oui ! Les chants font le lien entre l’équipe caté et la grande assemblée dominicale. Lorsque les enfants ont appris un chant au caté, ils sont tout heureux de pouvoir le chanter à la messe le dimanche. Et l’assemblée peut aussi accueillir les enfants s’ils chantent avec entrain un chant qu’ils aiment..

Les catéchistes sont souvent réticents pour faire chanter les enfants : il faut savoir les chants et savoir les apprendre aux enfants. Comment vous y prenez-vous ?

AL : En se jetant à l’eau. On peut se servir d’aides nombreuses : tous chants ou presque sont disponibles sur YouTube ou autres. Et on peut demander de l’aide aux équipes d’animateurs. À Chaville nous avons expérimenté des « ateliers de la messe » : les acteurs de la messe – servants, animateurs liturgiques, fleurs, prêtres - rencontrent les enfants et leur expliquent le sens de leur action : ainsi les servants présentent les objets liturgiques et expliquent leur utilité aux enfants. Les chantres-animateurs font la connaissance des enfants et chantent avec eux.

Le chant peut-il être au service de la Parole ?

AL : C’est même son principal rôle ! Il permet une mémorisation de la Parole de Dieu. Il la rend encore plus vivante en la faisant pénétrer dans les cœurs pour qu’elle y fasse son œuvre. Et plus encore si le chant est gestué, en vivant la rythmo-catéchèse. Des formations existent pour son apprentissage.

Quel répertoire de chants choisir ?

AL  : Il convient de se servir des documents de catéchèse, d’en trouver de nouveau et de puiser dans le répertoire de la paroisse pour que les enfants soient heureux de les retrouver dans la grande assemblée réunie pour la messe dominicale. Innover tout en restant fidèle : c’est la ligne de crête à suivre.

Comment faire apprendre les chants aux enfants ?

AL : Tout simplement en les répétant phrase par phrase. Il faut se lancer. C’est incroyable ce que les enfants apprennent vite. Beaucoup plus vite que nous !

Comment faire en sorte que les enfants restent attentifs pendant une heure au caté et à la messe ?

AL  : Rassurez-vous, on ne fait pas un cours pendant une heure à des enfants de 6 ou 7 ans ! Il y a des pédagogies proposées pour nous aider à vivre une expérience de foi, par le jeu, la lecture d’images… Puis on chante, on prie ensemble.
Pendant la messe, c’est bien que les adultes se mettent à côté des enfants et leur expliquent simplement ce qui se passe quand ils posent des questions. Il vaut mieux aussi éviter les chants de l’ordinaire en latin si on veut que les enfants comprennent ce qu’ils chantent. Pensez à leur laisser des places devant pour qu’ils aient une bonne visibilité, et à les faire participer au maximum : procession des offrandes…

En conclusion, il ne faut pas « faire une place aux enfants », mais partager notre foi avec eux, se laisser bousculer, interroger par eux. Ils ont beaucoup à nous apprendre…

Véronique, vous êtes chantre et catéchiste à la cathédrale Sainte-Geneviève de Nanterre et vous avez décidé d’unir ces deux activités. En quoi le fait d’être chantre peut-il vous aider dans votre activité de catéchiste ?

Véronique Boulard : La mission d’une catéchiste est de faire découvrir la parole de Dieu, de faire Église ensemble et d’apprendre à prier. Au début, je ne pensais pas utiliser le chant en caté. Je pensais que ce serait une perte de temps. Puis j’ai découvert que chanter permettait d’exprimer plein de choses avec son corps. J’ai essayé, et les enfants ont tout de suite accroché. À tel point qu’une fois le chant terminé, ils continuaient à chanter, même en rangeant leurs affaires, ce qu’ils faisaient jusqu’alors dans le désordre. Le chant permet de faire corps ensemble. Les enfants sont heureux et en redemandent. On commence par la prière en chantant « Écoute, que tout en toi s’apaise, que tout en toi se taise et que parle ton Dieu ».

Vous avez aussi commencé à utiliser la « rythmo-catéchèse ». Pouvez-vous nous en parler ?

VB : C’est une méthode que m’a fait découvrir Annick Schaeffer, parente du père Schaeffer qui a beaucoup travaillé cette méthode qui permet de dire des choses par les gestes et que j’utilise de plus en plus car elle permet de mémoriser beaucoup plus facilement.

Comment faites-vous apprendre les chants, et comment les choisissez-vous ?

VB : Beaucoup de catéchistes hésitent à faire chanter les enfants. Mais aujourd’hui avec les smartphones, on peut trouver la plupart des chants sur Internet et c’est très facile de les mémoriser. Ça vient tout naturellement. Pour l’apprentissage, c’est très simple : il ne faut pas leur donner le texte par avance, car ils veulent alors chanter tout de suite et n’écoutent pas. Ils doivent d’abord écouter une petite phrase qu’ils répètent, puis on passe à la phrase suivante. C’est très rapide, car les enfants apprennent avec une facilité déconcertante.
Pour le choix, je recherche d’abord une jolie mélodie, simple, et de belles paroles. Je privilégie beaucoup les chants des modules « À la rencontre du Seigneur » et les chants à Marie, que les enfants aiment beaucoup. Et aussi les cantillations du père Gélineau, qui mettent bien en valeur des paroles qui sont très proches de l’Évangile.
Le texte biblique entre alors tout naturellement dans leur mémoire.

Faire découvrir la parole de Dieu, prier, disiez-vous. Il reste à "faire Église" ensemble. Comment faites-vous ?

VB : Les enfants animent une messe par mois ou tous les deux mois, depuis que la chorale d’enfants anime régulièrement une messe à Sainte-Geneviève. Les enfants ont alors vraiment le sentiment de participer, ce qui est essentiel pour qu’ils se sentent concernés.

Vous pouvez télécharger un article de la revue Caecilia qui expose quelques critères pour chanter avec les enfants