"Laissons-nous aimer dans nos fragilités"


« L’aumônerie Toulouse-Lautrec /Jean-Monnet a pour vocation d’être un lieu de présence bienveillante pour les jeunes qui sont, pour la plupart, en situation de handicap physique ou de trouble de l’apprentissage.
L’aumônerie accueille les jeunes au cours des récréations et assure, comme toute aumônerie, un accompagnement de la foi. »
L’aumônerie est située au sein de l’établissement scolaire public dans la mesure où celui-ci dispose d’un internat, c’est un cas atypique qui ouvre un cadre précieux à une première annonce de la foi.

Les jeunes qui fréquentent l’aumônerie le font de leur propre initiative et demandent leur inscription à leurs parents. Un principe plutôt inversé qui fait que les jeunes sont moteurs et acteurs.

Comment l’idée de cette veillée est-elle née ? Avec quels objectifs ?

Ce projet a doucement mûri pendant trois ans.
Progressivement, nous avons vu grandir l’envie de partager les choses tellement fortes que nous vivons dans notre petite communauté d’aumônerie. Et spécialement, la force de prière des jeunes.

Cette année, particulièrement, engendrée par la force de leur prière, c’est surtout la puissance de témoignage des jeunes qui nous a interpellés.

Nous avons alors décidé de nous lancer et de proposer aux jeunes de monter une veillée priante appuyée sur leurs témoignages. Leur but est vite devenu d’aider les participants à dépasser leurs fragilités et leurs difficultés en témoignant de leurs propres difficultés traversées ou éclairées. Dans la conscience d’avoir, si jeunes, des expériences bien difficiles et édifiantes à vivre et à partager.

Depuis un an, des occasions s’étaient présentées et les jeunes avaient témoigné avec beaucoup de simplicité et de force.
Une jeune fille, à l’occasion de la célébration du sacrement des malades reçu au Frat, a témoigné devant cinquante personnes bouleversées et éclairées. Puis un autre a partagé en aumônerie le témoignage de la force reçu à sa confirmation ; un autre encore a témoigné devant un grand groupe de jeunes d’une guérison reçue à Taizé un vendredi au pied de la croix....

Ce projet rejoignait le besoin que notre aumônerie soit plus visible à l’extérieur des murs de l’établissement scolaire. En début d’année scolaire, j’avais invité l’assemblée des Responsables de Secteur (ADRS) à se tenir dans les locaux de l’aumônerie. Je crois que ça a été une découverte forte pour nombre des participants. La découverte d’un établissement et d’une aumônerie tout à fait atypiques et très attachants.

Il nous était aussi précieux de nous rapprocher des paroissiens de Vaucresson, avec qui nous partageons notre prêtre modérateur. Vaucresson et Garches sont les deux lieux où nous vivons les temps de sacrements proposés en aumônerie. Nous avons dû choisir une paroisse mais avons invité les Garchois par l’intermédiaire de leur propre paroisse.

Nos jeunes ne sont pas forcément bien connus dans ces paroisses car certains sont pensionnaires ou viennent de plus loin en taxis scolaires. Les occasions sont rares de se retrouver en semaine ; nous profitons du mercredi des cendres ou la semaine sainte pour nous intégrer un peu mais cela reste bien peu.

C’est donc cette envie de partager ce que nous vivons, et en particulier dans une paroisse, qui a finalement conduit à monter ce projet d’un temps qui ressemble à ce que nous vivons en soirées bimensuelles.

Comment et avec qui ce temps fort a-t-il été préparé ?
Le thème des fragilités est apparu assez vite à l’occasion d’un temps de prière. Notre Pape en a aussi fait un thème de prédilection. Pour nos jeunes, c’était plus de montrer l’aide et la force de la foi dans les moments où nous sentons fragiles voir abattus.

Pour le choix de la date, il fallait faire vite ; quand l’idée a vraiment émergé, l’année était bien avancée et la fin d’année paroissiale était trop chargée. Le temps du carême était tout proche mais tellement adapté pour accueillir notre vulnérabilité en écho avec celle du Sauveur ! Alors on s’est lancé ! On peut le faire si les jeunes sont moteur !

