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Entrevue avec le Père Côme


Père Côme de Jenlis, vous avez été ordonné prêtre en 2017 et vous êtes en paroisse à Chaville. Après avoir obtenu en juillet 2020 votre maîtrise à l’Institut supérieur de Liturgie de l’Institut catholique de Paris, vous avez reçu en septembre 2020, la responsabilité de la Pastorale liturgique et sacramentelle pour le diocèse de Nanterre.

En quoi consistent vos fonctions ?

P. C de J  : Cette mission consiste à aider et accompagner les prêtres et les fidèles à vivre une liturgie qui soit plus belle et plus intérieure, et à former le Corps de Christ à travers la prière et la Parole de Dieu. En ce sens, deux grands axes de la mission sont la formation et la célébration, en lien avec toutes les équipes du Service diocésain de la Pastorale Liturgique et Sacramentelle.

C’est à vous qu’il revient de préparer et d’organiser les grandes célébrations du Diocèse : ordinations, confirmations, messe chrismale, etc ?

P. C de J : Il y a bien sûr une grande part « d’événementiel » dans ma mission. Mais pas seulement. Je dois avoir le souci du rayonnement de la Parole, du lien entre prière, action liturgique et vie communautaire. L’organisation d’une célébration, c’est d’abord cela.

Comment s’établit le lien avec les paroisses, souvent jalouses de préserver leur indépendance ?

P. C de J : C’est parfois effectivement un peu difficile, car il faut rester au service des paroisses, et éviter le risque d’agir hors-sol. Toutefois, je dois garder un regard d’ensemble sur le Diocèse, et m’assurer que les orientations pastorales et liturgiques de l’évêque sont suivies. Cela passe notamment par la formation des acteurs de la liturgie et une présence directe ou indirecte auprès des paroisses.

Une des difficultés ne vient-elle pas d’une certaine réticence des paroisses à mettre en œuvre les pratiques issues des formations ?

P. C de J  : C’est vrai que souvent les personnes formées peinent à appliquer ce qu’elles ont reçu. C’est pourquoi il faut veiller à ce que les formations ne soient pas là seulement pour satisfaire des curiosités individuelles, mais qu’elles favorisent des dynamiques d’équipes. Il est plus facile d’apprendre lorsqu’on partage une formation avec son équipe, pour en parler ensemble, pour proposer des ajustements légitimes au curé et à l’EAP, et pour pouvoir adapter aux conditions paroissiales locales. Mais dans le diocèse, les formations ont une vraie crédibilité car elles sont dispensées par des gens très qualifiés. Pour reprendre une expression du Concile Vatican II, il faut rechercher la « noble simplicité ». Et en fin de compte, dans les formations comme dans les célébrations, c’est cette qualité qui fait la différence.

Dans Pastorale liturgique et sacramentelle, il y a « sacrement ». Etes-vous concernés par le baptême, le mariage, l’eucharistie et les autres sacrements ?

P. C de J  : Trop peu ! il y a pour cela des départements spécialisés, comme l’initiation chrétienne (laissée aux services de la Catéchèse, des Aumôneries et du Catéchuménat), la préparation au mariage ou le sacrement des malades (laissé au service de la Santé). Pour ces sacrements, je ne m’occupe pour l’instant que de « l’événementiel », comme nous l’évoquions précédemment. La question des sacrements ne nous sollicite actuellement pas de manière approfondie. Nous sommes davantage concernés par les sacramentaux, comme l’accompagnement des familles en deuil.

Venons-en maintenant aux difficultés liées à la crise sanitaire, qui réduit beaucoup la pratique liturgique dominicale, mais aussi pour les funérailles. Pensez-vous que ces changements dans la pratique vont avoir des conséquences durables ?

P. C de J : L‘Institut supérieur de Liturgie a organisé en janvier un colloque sur ce sujet. Les actes en seront publiés en juin. Notre évêque a aussi envoyé un message aux paroisses à l’occasion des confinements successifs. Il est certain que ces contraintes ont fait redécouvrir à beaucoup la valeur de la prière familiale : certaines familles ont ainsi préféré suivre une fiche de la Liturgie de la Parole au lieu de la messe télévisée. Les enfants étaient plus impliqués, plus actifs que devant un écran. Cela permet aussi de réintégrer la Parole dans l’Eucharistie et d‘approfondir le lien entre les deux volets de la messe. Ces changements imposés permettent ainsi à certains de vivre autrement le dimanche, de redécouvrir la prière en famille, de revenir à l’essentiel, à un moment où beaucoup d’activités ne sont plus possibles. Ainsi, en reprenant par la suite le rythme hebdomadaire plus habituel, beaucoup ont cherché à faire du dimanche un temps plus spirituel, où la famille retrouve toute sa place, où le rapport au travail est remis en question, où la messe devient plus encore source et sommet de la vie chrétienne.

La « liturgie d’Emmaüs » proposée par le diocèse va-t-elle dans ce sens ?

P. C de J  : A un moment où le deuxième confinement pénalisait une nouvelle fois les chrétiens, L’Evêque cherchait à encourager une communion plus régulière, plus généralisée, sans être non plus une simple distribution. D’où la proposition d’une démarche qui dilate l’espace et le temps : commencer chez soi par une méditation de la Parole et une vénération de la Croix (pour rappeler que l’Eucharistie est le mémorial du sacrifice du Christ), puis aller à l’église dans une attitude de pèlerin. Comme les disciples d’Emmaüs, nous venons « tout tristes », puis ayant reçus la Parole et le Pain rompu, nous repartons chez nous tout joyeux. C’est toute notre ville qui devient alors lieu de culte. C’est ainsi que nous pourrons redécouvrir le sens de certains rites, de certains gestes que nous faisons bien souvent trop machinalement.
En somme nous pouvons saisir l’occasion de cette pandémie pour retrouver le sens de notre vie chrétienne, la profondeur du mystère de l’Incarnation et notre vocation de baptisé.