Evangéliser le moyen de l’internet et des écrans :


Comme je m’efforce de le faire si souvent comprendre aux parents que je rencontre pour parler de l’internet et des écrans, la vie réelle a du bon ! C’est l’enjeu majeur d’une saine éducation aux écrans, faire apprendre à garder le sens des relations les plus vraies, des échanges les plus authentiques alors qu’on est sensé communiquer par écrans interposés, à une vitesse et selon des codes qui ne permettent pas tellement de se dire si sincèrement.
Les adolescents revendiquent de pouvoir communiquer à l’envie avec leur pairs, le smartphone ou la tablette permettant de continuer les bavardages de la cour du collège ou du lycée une fois rentré chez soi. Nous connaissons les excès de ce style de vie hyper connecté et leurs conséquences sur la qualité de leurs relations en famille, de leur sommeil et de l’état général de leur attention ou de leur spontanéité. Cependant, le récent confinement n’a t-il pas permis à certains, parce qu’agrégés pour plusieurs semaines à la communauté de leur famille d’appréhender la part raisonnable qu’ils devaient consacrer à ces échanges numériques ? On peut le penser. Car durant le confinement, les réseaux sociaux n’étaient plus seulement le terrain virtuel de jeu qui prolongeait celui de leur établissement à la fin d’une journée d’école mais réellement le seul moyen de faire vivre leurs amitiés. Obligés de dire ce qui se passe et non d’offrir le commentaire surenchéri d’événements déjà maintes fois évoqués de visu, il n’est pas difficile d’imaginer que pour certains l’éloignement imposé profita à leur qualité d’expression et à celle de l’attention qu’ils peuvent porter aux autres. Un exercice au temps long et durable qui fut sans doute sain et formateur. Et pour un adolescent, en particulier, il y avait la nécessité de maintenir sa présence dans le groupe de ses camarades pour continuer à vivre quelque chose parmi eux, évitant ainsi le piège du repli sur soi. A ce titre, un jeu en réseau avec ses vrais amis valait beaucoup plus qu’une succession d’épisodes visionnés en cachette et à des heures indues. Aussi, dans les groupes d’aumônerie ou bien dans les classes, nous avions tous entendu parler de constitutions de groupes WhatsApp, de séances en visio destinée à maintenir le lien de l’apprentissage ou de l’amitié ou même de la découverte du Christ en Eglise. En aumônerie spécialement, beaucoup d’animateurs ont semble-t-il fait preuve d’une grande créativité à l’adresse de leurs jeunes et se sont également confrontés à l’impossibilité qu’avaient certains d’être connectés correctement au réseau.
Le moyen de l’internet et des écrans peut assurément être évangélisé par nos pratiques lorsqu’elles cherchent sans cesse à inclure et le confinement aura sûrement aidé bon nombre d’adolescents à l’apprendre mais cet univers n’est pas encore à la portée de tous, et ce fait compte lorsqu’il s’agit de révéler à chacun le prix qu’il a pour les autres au yeux de Dieu.
Père Jean-Baptiste Perche