Avec une animatrice, nous avons préparé une trame de déroulement que nous l’avons proposée aux jeunes. Nous avons travaillé ensemble pendant deux soirées. Ils sont tout de suite entrés dans le projet qui les réjouissait tellement. Ils ont une telle soif de partage. Ils ont tout de suite eu envie de témoigner et étaient prêts à le faire devant une assemblée. Avec un peu d’appréhension mais çà avait tellement de sens pour eux !

Une jeune a tout de suite fait un tract avec beaucoup de talent. Elle a proposé aussi d’animer les chants en binôme.

D’autres ont mis leur pâte dans le choix des textes et des chants, se sont répartis les rôles et les lectures. D’autres ont travaillé sur leur témoignage. Pour eux, cette veillée devait se vivre dans un esprit éloigné de tout misérabilisme (« On n’est pas des petites choses »), pour donner de la force et de la joie au-delà de tout.

Avec leurs talents propres, les animateurs ont aussi pris leur part dans la conception et la préparation de ce temps fort.

Parallèlement, nous nous sommes mis en lien avec Marie-Caroline Schürr (elle-même porteuse d’un handicap et qui est habituée à témoigner) pour avoir son avis sur notre projet, pour qu’elle nous aide à être « justes » sur ce sujet délicat. Elle nous a en particulier invités à soigner le temps d’accueil de la célébration afin que chacun se tourne vers ses voisins et que la communauté se forme dès le début. Un conseil précieux entre autres.
Très important aussi : deux anciens de l’aumônerie ont tenu à témoigner. Des témoignages forts et structurants pour nos jeunes eux-mêmes qui ont reçu deux vrais cadeaux, les propulsant dans une foi adulte.

Le flyer a été envoyé pour inviter les familles, les anciens, les paroissiens de Vaucresson, Garches et paroisses voisines. Un des proviseurs d’établissement a même proposé d’afficher l’invitation au sein de l’établissement.

Nous avons reçu un très bon accueil de la paroisse. Le curé de Vaucresson, le Père Pierre Bourdon, qui est aussi notre prêtre modérateur, a tout de suite été partant pour le projet qu’il a proposé immédiatement à l’EAP. La paroisse nous a soutenus pour la pagination de la feuille de chants, nous a accueilli dans son église et dans ses locaux, nous nous sommes sentis vraiment chez nous ! Un grand merci pour leur soutien et leur enthousiasme.

Pour inviter les paroissiens, des annonces ont été faites lors des messes par des jeunes de l’aumônerie ou par moi.
En fait, toute cette préparation dit déjà quelque chose de ce qui s’est vécu lors de la veillée. Un vrai temps de communauté, précieux pour notre aumônerie si esseulée. Chacun a trouvé sa place et une vraie place, la complémentarité et les talents ont fonctionné à plein sans état d’âme vu le court délai...

Sa mise en œuvre, son déroulement :
Juste avant d’accueillir l’assemblée, jeunes et animateurs ont pris un temps de prière et de recueillement.

Après une prière d’entrée adaptée et lue par une des jeunes, la veillée s’est déroulée en quatre grands temps eux-mêmes structurés chacun en quatre parties : un chant, une parole biblique, un témoignage, un temps musical.

Une invitation a été lancée dès le début : pour tous, écrire une de ses souffrances sur un papier et venir la déposer au pied de la croix. Tout au long de la veillée, sans urgence, quand cela émergeait et était prêt à être déposé.

Les quatre parties ont découlé des thèmes des témoignages :
- « Jésus Sauveur », avec un témoignage sur une guérison vécue à Taizé.
- « l’Esprit qui donne confiance et force », avec des témoignages sur la force du sacrement de confirmation et du sacrement des malades.
- « Dieu notre Créateur et Père qui nous aime inconditionnellement », avec les témoignages de deux anciens de l’aumônerie.

Un qui a partagé son expérience de la découverte de l’amour de Dieu à travers les autres. Témoignage qu’il a écrit dans son livre « la rage d’exister ».

Un autre qui nous a partagé ses expérience de Dieu et notamment la traversée d’une crise de désespoir dans laquelle Dieu l’a rejoint à travers une prière reçue d’un prêtre : « Seigneur, je viens vers toi pauvre et nu, toi seul est mon bouclier ». Devant tant d’abandon, nous étions tous saisis. Nous avons repris cette phrase en communion de cœur avec une émotion palpable. Quelle puissance de communion ! Merci pour ces cœurs ouverts, merci pour ces cœurs récepteurs !

