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Et maintenant ? Vers un nouvel art de vivre.


La crise sanitaire, débutée en mars 2020, a mis en lumière des fragilités et des attentes qui préexistaient à la pandémie. À mesure que la crise sanitaire s’est prolongée, le désir de retrouver enfin la vie d’avant a donné l’impression de l’emporter. Sans céder aux sirènes optimistes ou pessimistes, un groupe de chrétiens du diocèse de Nanterre, s’est interrogé sur des avancées accessibles à proposer à notre Église et à notre société. Leurs chemins de réflexion sont destinés à aider, ceux qui, avec audace et humilité, voudront vaincre le découragement et l’inquiétude par la nouveauté qui ne cesse d’éclairer l’histoire, celle du Christ lui-même.

Mgr Jacques Turck, prêtre du diocèse de Nanterre, théologien, rédacteur du document épiscopal « Et maintenant vers un nouvel art de vivre ? » nous présente ce travail.

A la demande de Mgr Matthieu Rougé, j’ai poursuivi la réflexion commencée lors du premier confinement en 2020. Les événements que nous vivions alors avaient donné lieu à une foison de textes. Chacun essayait selon sa discipline et son angle d’approche, d’appréhender, de décrire et de comprendre ce qui arrivait à l’humanité tout entière. Pire qu’une guerre mondiale, un petit virus invisible traversait toutes les frontières, toutes les couches de la société. Les décisions drastiques imposées pour lui faire face, paralysaient la presque totalité des activités humaines. Plus encore, il touchait aux diverses conceptions de l’être humain et de son aventure terrestre.
Habituée à scruter les joies et les peines des hommes de son temps, l’Eglise par des évêques, des prêtres et des fidèles ne restaient pas silencieuse. Mais que dire ? Que faire ? Tant d’experts en médecine, en philosophie, en économie s’essayaient à décrypter les causes, à trouver des chemins pour conjurer l’épidémie et ses conséquences.

Pour ma part, les repères d’interprétations possibles devaient s’inspirer de l’enseignement de l’Eglise tiré lui-même de l’Ecriture Sainte et ajusté à chaque période de l’Histoire comme une transcription de l’Evangile dans une situation donnée.

Le premier constat que j’étais amené à faire fut celui d’une certaine impuissance à résoudre de manière immédiate, les défis que posait ce virus tant sur le plan sanitaire, économique et social. Nous prenions une conscience plus vive que nous ne maîtrisons pas tout. La leçon la plus importante que cette crise universelle a mise en lumière, a été la prétention de construire une société dénuée de toute limite - au moins chez nous en Occident au point que nous nous sommes évertués à construire une culture sur l’absence d’un Dieu qui nous a offert un merveilleux cadre de vie. L’état de sidération qui en résultait défiait le sentiment, partagé par un grand nombre, de progrès illimités de l’intelligence humaine – jusqu’à prôner les espoirs d’une « intelligence artificielle »- définie comme un remède providentiel à tous les obstacles sur le chemin du bonheur. L’illusion du contraire obligeait soudain à repenser le culte de notre puissance et de nos désirs de consommation effrénée sans prendre en compte le concept de limite inhérent à la condition humaine comme à tous les ordres du vivant et de la matière.

Or le principe de limite a été récemment énoncé à plusieurs reprises par le Pape François dans son encyclique Laudato Si’ (en 2015). Non pas pour que l’humanité cesse de chercher comment faire face aux aléas de l’histoire… Mais pour qu’elle s’interroge sur la place centrale de l’être humain dans l’environnement qui est le sien et mesure l’impact de ses modes de vie sur lui et la nature. La réflexion du Pape remettait en cause un anthropocentrisme qu’il qualifiait de « dévié ». Sa relecture m’est apparue comme le point de départ lumineux pour donner suite à la demande de Mgr Rougé.

J’ai donc proposé d’allier le fil conducteur que j’en dégageais (« tout est lié, tout est donné, tout est fragile ») aux diverses réalités saisies par notre Evêque dans sa première lettre pastorale de juin 2020 : la fraternité, l’intériorité et la créativité. L’enseignement du Pape invitait à transformer notre mode d’existence non seulement pour prendre soin de la planète, mais parce que de ce soin dépend l’existence humaine. De ces deux grilles d’analyse conjuguées l’une avec l’autre pouvait naître des repères pour inventer un nouvel art de vivre.

