Jean-Luc, organiste liturgique et formateur


Entretien avec Jean-Luc Guyard, pour faire le bilan de 10 années au service de la formation des organistes liturgiques du diocèse et souligner l’importance et la nécessité de ces formations
Temps de lecture 3 minutes de lecture

Jean-Luc, vous êtes actuellement directeur du conservatoire de Bondoufle (Essonne) et professeur de Formation Musicale aux conservatoires de Bondoufle et de Savigny-sur-Orge.
Vous êtes également organiste titulaire des églises Saint-Joseph-Artisan et Notre-Dame-des-Airs à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine).
Depuis 2008, vous êtes en charge de la formation à l’accompagnement et à l’harmonisation des stagiaires organistes liturgiques du diocèse de Nanterre.
Au cours de ces dix dernières années, plus de 70 stagiaires ont suivis ces cycles.

Quel est le profil des organistes stagiaires qui viennent aux formations ? D’où viennent-ils ?

J-L. G. – Ils sont le plus souvent envoyés par les paroisses, mais certain viennent d’eux-mêmes. Beaucoup sont des débutants. Ils ont une certaine pratique du piano, mais certains n’ont que des bases en solfège très rudimentaires : il n’est pas rare de voir des personnes qui ne savent pas lire en clé de fa ! Très peu ont des notions d’harmonie. Et presqu’aucun n’a d’expérience de l’orgue, même si viennent parfois des personnes qui savent déjà jouer du répertoire et veulent apprendre l’accompagnement. Or le jeu du piano est très différent de celui de l’orgue. Certes il s’agit toujours d’un clavier, mais on ne joue pas sur un orgue comme sur un piano. La plupart n’ont en outre aucune connaissance de l’instrument, de la registration. Quelques-uns connaissent l’instrument, mais n’ont pas l’expérience de l’accompagnement liturgique, qui fait appel à des connaissances qui ne sont pas celles que l’on demande pour l’exécution d’une pièce du répertoire.

Y a-t-il un âge maximum ?

J-L. G. – Non ! Ni minimum d’ailleurs – on peut jouer de l’orgue dès qu’on a les bras assez longs pour atteindre les claviers ! – et pas d’âge maximum non plus. En fait l’âge des personnes qui suivent ces formations va de 16 à 70 ans !

Quelles sont vos exigences minimales ? 

J-L. G. – Elles sont très limitées : il faut savoir déchiffrer une mélodie monodique et avoir une petite pratique du clavier. Un peu d’oreille et de sens naturel de l’harmonie sont également nécessaires. Mais, en général, ceux qui viennent à ces formations ont les qualités requises. Je préfère d’ailleurs les vrais débutants à ceux qui prétendent avoir déjà une certaine connaissance de l’harmonie, car le plus souvent, il faut reprendre les choses au début, et cela leur demande d’oublier ce qu’ils croient déjà savoir.

Comment gérez-vous des niveaux différents ?

J-L. G. – Il y a deux groupes comprenant de cinq à six personnes chacun puisque la formation s’étale sur deux années. Les débutants sont dans le premier groupe, et les plus avancés dans le second. On peut ainsi rejoindre directement le groupe de 2e année si on a déjà un certain niveau. Mais la formation est individuelle et s’adapte au niveau de chacun, même si tous ceux d’un même groupe assistent à l’ensemble de la formation et peuvent s’enrichir de ce qui est dit à chacun.

Comment se déroule une session ?

J-L. G. – On commence par une initiation à l’instrument : le jeu de l’orgue, plus lié que celui du piano. Puis le fonctionnement de l’orgue et les bases de la registration.
Ensuite on aborde les principes de l’harmonie : les accords essentiels et leur enchainement, les tonalités majeures et mineures, et enfin le modal, nécessaire à l’accompagnement des psaumes. C’est d’ailleurs avec le modal que ceux qui ont déjà une petite connaissance de l’harmonie ont le plus de difficultés.
Enfin je donne les bases pour pouvoir improviser très simplement une introduction, une cadence ou un postlude.

Quelles sont principes de base de votre enseignement ? 

J-L. G. – L’important est que chacun sache quelles sont ses possibilités et n’aille pas au-delà. Il est préférable de bien accompagner à deux voix plutôt que de vouloir trop tôt faire des accompagnements plus riches qui ne seront pas bons.

Abordez-vous l’usage du pédalier ?
J-L. G. – Cela n’a rien d’obligatoire. Si quelqu’un se sent à l’aise avec le pédalier et n’a pas de difficulté dans l’harmonisation, il peut alors essayer le pédalier. Mais on peut très bien accompagner sans mettre les pieds, même si c’est un plus évident.

Les élèves ont-ils des « devoirs » à faire en dehors des sessions ?
J-L. G. – Il ne leur est rien demandé. Mais il est évidemment conseillé de revoir ce qui a été fait pendant le cours et d’essayer d’appliquer ce qui a été appris. Beaucoup reviennent au cours suivant avec des questions : « j’ai essayé d’accompagner tel chant. Mais je n’y arrive pas, ou imparfaitement ».

Quelles sont selon vous les qualités à attendre d’un organiste liturgique ?
J-L. G. – Il doit être au service de la liturgie, être à l’écoute du célébrant et des autres acteurs de la liturgie : animateur, assemblée. Il doit rester discret tout en étant présent. Cela fait aussi partie de l’enseignement : quelle registration et quel volume de son choisir pour être au plus près de l’esprit du chant. On n’accompagne pas un psaume comme un chant d’entrée, un Gloria comme un Agnus Dei.

Revoyez-vous vos élèves plusieurs années de suite ?
J-L. G. – La plupart suivent les deux sessions d’un an, c’est-à-dire deux fois cinq formations de deux heures. Certains reviennent faire une troisième année pour se perfectionner. D’autres enfin qui veulent aller plus loin dans l’improvisation peuvent suivre le cycle de formation à l’improvisation assuré par Baptiste-Florian Marle-Ouvrard qui a formé près de 50 stagiaires en 9 ans.

Merci Jean-Luc Guyard.

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