- « Marie, tendresse et lien avec Jésus », avec le témoignage de Marie qui va à Lourdes chaque année depuis qu’elle est petite et pour qui la Vierge Marie est une tendre maman et une puissance intercetrice.

Pour une meilleure appropriation, une de nos accueillantes a pensé à un visuel très parlant : des grands panneaux à double face, une face sur lesquels étaient écrites nos fragilités et l’autre portant des mots réparateurs : chaque panneau a été retourné au fur et à mesure des témoignages pour mettre en valeur ce que le Seigneur vient transformer dans nos vies.
À l’issue de la veillée, un bracelet-souvenir a été distribué comme une façon de prolonger ce qui avait été partagé.
Chacun a été invité à un moment de rencontre autour d’un buffet. Les échanges ont été magnifiques et très gratifiants pour nos jeunes comme pour nous tous. De vraies rencontres.

Qu’est-ce que cela a permis de vivre ?
Une grande joie : Des jeunes se sont révélés, osant prendre la parole et ils y ont trouvé une grande joie ; aussi bien les témoins que ceux qui ont œuvré pour le reste de la veillée.

Une reconnaissance : Nous avons reçu beaucoup de témoignages, de petits mots, remerciant pour ce qui avait été vécu et partagé : « Grand, énorme souvenir », « la fragilité éclairée » … Des personnes très émues ont exprimé qu’elles ne verraient plus les jeunes porteurs de handicap comme avant. Certains parents des jeunes de l’aumônerie ont été bouleversés. C’est vraiment dans la faiblesse que Dieu révèle sa puissance, tous nous en sommes les témoins émerveillés.

Une cohésion d’équipe : je dois reconnaître qu’en quatre ans, je n’avais pas réussi à créer de vraie cohésion entre jeunes, familles, animateurs, accueillants. À travers ce projet commun personnalisé, j’ai vraiment senti une appropriation collective qui nous a regroupés. Même si trop peu de personnes étaient présentes, elles ont elles-mêmes témoigné ensuite, chaîne vertueuse des témoignages qui dure depuis deux mille ans ! :-)

Un lien avec l’extérieur : un lien avec ceux qui se sont engagés dans l’aventure en mettant leur talent au service. Un immense merci aux musiciens, animatrices, dessinateur, sonorisateur qui ont accepté sans aucune hésitation de participer et sans qui, la veillée aurait été impossible. Une collaboration simple et fluide comme on la rêve ! Une réalisation commune qui nous lie maintenant.

Une nouvelle dynamique : Mais le plus grand fruit pour moi, c’est une nouvelle dynamique dans notre aumônerie, une dynamique qui nous soude et qui nous pousse à nous ouvrir à l’extérieur.

Un vrai souffle, une vraie joie sont nés de ce partage : quand on donne le fond de son cœur et qu’il rejoint l’autre, le plus beau cadeau de Dieu apparaît, c’est la rencontre ! La vraie rencontre en cœur à cœur ! Merci Seigneur pour la grâce de ce merveilleux temps partagé ! Merci les beaux fruits ! Merci pour cette grâce de témoignages qui continue encore aujourd’hui comme si une source avait été découverte !

Dieu bénit nos aumôneries, l’avenir de son Église !
Et les jeunes sont encore prêts à répondre aux appels de témoignages, c’est merveilleux !

Cette année, je termine ma mission et vraiment je remercie pour ces quatre années de grâces, je suis vraiment transformée par cette mission, par ces jeunes merveilleux. Je suis heureuse de partir en laissant une aumônerie qui a encore gagné en vitalité et en autonomie. Quatre de nos lycéens se sont engagés au Frat, pour une petite aumônerie comme la nôtre, c’est un rêve que je n’aurais pas même osé faire ! Alléluia ! Merci à nos jeunes pour tout ce qu’ils nous apportent et merci aussi à eux de nous faire confiance et de croire au-delà de tout.

Véronique Barbé
Responsable de l’aumônerie Toulouse-Lautrec/Jean -Monnet