L’aumônerie de Gennevilliers à Taizé :


« Pourquoi choisir d’aller se geler à Taizé (alors qu’on n’a que deux semaines de vacances pour boucler ses révisions de Games of Thrones !) ».

Pour résumer, nous pourrions (modestement..) paraphraser les Apôtres en disant « Ce n’est pas nous qui avons choisi d’aller à Taizé »... ce sont les jeunes qui re-choisissent sans cesse !

On sait que dans nos contrées du grand nord du diocèse, le « téléphone arabe » fonctionne plutôt bien…qu’il soit hallal ou non ! Mais pour ce qui est de répandre la bonne nouvelle de Taizé, on peut en tous cas lui faire confiance…

Pourtant, il y a eu une époque de vaches maigres où on s’arrachait les cheveux et le clavier des textos de rappel pour y traîner quelques jeunes qui se juraient de ne plus y remettre les pieds (« il pleut toujours », « y a que des babtous », « c’est pire que le ramadan » et autres compliments fleuris sur la qualité de l’hébergement et de la nourriture pourtant réputés…). Et puis, il y a eu le miracle de l’aumônerie de Boulogne qui nous a proposé un coin de car pour tenter de traîner une nouvelle fois malgré tout d’improbables volontaires…et on ne sait pas trop pourquoi, la mayonnaise a pris...et a tenu bon ! Partis avec trois pelés et deux tondus, pardon cinq pains et deux poissons, nous sommes revenus la saison suivante avec tout un escadron, cette fois avec la complicité des aumôneries de Sèvres-Villed’Avray et de Chaville qui ont fraternellement mis leur barque ou plutôt leur car à disposition pour nous aider à acheminer le filet jusqu’aux rivages (réputés) de Bourgogne. Depuis, le pli a été pris et s’est maintenu. Loin de l’époque où on faisait de la retape à coups de soirées Taizé avec vidéos à l’appui pour donner l’envie d’y faire au moins un saut à des jeunes qui ne se laissaient pas prendre comme des poissons nés de la dernière marée, ce sont eux-mêmes qui nous harcèlent désormais dès le retour dans le béton pour qu’on s’inscrive pour l’épisode suivant au plus vite… et peut-être aussi pour être sûrs que l’épisode en question ne se passe pas sous la tente, pour ceux qui ont déjà testé les joies du camping à la Toussaint ! On a même eu des « radicalisés » qui voulaient enchaîner Taizé et le Frat en se disant qu’on pouvait bien faire un détour, après tout tous les chemins de la SNCF mènent à Lourdes…

Après, chacun connaît la bonne vieille loi des aumôneries : les darons proposent, les jeunots disposent. Bref, une fois que partir savourer l’air pur, la cuisine hors-norme, le thé savamment équilibré, le confort trois étoiles et les prières si variées de Taizé n’est plus notre idée (forcément débile…) mais l’invitation, pour ne pas dire l’injonction des glorieux aînés qui l’ont déjà vécu et en redemandent, il ne reste plus qu’à imprimer les autorisations, prévenir l’accueil de Taizé qu’on sera très précisément entre 10 et 40 pèlerins (l’effectif exact jouant du yoyo jusqu’au départ du car) et bien sûr rassurer les parents sur le soin douillet que recevra leur progéniture - on a vu une petite nouvelle appeler sa mère en larmes le premier soir (« c’est pas bon » « fait pas beau » « y a que des grands qui font peur ») et verser des larmes plus chaudes encore au moment du départ (« mais pourquoi on part déjà ? » « je veux pas quitter mes nouveaux amis ! »).
Bien sûr comme malgré les apparences nous ne sommes pas encore intégralement séniles, on se doute bien que ce ne sont peut-être pas la qualité de la cuisine ni l’attrait pour la prière silencieuse qui sont les seules motivations qui expliquent ce fidèle retour à Taizé réglé comme un vol d’hirondelles (dans un sens comme dans l’autre, des premiers bourgeons du printemps aux premières gelées de l’automne...la meilleure saison pour le camping, c’est bien connu !). Aussi on vérifie régulièrement le premier jour que tout le monde ne soit pas planqué dans un coin de l’église à recharger les portables à la multiprise collective ou en territoire connecté (enfin !) à l’abri du coin wi-fi (« ils penseront jamais à nous chercher jusque là… » ) et que toute la troupe ne se faufile pas avant la fin de la prière pour être sûre d’être dans les premiers à débarquer au Bocuse local ou à la boîte de nuit de l’Oyak dont on parle jusqu’au fond des cités. Mais on doit admettre que l’Esprit présumé Saint fait remarquablement sa part de travail (c’est-à-dire à peu près les 99%...). Plus on fait confiance notamment aux anciens pour qu’ils montrent l’exemple aux nouveaux, plus le temps d’adaptation est rapide (et efficace !) pour parvenir à l’exploit d’arriver à peu près présentable et à peu près à l’heure à la prière du matin et de tenir le (long !) temps réglementaire pour que l’Esprit en question ait le temps de faire son œuvre. On en découvre même qui finissent par sécher l’Oyak pour revenir traîner à l’église, voire qui s’incrustent sans invitation à la plonge du petit-déjeuner quand ils aperçoivent un baquet de libre (si, si ! ça s’est vu et nous étions assez réveillés pour être sûrs de n’avoir pas rêvé..).

Là où l’Esprit-Saint semble nous lâcher pour nous laisser nous débrouiller seuls, c’est quand on a l’idée régulière (et brillante, bien entendu..) d’aller faire un saut à la ferme de la Grange Cercy, pourtant pas si loin et pas si différente d’un Mac Do ou d’un KFC sous nos latitudes, du moins tel qu’on leur vend l’expédition… Mais là, autant on parvient à piéger les nouveaux, autant les anciens se font rarement avoir deux fois (« ça sent pas bon », « il pue trop, leur fromage », « je vais pas me salir les Nike, non plus » et autres encouragements sur le même thème enthousiaste…). Heureusement, nos complices du diocèse animés des mêmes intentions honteuses viennent amener leurs propres et innocentes victimes pour grossir le rang des condamnés... et aident à faire du désormais rituel après-midi à la ferme une vraie sortie du ghetto, où on fait un bout de route avec des jeunes (et parfois des vaches) qu’on n’aurait jamais croisé(e)s dans la cité !

C’est peut-être cela qu’on vient tous ensemble chercher et retrouver à Taizé : cette rencontre inépuisable, cet œcuménisme là où on ne s’y attendait pas où chacun sort des barrières de son petit univers pour s’aventurer dans le champ du voisin (et y vérifier de plus près si l’herbe y est vraiment plus verte…et savoureuse !). Et même si on peut être un peu surpris la première fois par le goût du thé du goûter ou des trois haricots du dîner, aucun n’est revenu déçu de cette Rencontre en profondeur par laquelle on se laisse apprivoiser au fil des prières, des partages et des rencontres. Avec un goût de confiance qui donne aux jeunes de revenir dans leur univers quotidien plus légers et plus paisibles qu’ils n’en étaient partis. Prêts à se laisser surprendre à nouveau par cette Rencontre qui ne s’arrête pas une fois revenu dans la « civilisation », et à y porter à leur tour la chaleur de cette Confiance qu’ils ont pu partager sur la colline… en veillant seulement à ne pas éteindre cette petite flamme « qui ne s’éteint jamais »…et qui en dit plus que bien des discours dans les yeux de ceux qui demandent aussitôt revenus « quand est-ce qu’on y retourne ? ».

L’aumônerie de Gennevilliers