Conseils Lecture


Chaque semaine, le Père David Roure, curé de Suresnes, vous propose une sélection d’ouvrage pour profiter de ce temps de confinement pour approfondir votre formation spirituelle.

Cette semaine les deux ouvrages suivants :

Jean-Paul CAZES, Chemin de croix des femmes, Salvator, 2020

Heureusement, la qualité et l’intérêt d’un livre ne se mesurent ni à son poids ni au nombre de ses pages ! Et ce texte très court (ceci étant du avant tout à son genre littéraire !) mérite vraiment la lecture... Le Père Jean-Paul Cazes, du diocèse de Nanterre, depuis deux ans et demi en paroisse à Courbevoie, vient d’écrire un chemin de croix original où, à chaque station, une femme du Nouveau Testament prend la parole ; voilà un texte écrit d’une plume alerte, à l’origine écrit pour être joué, avec beaucoup de sensibilité et de finesse à la fois psychologique et spirituelle.

Dans sa courte préface, Mgr Matthieu Rougé « recommande en particulier la femme de Pilate, celle de Simon de Cyrène ou la servante du grand-prêtre, dont Jean-Paul Cazes donne l’impression saisissante d’avoir recueilli les confidences directes, comme un prêtre qui écoute, accueille, encourage ». Nous rajouterions volontiers Marie de Magdala, désespérée à la quatorzième station : « Je n’ai pas cessé de le suivre et de l’aimer. Non comme une mère, ni comme une épouse, mais comme une sœur, née du même ’sang spirituel’ que lui. Si je dis que ma vie est détruite en même temps que la sienne, me croira-t-on ? Je n’ai plus de but, plus de point de référence. Tu étais mon chemin, ma vérité, ma vie.

Qui voulais-tu que je suive, sinon toi ? Que voulais-tu que je fasse, sinon ce que tu souhaitais ? Que voulais-tu que j’annonce, sinon le Royaume que tu proclamais ? Et maintenant que tu es mis au tombeau, maintenant que la grosse pierre ronde va le boucher à jamais, quel sens donner à ma vie ? Je n’ai plus qu’une chose à faire : je reviendrai plus tard dans le jardin pour accomplir les rites interdits durant le sabbat. Et après... je ne sais plus. C’est la nuit ! »
De manière originale, Jean-Paul Cazes a rajouté une quinzième station, intitulée « Les femmes au tombeau le premier jour de la semaine ». Et, là, devinez qui prend la parole ?... eh bien, c’est la veuve de Naïm, dont Jésus avait jadis ressuscité le fils unique !


Etienne GRIEU, Les jésuites et les pauvres XVI°-XXI° siècles, Editions jésuites / Lessius, 2020

Jésuite né en 1962, Etienne Grieu est aujourd’hui le président du Centre Sèvres (Facultés jésuites de Paris) ; pae ailleurs, il a toujours montré un grand intérêt pour les personnes en difficulté, voire en situation de précarité ; dans ce petit livre qui se lit d’un trait, on dirait qu’il a voulu prouver, et d’ailleurs à lui-même pour commencer, que le soin que la Compagnie de Jésus porte aux plus pauvres fait bien partie de son être même et n’est pas seulement un élément qui relève du charisme particulier de tel ou tel de ses membres. La question peut légitimement se poser puisque cette congrégation religieuse est parfois accusée, non sans raison d’ailleurs, de s’adresser surtout aux plus riches ou au plus diplômés de la société.
Le Père Grieu peut, à la fin de son ouvrage, être rassuré : il a su montrer que, indubitablement, la Compagnie avait tout au long de son histoire su avoir le souci des pauvres ; cela se manifeste dès le début avec le fondateur, Ignace de Loyola, avec sa propre manière de vivre : chez lui, « la pauvreté évangélique produit deux effets : elle fait rejoindre ceux qui vivent dans la plus grande précarité, ceux qui ne comptent pas aux yeux des autres et dont la parole est toujours mise en doute.

Elle fait faire également l’expérience, étant délesté de toute appui, de l’humiliation et, de manière étonnante, en ce lieu même, de la proximité de Celui qui a pris la livrée du serviteur et a subi l’abjection de la croix ».
Bien sûr, ce sens des pauvres est particulièrement marqué durant la 32ème Congrégation générale jésuite sous le généralat du Père Pedro Arrupe, en 1974-1975, où il est entre autres affirmé que « la promotion de la justice constitue une exigence absolue » et, commente alors notre professeur, « on peut parler, au sujet de cette orientation alors prise par la Compagnie, d’une véritable élection (au sens de décision prise devant Dieu, en réponse à son appel, et qui engage tout l’être) » !
Entre-temps, Etienne Grieu aura pu vérifier que ce tropisme vers les pauvres a pu se manifester tout au long de l’histoire de la Compagnie, il va alors privilégier deux moments de cette dernière : tout d’abord, l’époque déjà ancienne des compagnons ou successeurs quasi immédiats d’Ignace : François Xavier, Pierre Claver, Jean-François Régis et, moins connu, le Rhénan Friedrich Spee ; il n’omet pas l’épisode spécifique des fameuses réductions du Paraguay ; ensuite, il pointe la période, plus récente, qui coïncide avec la naissance de la doctrine sociale de l’Eglise : « dans le sillage de Rerum novarum, dit-il, on voit fleurir, de la part des jésuites, des initiatives parfois simples mais capables de manifester la préoccupation de l’Eglise pour le monde ouvrier », et il braque le projecteur sur deux belles figures de compagnons jésuites qui mériteraient d’être davantage connues aujourd’hui : le Français Gustave Desbuquois (1869-1959), cheville ouvrière de l’Action populaire, et le Chilien Alberto Hirtado (1901-1952), canonisé en 2005.

Avec finesse, connaissant bien de l’intérieur sa congrégation, l’auteur sait faire émerger une caractéristique importante des jésuites dans leur intérêt pour les pauvres : « Il me semble, avance-t-il, qu’on retrouve un élément significatif de leur style à travers cette confiance qu’ils font aux personnes, même d’extraction très modeste, parce qu’ils les croient capables de saisir ce qui est en jeu pour leur existence et de s’engager sur les chemins prometteurs qu’elles découvriront » ; alors « les jésuites voient leur rôle d’accompagnateurs d’acteurs appelés à trouver leur place dans une société qui jusqu’à présent la leur a refusée. Ils ont une fonction de pédagogues – comme dans les collèges, finalement. Dès lors, ils s’intéressent avant tout à ce qui progresse chez ceux qu’ils encouragent et aiguillonnent ».

Retrouvez les recension du P. David Roure et d’autres contributeurs sur le blog : https://livre-religion.blogs.la-croix.com/