Déjà avant la pandémie un grand nombre d’initiatives étaient prises en ce sens. A l’encontre d’une société qui vise à satisfaire le culte du désir de biens matériels (assouvi le plus souvent par les plus aisés de nos sociétés d’opulence), la frugalité quant à la nourriture, l’acceptation de prendre les transports en commun, les visites aux personnes seules, les relais téléphoniques pour maintenir les liens avec la famille, la restriction des déplacements imposée par les responsables politiques, l’usage des communications par visio-conférences… ont été renforcés par les périodes de confinement. L’urgence à poursuivre en cette voie imposait de proposer aux chrétiens de ne pas rêver d’un retour à la situation antérieure. Il s’agirait bien plus d’inventer, de créer d’autres chemins de bonheur que ceux proposés par une société post-chrétienne et païenne. Disciples de Jésus, il ne s’agissait pas de se présenter comme des donneurs de leçons. Nous n’avons pas la solution à toutes les questions- mais de s’engager plus avant dans l’accueil de la Révélation d’un Salut offert par le Christ. Cette conviction de foi écarte la tentation de bâtir le meilleur des mondes. Elle n’éteint pourtant pas la liberté d’invention, la responsabilité, et l’initiative de chacun. Le principe de subsidiarité vécue en tout premier par le Seigneur de l’univers envers l’humanité, libère notre initiative et notre audace. Il oblige chacun à l’humilité du discernement dans les choix de chaque instant.

Tel est le chemin proposé dans la seconde partie de ce document. Il traverse un certain nombre de réalités de société que nous avons coutume d’opposer les unes aux autres. Or au lieu de les lire et de les vivre sur le mode de l’exclusion, il convient de rechercher l’équilibre entre chacune. Cet équilibre n’est pas uniforme. Il est différent pour chacun de nous, d’où une série de questions qui invitent à discerner la marge de manœuvre qui est la mienne et la vôtre pour avancer vers un nouvel art de vivre…

Parmi ces différents binômes mis en regard, vous me demandez quel est celui auquel j’accorde le plus d’importance. C’est le dernier. Celui qui met en regard la recherche intelligente et audacieuse d’un monde plus juste et solidaire. Celui qui favorise la connaissance et l’accueil du Salut en Jésus Christ. Sans jamais pour autant renoncer aux dynamismes qui soutiennent l’un et l’autre ; celui de la science, celui de la foi. De la bonne mesure de l’un et de l’autre dépend l’équilibre à vivre au cœur de tous les autres défis soulevés par chacun des autres binômes.

Nous ne pouvons renoncer au développement intégral de la personne humaine aux prises avec toutes les sciences, toutes les cultures du monde… et en même temps nous savons que l’accomplissement de la Création - y compris celle de l’être humain- ouvre à la présence d’un Seigneur qui accompagne et guide cet accomplissement. Ce n’est pas un hasard si la dimension sacramentelle de notre existence chrétienne est présentée à le fin de cette réflexion. Ce choix est induit par le geste du lavement des pieds qui précède la célébration de la première Cène. Il symbolise le service des frères et sœurs en humanité au quotidien de notre existence… Nous devons sans cesse nous rappeler que le Christ Jésus n’a célébré l’eucharistie que la veille de sa mort au terme d’un service quotidien des hommes et femmes qu’il rencontrait sur son chemin. D’où l’importance des autres binômes proposés qui illustre tous cette symbiose avec le Sacrifice d’une existence appelée à prendre soin des autres dans les quelques dimensions retenues par ces pages.

La finalisation de ce document m’a conduit à consulter sur certains points, des ami(e)s chrétien(ne)s plus experts en tel ou tel domaine plus techniques d’où la liste des collaborateurs associés à cette publication que je remercie de tout cœur pour la pertinence de leur collaboration.

+ Mgr Jacques Turck
prêtre du diocèse de Nanterre

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