Comment se déroulent actuellement les obsèques ?

Pendant le premier confinement le temps du deuil a été douloureux pour de nombreuses personnes, privées d’adieux physiques et parfois d’obsèques – souvent par ignorance du fait qu’elles pouvaient avoir lieu. En est-il de même pour ce deuxième confinement, bien différent par beaucoup de côtés ? Peut-on tirer des enseignements de cette période éprouvante pour tous ?
Eléments de réponses avec Rémy Kauffmann, délégué diocésain de la Pastorale des funérailles.


L’année 2020 a été compliquée pour tous, particulièrement pour tous ceux qui perdu un être cher, et ceux qui les ont accompagnés. Nous sommes donc dans une deuxième période de confinement, comment se passent les funérailles en cette période ?

C’est très différent du premier confinement pour plusieurs raisons
La première c’est que, dès l’annonce du reconfinement, il a été dit de manière tout à fait explicite que les funérailles pouvaient toujours avoir lieu avec un nombre maximum de trente personnes mais que c’était bien autorisé, à la différence de beaucoup d’autres choses. Du coup les familles sont bien au courant que les funérailles sont possibles alors que dans le premier confinement, il a fallu qu’on insiste beaucoup, aussi bien auprès des pompes funèbres qu’auprès d’un certain nombre de familles, pour dire que « oui vous pouvez venir à l’église » – l’impression générale d’alors était plutôt que ce n’était pas possible. La limite à vingt personnes du premier confinement est passée à trente personnes, ce qui certes est moins que ce que beaucoup de familles souhaiteraient mais reste un nombre qui permet quand même de réunir le cercle proche.

Une autre différence, c’est que les organistes et chantres, dans les paroisses où il y en a, peuvent être présents, ce qui n’était pas le cas dans le premier confinement. Cela change aussi beaucoup les célébrations, qui sont plus vivantes, plus proches de ce qui se passe en temps habituel.

Une autre différence est l’ouverture des crématoriums, alors que dans le premier confinement ils n’étaient pas accessibles au public, ce qui était très douloureux pour les familles. Les familles peuvent y accéder et on peut y conduire des célébrations. On préfère toujours que les célébrations aient lieu à l’église mais il y a des demandes de célébrations au crématorium qu’on peut honorer. On peut également honorer les demandes de célébrations en maison funéraire même si c’est plus compliqué car c’est limité dans notre département à cinq personnes en plus de l’officiant, ce qui est bien sûr très peu. On peut aussi se réunir au cimetière, toujours dans la limite de trente personnes.

On voit du coup aujourd’hui un nombre assez « normal » de célébrations alors que dans le premier confinement il y avait un nombre inférieur de célébrations par rapport – vu le nombre de décès – à ce qui aurait dû avoir lieu. Certes beaucoup aimeraient pouvoir se réunir plus nombreux, d’autres auraient souhaité pouvoir organiser des célébrations du souvenir, et il est toujours difficile de se déplacer de loin pour venir assister à des obsèques, mais la situation me semble moins critique que lors du premier confinement.

Ce qui n’est pas habituel c’est bien sûr la préparation des célébrations, un peu plus compliquée. Il y a des paroisses où la préparation se fait en présentiel comme c’est le cas d’habitude, en respectant bien sûr tous les mesures de sécurité, d’autres paroisses où la préparation se fait plus à distance, par téléphone, éventuellement vidéo. Encore une autre chose, au mois de mars et avril, il y avait énormément de membres des équipes qui étaient confinées en province et qui n’intervenaient pas du tout dans la préparation des célébrations ou dans l’assistance aux célébrations. Aujourd’hui - est-ce lié au nouveau type de confinement, ou au fait que les enfants sont à école ? - les personnes sont beaucoup plus confinées dans leur lieu de vie habituel, et la plupart restent dans leur mission de préparation et de présence aux célébrations. Il y en a quelques-uns qui sont particulièrement fragiles et se sont mis en retrait de leur mission mais c’est une exception aujourd’hui.

Il y a aussi une chose mise en place dans pas mal de paroisses et qui va peut-être continuer de manière occasionnelle, c’est le fait qu’il y a un certain nombre de célébrations où les membres de la famille mettent en place une diffusion en direct de la célébration pour que ceux qui ne peuvent pas être là puissent être associés à la célébration. Aujourd’hui, on a toujours le problème de personnes qui n’arrivent pas à venir de l’étranger, ou de personnes qui sont en province et qui hésitent à venir et donc on a un peu plus de demandes – que l’on honore – de diffusions en direct de la célébration – ou de célébrations filmées pour pouvoir ensuite la transmettre aux personnes qui n’ont pas pu être là.

Visio de préparation, retransmissions en direct... assiste-t ’on à une émergence d’enterrements 2.0 ?

Les visio, ce n’est pas idéal du tout, ce n’est pas un objectif, c’est un moyen quelque fois nécessaire, mais la rencontre en face à face est toujours meilleure.

La rencontre physique est infiniment préférable à la rencontre à distance même si elle peut être préparée, par exemple avec l’envoi des textes avant - ça se faisait déjà – pour que les personnes puissent réfléchir au choix des textes. On rencontre souvent deux-trois personnes, mais il y a quelques fois des familles beaucoup plus nombreuses – et le fait de leur envoyer avant les textes de la Parole de Dieu leur permet d’échanger et choisir ensemble. Je me souviens récemment d’une famille où ils avaient un groupe Whatsapp et où ils ont échangé avant et pendant l’entretien. Ça s’est toujours fait et cela permet d’associer des personnes qui ne peuvent pas être présentes à l’entretien...

Dans ce contexte parfois compliqué, quel message les équipes d’accompagnement essaient de faire passer aux familles ?

Je n’ai pas l’impression que le message soit différent de d’habitude. Certes, on rencontre beaucoup plus de familles éloignées de la foi que de familles profondément croyantes. Et donc le message aujourd’hui, comme en temps habituel, c’est le message d’espérance et de foi en la Résurrection, qui est de fait au cœur de la pastorale des funérailles.

On a toujours à avancer dans notre présence auprès des familles pour leur dire cette espérance qui est la nôtre, leur dire que le mal ne vient pas de Dieu, il n’est pas une punition, mais là encore c’est quelque chose qui est toujours présent.

Les funérailles c’est le plus souvent à l’église, et en même temps, notre rôle aujourd’hui est d’être attentifs à rejoindre les personnes là où il faut les rejoindre : là où elles sont.